Les personnes LGBT ont-elles une place en maison de retraite ?
Maisons de retraite

Publié le 16/01/2019 . Mis à jour le 04/02/2019

Publié le 16 Jan. 2019 . Mis à jour le 4 Fév. 2019

La question de l’accueil en maison de retraite des personnes LGBT est un enjeu de société. La formation du personnel des Ehpad est l’une des priorités pour garantir le bien-être des résidents, quelle que soit leur orientation sexuelle. Un ancien directeur propose également la création d’un établissement hétérofriendly pour mieux répondre aux besoins de cette communauté.

Les personnes LGBT ont-elles une place en maison de retraite ?

Quelle est la situation de la communauté LGBT vieillissante en France ?

Plus d’un million de personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans (LGBT) sont âgées de 60 ans et plus, en France. En effet, environ 10 % de la population générale serait LGBT, d’après les études du pionnier de la sexologie Alfred Kinsey.

Les maisons de retraite LGBT n’existent pas encore en France. La société s’est pourtant ouverte aux besoins de la communauté LGBT et admet le mariage entre personnes de même sexe et l’adoption homoparentale (loi sur le Mariage pour tous, 17 mai 2013). Mais, la communauté LGBT souffre encore de discrimination. Les personnes vieillissantes craignent souvent d’avoir des difficultés à trouver une prise en charge adaptée à leurs besoins et attentes.

Les seniors LGBT font face à plusieurs défis de prise en charge en maison de retraite, comme à domicile :

  • âgisme en général,
  • homophobisme,
  • isolement social,
  • sérophobie pour certains…

Ces difficultés ont été mises en avant par le « Rapport sur le vieillissement des personnes LGBT et des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ». Ce document a été publié en novembre 2013 à la demande de la ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, Michèle Delaunay.

Les principales conclusions de ce rapport sont les suivantes :

  • Les seniors LGBT sont confrontées à une perte progressive de leurs liens sociaux plus importante que celle connue par les hétérosexuels. Ils souffrent souvent d’isolement social, en raison du rejet de leur orientation sexuelle ;
  • Les deux tiers des personnes âgées LGBT vivent seuls et seulement une sur dix a des enfants ;
  • Les seniors LGBT ont un accès plus difficile aux structures médicales. La moitié d’entre eux déclarent ne pas préciser leur orientation sexuelle lorsqu’ils font appel à des professionnels de santé ;
  • Les personnes LGBT en maison de retraite ont tendance à cacher leur identité de genre, de crainte d’être la proie aux moqueries.
  • Les personnes atteintes du VIH parmi les seniors LGBT ont souvent des retraites moindres. (Confrontées au diagnostic du sida, certaines n’ont pas envisagé l’avenir, d’autres ont souffert des effets indésirables des traitements, etc.)

Les maisons de retraite sont-elles adaptées à la prise en charge des seniors LGBT ?

À l’heure actuelle, il n’existe pas encore de maison de retraite « Gay Friendly ». Les établissements pour personnes âgées accueillent les personnes de toute origine et de toute identité, sans discrimination. C’est l’un des principes énoncés par la charte des droits et libertés des personnes accueillies, remise avec le contrat de séjour en Ehpad.

Les seniors LGBT sont néanmoins minoritaires en maison de retraite. Ils éprouvent parfois une méfiance à l’égard des autres résidents et du personnel, après avoir vu la moitié de leur vie sans reconnaissance de la loi française.

Le personnel soignant en Ehpad n’est pas toujours formé à la prise en charge des résidents LGBT. Le Rapport de Mme Delaunay préconise une meilleure formation du personnel, pour éviter les maladresses et la maltraitance (souvent involontaire).

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a d’ailleurs annoncé en Conseil de Paris le 4 juin 2018 la création du label « Grey Pride Bienvenue ». Le but : obtenir des 16 Ehpad de la capitale qu’ils signent une charte prévoyant la formation du personnel à la prise en charge des résidents LGBT. Les seniors LGBT de la région parisienne sont environ 300 000, d’où l’importance de cette mesure.

Depuis le Rapport de 2013, la prise en charge des personnes LGBT en maison de retraite est donc devenue une réalité prise en compte par les élus.

Vers une maison de retraite LGBT à Paris ?

Pour de nombreuses personnes LGBT, l’entrée en maison de retraite représente néanmoins une source d’anxiété. La crainte des comportements inadaptés, des maladresses, voire de la stigmatisation peut être un frein à la bonne intégration en Ehpad. Les mentalités n’ont évolué que très récemment en France. Les seniors LGBT ne désirent pas toujours être hébergés aux côtés de personnes qui ont passé une grande partie de leur vie à les discriminer et n’ont pas forcément changé au rythme des lois.

Face à ce constant, un ancien directeur d’Ehpad, Stéphane Sauvé, œuvre à la création d’une maison de retraite pour les personnes LGBT à Paris. Plus précisément, l’entrepreneur, fondateur de la Rainbold Society, souhaite ouvrir une « Maison de la solidarité ». Le but : permettre aux personnes LGBT de vivre dans un « habitat participatif hétérofriendly ».

Le projet s’inspire notamment de la résidence intergénérationnelle « Lebensort Vielfalt » de Berlin, qui héberge des seniors gay pour la plupart. Il fait échos à l’ouverture prochaine d’une maison de retraite LGBT publique à Madrid, créée par Federico Armenteros.

Le projet de maison de retraite LGBT a du reste décroché le prix SilverEco de l’hébergement collectif. Le chemin reste encore long avant l’ouverture de cet établissement non médicalisé, prévue dans le meilleur des cas pour 2021.

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