
La première génération de malades du VIH approche aujourd’hui de l’âge de la retraite. Les trithérapies ont en effet permis un allongement notable de l’espérance de vie.
Mais avec le temps, les besoins médicaux de ces personnes séropositives depuis vingt ou trente ans augmentent.
Ainsi, la majorité des malades nécessitent des soins médicaux continus et une prise en charge en structure médicalisée ou en maison de retraite. Pourtant, les directeurs de maison de retraite se montrent souvent réticents à l’accueil de résidents séropositifs ou de malades du sida, faute d’une information adaptée.
En découle une grande détresse chez ces seniors déjà fragiles.
Les malades du sida arrivant à l'âge de la retraite ont traversé une existence difficile. Le diagnostic de la maladie, très pessimiste à une certaine époque, a plongé de nombreux individus dans le désarroi, la solitude, voire l'exclusion sociale.
Les soucis de santé ont par ailleurs conduit nombre d'entre eux à interrompre leur carrière, avec des répercussions importantes sur leur niveau de revenus. Selon une étude britannique intitulée ''50 Plus'', 79% des séropositifs de plus de 50 ans connaissent une situation financière difficile.
Heureusement, certaines aides existent pour subventionner l'hébergement en
maison de retraite, mais une fois obtenues, encore faut-il trouver une maison de retraite adaptée. C'est ici que le parcours du combattant débute.
Malgré l'évolution des moeurs, l'évocation du virus du sida continue de faire peur. En maison de retraite comme ailleurs, le personnel soignant craint démesurément les risques de contamination. Par conséquent, les personnes âgées séropositives en recherche de maison de retraite voient souvent leur dossier médical refusé.
Les malades sont alors réorientés vers des USLD alors que leur niveau d'autonomie général est satisfaisant.
De plus, le respect de règles élémentaires comme le port de gants pour soigner les plaies suffit à éliminer les menaces de propagation du VIH. Ainsi, le sida ne présenterait pas davantage de probabilités de contagion que d'autres maladies comme les hépatites, mieux acceptées en maison de retraite.

Le VIH nécessite un suivi et des visites plus ou moins régulières dans des consultations spécialisées. D'une fois par mois à trois fois par an selon les cas. C'est pourquoi la localisation de la
maison de retraite revêt une grande importance.
Bien que les transports soient pris en charge par l'assurance maladie, il vaut mieux opter pour une structure proche d'un centre hospitalier, pour le confort du patient. Enfin, le médecin de ville pourra tout à fait assurer un relais entre les consultations, notamment pour le renouvellement des prescriptions. Néanmoins, il faudra veiller à l'état neuropsychologique de ces patients fragiles.
Ainsi, toujours selon l'étude ''50 Plus'', 73 % des séropositifs de plus de 50 ans sont touchés par la dépression ou des problèmes psychologiques. Pourtant, ceci ne les empêche pas de chercher le contact avec les autres. Les malades, souvent isolés de par leur parcours, apprécient la vie en structure collective.
La vie stimulante en maison de retraite peut donc être très bénéfique. Le patient peut y retrouver une vie sociale, et même des amis.
Précisons également que l'équipe soignante de la maison de retraite se doit de préserver le secret médical de la sérologie du résident. C'est donc la personne elle-même à qui revient la décision de révéler ou pas sa maladie aux autres.
Le problème de l'intégration des malades du sida en maison de retraite dépasse largement nos frontières. Ainsi, au Royaume-Uni, 66 % des personnes séropositives âgées de plus de 50 ans sont victimes de discrimination. Elles hésitent donc souvent à révéler leur maladie même auprès d'acteurs médico-sociaux. Le sida reste en effet un sujet sensible avec les soignants spécialisés en gériatrie.
Ce constat désolant est le même aux Pays-Bas où il n'existe aucune prise en charge pour personnes séropositives de plus de 50 ans.
Aux Etats-Unis, l'offre de soins est également insuffisante face à l'augmentation du nombre de malades âgés. Ainsi, 75 % des malades du VIH ont plus de 40 ans.
Ceux qui auraient besoin d'un placement en maison de retraite se retrouvent démunis, les personnels de ces établissements n'ayant pas de formation adaptée dans les soins appropriés.
Pour améliorer la situation des aînés séropositifs vieillissants, la fondation américaine Silent Voices United a été récemment créée. Une impulsion positive qui gagnerait à être imitée.