Bien manger est l’une des composantes essentielles du bien vieillir. Pour les seniors, il ne s’agit pas seulement de veiller au contenu de son assiette, surtout en France où l’art de vivre est un trésor national. Faire du repas un moment d’échanges pour stimuler les personnes âgées et briser l’isolement.

C’est le pari de Mehdi Dutheil, ancien cadre dans une société d’agro-alimentaire. Pour le relever, il a créé l’association « Repas Part’âges ». Il y aborde l’alimentation des personnes âgées sous un angle nouveau et ravive leur appétit pour l’art culinaire et pour la vie. Nous avons rencontré ce jeune entrepreneur normand qui nous présente ce projet ambitieux.

Retrouver un appétit à table et dans la vie

Cap Retraite : Bonjour Monsieur Dutheil, pouvez-vous présenter votre association Repas Part’âges ?

Medhi Dutheil : Bonjour, je suis Medhi Dutheil et j’ai 34 ans. Je suis le fondateur d’une association qui s’appelle Repas Part’âge. Celle-ci vise à rassembler des personnes âgées, plus ou moins isolées pour leur permettre de retrouver d’abord un appétit à table et ensuite, un appétit pour la vie.

CR : Comment avez-vous développé cette initiative ? 

MD : J’ai travaillé dans une entreprise produisant des solutions d’urgence pour les personnes dénutries dans les pays du Tiers Monde. J’ai commencé un projet en interne sur la dénutrition des personnes âgées. Toutes mes observations menaient aux mêmes conclusions. On mange moins bien à domicile, en grande partie à cause de la solitude. Ce constat est vrai quel que soit l’âge de la personne concernée. La solitude et le manque de rôle social viennent avant les considérations économiques.

L’association vise donc à mettre en avant les compétences des personnes pour créer et compléter une équipe, participer avec bonne humeur et réaliser un repas convivial, gourmand et équilibré…

Cela fournit à l’individu une raison de se lever le matin. Nous réalisons un travail d’animation, permettant de stimuler les fonctions cognitives et d’engager un lien social. Nous donnons aussi aux gens un but et une bonne raison de se lever, de s’habiller et de se préparer. Ce résultat a eu un impact décisif dans notre décision de continuer cette aventure et de la développer, sous une déclinaison d’offres un peu plus variées aujourd’hui qu’il y a deux ans.

On mange moins bien à domicile, en grande partie à cause de la solitude

Medhi Dutheil

Créer des repas conviviaux et équilibrés

CR : Que fait exactement l’association ?

MD : Nous contactons les personnes susceptibles d’être intéressées à former un groupe de 5 à 12 participants dans différents lieux. Cela peut être dans nos locaux, dans des gîtes ou dans des résidences autonomie. Nous leur proposons de cuisiner et de manger en groupe. Cela permet de travailler autour de la préparation d’un repas à la fois convivial et équilibré.

Il ne s’agit pas d’ateliers de cuisine, mais d’un véritable moment convivial, pendant lequel chaque participant se voit attribuer une mission spécifique. Cela peut être éplucher des légumes, dresser la table, s’occuper de la musique, gérer les photos instantanées avec notre Polaroïd… L’objectif est que chacun se saisisse du moment pour faire un repas un petit peu extraordinaire.

Ce que l’on ne leur dit pas ouvertement c’est que le protocole, la méthodologie de travail que nous adoptons, permet de stimuler les fonctions cognitives, langagières et sociales. 

CR : À qui s’adressent ces moments et comment se déroule un repas ?

MD : D’après nos conventions, nous nous adressons à des personnes âgées de plus de 65 ans, seules ou en couple, avec un GIR de 4 à 6.

Nos premiers participants ont pour mission de trouver, à leur tour, une, deux ou trois personnes de leur entourage qui pourrait participer : un ami, un membre de la famille, un voisin… Les CCAS, centres communaux d’action sociale et les mairies sont aussi en contact avec les seniors. Nous pouvons donc reprendre les coordonnées téléphoniques des personnes âgées intéressées.

Voici un exemple de journée : accueil rapide autour d’un café avec nos deux animatrices. L’une d’entre elles indique le menu (d’après le choix de notre association ou la décision collective des participants de la session précédente) et récapitule l’ensemble des étapes. Elle rappelle aussi l’importance du cadre : salle à décorer, serviettes à plier… Une personne doit également s’occuper de la musique. Les seniors décident alors comment ils participent.

Stimuler les fonctions cognitives et corporelles

CR : Quels sont les bienfaits de ces repas pour les personnes âgées ?

MD : Dès la première année, nous avons observé un taux de satisfaction très élevé, supérieur à 90 %. Les participants mangent plus et mangent mieux : ils ont du plaisir à créer des repas équilibrés et veulent revenir.

L’année suivante, en 2021, nous avons aussi mesuré les interactions sociales : elles étaient trois fois plus nombreuses avec notre association que sans.

Il y a aussi la stimulation des fonctions cognitives. Pendant le moment que propose Repas Part’âge, les personnes doivent respecter une méthodologie, un protocole. Si nous reprenons l’exemple de la recette, il va falloir se l’approprier, comprendre les étapes de préparation et respecter les temps de cuisson.

Cela implique aussi le corps. Le taux d’occupation du corps est six à huit fois supérieur à la même action effectuée quand la personne est à domicile. Par exemple, sur une période de six heures, soit la durée d’un atelier, le corps est occupé pendant plus de quatre heures. C’est largement supérieur à une personne chez elle, même lors de la préparation d’un repas.

Repas Part’âge – une initiative qui se développe

CR : Où peut-on trouver Repas Part’âges ?

MD : En fait, nous avons créé la structure quelques semaines avant la pandémie. Cette période nous a permis de tester beaucoup de choses. Nous avons conscience que cela a été très douloureux pour beaucoup de personnes. En parallèle, nous avons pu créer différents concepts, adaptés aux contraintes sanitaires. 

L’association n’a que deux ans, mais elle s’est beaucoup développée pendant cette période. Nous avons un essor géographique assez intéressant : nous intervenons dans l’Eure, depuis quelques mois en Seine-Maritime, avec des sauts de puce à Lille. Nous imaginons des Repas Part’âge dans quelques trimestres, voire quelques années à Marseille, puis dans toute la France…

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Yaël A.,Rédactrice chez Cap Retraite

1 Commentaire

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  1. Juliette Helson

    Super initiative Je rajouterais un point. J’ai bien vu que les personnes concernées relevaient de Gir 4 à 6. Si parmi elles certaines pouvaient aller au marché faire les achats de produits frais et locaux ce serait encore plus génial. On peut aussi imaginer réaliser des recettes préférées des participants etc.. Bravo pour cette initiative.

    Répondre

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