
CAPNEWS PRO Décembre 2008
: Théâtre, musique et cinéma en maison de retraite
La dernière pièce de la compagnie Barouf Théâtre, « Les Vieux », bouscule les lieux communs sur la vieillesse, la place des personnes âgées dans la société et leur rapport aux jeunes. L'autre pièce, « Tout Doit Disparaître », aborde de façon très actuelle les thématiques du grand âge, mettant en scène une dame de 90 ans, Daphné, qui se retrouve tout à coup en maison de retraite. La pièce a été jouée en théâtre, mais également en établissement, devant des résidents. Margaux Delafon et Laurent Leclerc, les acteurs de la compagnie, nous ont gentiment accordé un entretien exclusif.
Cap Retraite : Comment vous est venue l'idée de jouer « Tout doit disparaître » en maison de retraite ?
Margaux Delafon : Une psychologue qui travaillait en résidence a vu le spectacle et nous a suggéré de le jouer en maison de retraite. Elle nous a expliqué que les personnes âgées subissaient la situation d'entrée en institution. Elle pensait que provoquer un « effet de miroir » pouvait les aider à se désinhiber, à parler de ce qu'ils vivent...
Laurent Leclerc : ...et de la manière dont ils ont été « placés ». C'est toujours la même histoire : il n'y a pas de communication au moment de l'entrée en maison de retraite. Jouer cette pièce sur place permettait de débloquer la situation et d'engager un dialogue avec les enfants.
CR : N'était-ce pas un peu risqué de présenter la réalité de la maison de retraite en résidence ?
LL : Cela peut paraître illégitime de présenter la vie en maison de retraite à des personnes qui y vivent. En fait c'était la première fois qu'ils exprimaient un ressenti. Ils n'avaient jamais abordé le sujet avec leur famille. Les effets ont été bénéfiques pour le personnel qui pouvait gommer ses défauts et pour les personnes âgées qui pouvaient enfin s'exprimer.
MD : Le spectacle a servi de support collectif ; cela rend la souffrance moins difficile, moins personnelle. C'est un support de réflexion et non une thérapie individuelle.
CR : Quels témoignages vous ont marqué ?
MD : L'accueil a été très positif en général. Une fois une dame s'est levée pendant le spectacle et a déclaré : « je voudrais dire que je suis heureuse en maison de retraite » et nous a raconté qu'elle était venue de son propre gré et qu'elle y avait trouvé des amis, une équipe chaleureuse et qu'elle s'y sentait bien.
CR : Qui est vraiment Daphné ?
MD : Daphné est une femme de 90 ans qui n'a pas sa langue dans sa poche. Elle n'accepte pas de rentrer dans le moule.
LL : C'est une personne avant d'être un personnage. Elle révèle les défauts qu'il peut y avoir en maison de retraite. Elle perd un peu la tête mais veut être « en prise » avec ce qu'elle vit ; elle veut être acteur de sa vie.
CR : Comment avez-vous abordé la question de la lucidité ?
MD : Daphné est désorientée, elle part de chez elle, ne sait plus où elle habite.
LL : La question est effectivement abordée pendant toute la pièce. Elle attend sa fille qui doit venir la chercher. Elle est toujours en attente de départ. Elle ne possède pas tous les symptômes de la désorientation. Malgré les déficiences liées a son âge, elle ne rentre pas dans la case « désorientée ».
CR : Pourquoi articuler vos pièces autour de la thématique de la vieillesse ?
LL : Nous avons commencé à travailler réellement sur ce sujet depuis la canicule d'août 2003, et les histoires terribles de personnes seules chez elles dont nul ne se souciait.
Nous avons donc commencé à poser des questions aux personnes âgées sur leur vie à domicile, sur la dépendance, sur la solitude, sur ce qu'ils pensent des maisons de retraite. C'est une réflexion sur la vie en général, à tous les âges. Il ne faut pas oublier qu'il y a « vie » dans « vieillesse ».
MD : Nous en avions marre qu'on dise que, passé un certain âge, on est « trop vieux ». Nous voulons réhabiliter l'idée de la vieillesse dans la société.
CR : Prévoyez vous de jouer « Les Vieux » en maison de retraite ?
MD : C'était une bonne expérience, mais nous aimerions aujourd'hui que les animatrices puissent faire venir les résidents au théâtre.
LL : Des espaces de rencontre intergénérationnels s'y prêtent plus en effet.
Il est bon de ne pas rester cloisonné, mais d'échanger, de transmettre... Nous voulons faire un théâtre qui transmet. Un peu comme Molière qui recherchait cet effet de miroir en jouant face à la Cour. Il nous a appris que l'humour permettait toujours de prendre du recul...
Pour en savoir plus sur la tournée et les dates des prochaines représentation :
Compagnie Barouf Théâtre
Tél. : 01.43.73.06.21
Email : barouftheatre@free.fr
www.barouf-theatre.com
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