Prévention des chutes : le rôle du pédicure-podologue en Ehpad et à domicile

Une personne âgée sur deux chute au moins une fois par an, à partir de l’âge de 65 ans. Ces accidents peuvent avoir des conséquences dramatiques, notamment la perte d’autonomie fonctionnelle (dans un tiers des cas). Prendre soin des pieds est l’un des éléments clés de la prévention des chutes chez les seniors. C’est le rôle du pédicure-podologue, qui peut intervenir en cabinet, à domicile ou en Ehpad.

Prévention des chutes : le rôle du pédicure-podologue en Ehpad et à domicile

Quelles sont les principales pathologies du pied touchant les personnes âgées ?

Le déclin progressif de l’équilibre et la baisse de la force musculaire sont fréquents au grand âge. Associés à la perte de vision ou à des troubles cognitifs, ces problèmes physiques augmentent le risque de chute chez les personnes âgées.

Le pied est une partie complexe du corps, comportant 26 os, des ligaments et des tendons. Avec l’âge, les tendons se resserrent, tandis que les ligaments se relâchent. Quant aux os, ils peuvent être touchés par l’ostéoporose. Ces changements peuvent entraîner des douleurs et des excroissances osseuses. En outre, la circulation sanguine diminue et le processus de guérison est moins efficace.

Entre 20 et 40 % des personnes âgées de 75 ans et plus affirment souffrir de problèmes podologiques (Le pied de la personne âgée – Approche médicale et prise en charge de pédicurie – podologie, HAS 2005).

Chez les seniors, les principaux troubles concernant le pied et leurs interactions avec l’appareil locomoteur sont les suivants :

  • hallux valgus et oignon : « bosse » osseuse faisant saillie sous la peau du côté extérieur de l’articulation du gros orteil ;
  • cals plantaires, cors, durillons et callosités : ces indurations plantaires se forment pour protéger des zones sensibles du pied, souvent en réaction à un frottement ou une pression prolongée (chaussures mal adaptées…). Ils sont souvent couplés à une sécheresse de la peau, pouvant être craquelée et plus vulnérable aux infections ;
  • orteils en griffe, orteils marteaux et orteils en maillet : déformation due à l’articulation du dessus des orteils qui ressort. Elle intervient lorsqu’un muscle s’affaiblit et exerce une pression sur les tendons et articulations de l’orteil. Souvent accompagnée d’un cor douloureux exerçant un frottement à l’intérieur de la chaussure ;
  • lésions cutanées, infections fongiques (mycose des pieds) et problèmes liés aux ongles : ongles incarnés, œdèmes ;
  • complications podologiques du diabète : ulcères du pied, hyperkératose, plaies chroniques ;
  • douleurs au talon : elles peuvent être causées par une épine calcanéenne (épaississement de l’aponévrose plantaire)…

Ces différentes affections podologiques entraînent des douleurs et rendent la marche plus difficile. Résultat : un risque de chute accru, si elles ne sont pas prises en charge correctement par un spécialiste, appelé pédicure-podologue.

L’intérêt de l’intervention des pédicures-podologues dans la prévention des chutes a été mis en évidence par une étude effectuée dans 15 Ehpad des Pays de la Loire, entre 2014 et 2016. L’enquête Bilans de pédicurie-podologie en EHPAD a constaté une baisse de 13 % de l’incidence annuelle des chutes chez les résidents pris en charge par ces professionnels.

Quel est le rôle du pédicure-podologue auprès des seniors ?

Le pédicure-podologue est un professionnel du secteur paramédical. Spécialisé dans la rééducation, il traite les maladies du pied et leurs conséquences fonctionnelles. Les personnes âgées représentent une proportion importante de la patientèle du pédicure-podologue.

En France, les pédicures-podologues ne sont pas des médecins, mais ils peuvent :

  • poser des diagnostics des maladies du pied, troubles de la marche, de l’équilibre et de la posture du pied,
  • analyser l’environnement et les habitudes de marche de la personne âgée,
  • prévenir et traiter les pathologies du pied,
  • assurer le confort des pieds et prendre soin des ongles,
  • donner des conseils sur l’hygiène et le chaussage,
  • éduquer la personne âgée et ses aidants à la surveillance des pieds et à la prise en charge des soins qu’ils peuvent effectuer eux-mêmes,
  • réaliser une orthoplastie : mettre en place un moule entre le gros orteil et son voisin pour éviter un frottement entre les deux et soulager les douleurs,
  • prescrire des orthèses plantaires et semelles orthopédiques pour corriger les déformations du pied,
  • prescrire des chaussures thérapeutiques à usage temporaire ou prolongé (CHUT ou CHUP).

Quand consulter un pédicure-podologue ?

Il est important de solliciter l’aide d’un pédicure-podologue, si la personne âgée :

  • souffre de douleurs au pied (plante, talon, cheville ou orteils),
  • rencontre des difficultés de chaussage (déformation rapide des chaussures, etc.),
  • éprouve des douleurs au dos, aux genoux et à la hanche : elles peuvent être causées par une mauvaise posture.

Les pédicures-podologues sont pratiquement tous des professionnels libéraux. Ils exercent en cabinet ou en maison de retraite. Certains se déplacent aussi au domicile des personnes âgées, même si les professionnels paramédicaux intervenant au domicile des patients sont plus difficiles à trouver.

Quelle prise en charge pour les personnes atteintes de troubles cognitifs ?

Les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée tombent deux fois plus souvent que les autres seniors (Van Doorn et col, 2003).

Les troubles de l’équilibre et de la marche liés à la démence sont responsables de cette vulnérabilité. En outre, les personnes atteintes de troubles cognitifs ont souvent plus de difficultés à surveiller la santé de leurs pieds et à leur apporter les soins courants. Neuf résidents d’Ehpad sur dix font état de troubles podologiques, d’après l’étude effectuée dans les Pays de la Loire.

Les pédicures-podologues ont donc un rôle important à jouer dans leur parcours de soin. Malheureusement, il existe de nombreux obstacles à cette prise en charge des personnes atteintes de troubles cognitifs, d’après une enquête de la Fondation Médéric Alzheimer et l’Ordre national des pédicures-podologues (ONPP), menée en 2017 et publiée en décembre 2019.

Une personne sur dix prise en charge par les pédicures-podologues interrogés pendant le mois précédant l’enquête était atteinte de la maladie d’Alzheimer ou d’un trouble apparenté. Toutefois, près de la moitié des intervenants affirment n’être que « parfois ou rarement » informés de l’existence des troubles cognitifs de leurs patients et 11 % ne le sont jamais.

La moitié des pédicures-podologues estiment qu’il est plus difficile de prendre en charge des personnes atteintes de troubles cognitifs. Les difficultés qu’ils rencontrent sont les suivantes :

  • problèmes de compréhension,
  • manque de suivi,
  • attitude d’opposition aux soins,
  • défaut d’hygiène,
  • difficultés à interpréter les réactions de la personne,
  • lésions très évoluées par négligence,
  • difficulté pour payer les soins (la prise en charge complète par l’Assurance maladie de quelques séances est réservée aux personnes diabétiques présentant un risque élevé de lésions podologiques).

La plupart des pédicures-podologues adaptent leurs méthodes de soins pour réduire la peur, la douleur et l’anxiété des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Les pratiques adoptées pour ce faire comprennent les techniques suivantes :

  • prendre le temps d’expliquer les soins et de mettre le patient en confiance,
  • adapter la stratégie thérapeutique,
  • ranger les instruments au fur et à mesure,
  • effectuer les soins avec un proche ou un soignant restant à proximité du senior,
  • diffuser une musique d’ambiance ou chanter.

Pour améliorer la prise en charge des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs, les pédicures-podologues souhaiteraient que :

  • leurs compétences soient mieux connues par les professionnels intervenant auprès des personnes âgées,
  • les soins de pédicurie-podologie soient mieux pris en charge par l’Assurance maladie,
  • un bilan diagnostique podologique systématique soit pris en charge pour toutes les personnes à partir de 65 ans.
L'avis des utilisateurs sur cet article
4.7/5 - 3 votes - Votre vote :

Articles connexes