
Le monde des maisons de retraite serait-il en pleine révolution? Oui, si l'on en croit la fabuleuse aventure dans laquelle se sont lancées il y a douze ans vingt dames de Montreuil : la création d'une maison de retraite autogérée véhiculant de nouvelles valeurs.
La structure baptisée ''Les Babayagas'' sera une maison de retraite citoyenne et écologique, elle devrait être inaugurée d'ici 2012.
Projet rare en France, cette
maison de retraite autogérée, d'un nouveau genre, tire son nom des légendes russes, ou les Babayagas sont des sorcières. Ici, point de lutin ni d'esprit malfaisant, mais de gentilles dames, prêtes à vieillir ensemble, grâce à un ferme esprit d'entraide mutuelle.
Les fondements de ce projet sont simples et solides: autogestion, citoyenneté, solidarité et écologie.
L'une des pionnières de ce mouvement, Thérèse Leclerc 83 ans, milite depuis douze ans pour voir sortir de terre la maison de retraite autogérée par des femmes et pour des femmes.
Lassée des stéréotypes véhiculés par une société qui connaît mal ses aînés, Mme Leclerc veut prouver que l'on peut vieillir autrement. Cependant, la nouveauté effraie, et convaincre les autorités de l'idée n'aura pas été chose facile. Ce système d'habitat collectif en gestion autonome, déjà ancré dans les moeurs de pays d'Europe du nord par exemple, débarque tout juste dans l'Hexagone :
la maison de retraite autogérée.
C'est donc au terme de plusieurs années de tractations administratives et financières, que le budget nécessaire, 4 millions d'euros, a été obtenu. Les loyers, déterminés en fonction des ressources de chacune, seront versés directement à l'Office HLM.
Les locaux de l
a maison de retraite autogérée, prévus pour accueillir vingt résidentes, se diviseront en plusieurs espaces. D'abord, des studios individuels de 35 mètres carrés, pour préserver l'intimité de chacune. Ces logements s'articuleront autour de grandes pièces communes destinées à l'échange et au partage. Les services seront mutualisés entre les résidentes, avec très peu de recours aux intervenants extérieurs.
Pour la prise en charge des aînées nécessitant des soins, aucune équipe médicale à demeure n'est prévue, toutefois, une place prépondérante sera accordée à l'entretien de la forme dans le projet de vie commun. Cet esprit de ''compagnonnage'' devrait permettre des économies intéressantes de frais d'aides à domicile.
Cependant, en cas de graves détériorations de l'état de santé physique ou psychique, une orientation vers un autre type de structure sera envisagée.
La création de
la maison de retraite autogérée devrait également faire revivre la vie de quartier, par le biais de repas collectifs, de soirées-débat, mais aussi de rendez-vous de l'AMAP (Association pour le maintien de la vie paysanne).
Amies de coeur depuis de longues années, les Babayagas partent en vacances ensemble régulièrement. Toutefois n'ayant jamais vécu ensemble, elles restent lucides sur les éventuelles difficultés de la vie en communauté. Pour parer aux problèmes relationnels qui viendraient parasiter le quotidien de ces joyeuses mamies, une charte sera cosignée, posant les principes de base, et la répartition des tâches. dans ces nouvelles unités de
maison de retraite autogérées
En bonnes autogestionnaires, elles choisiront ensemble l'admission d'une nouvelle colocataire, la répartition des coûts, et toute autre décision affectant les services collectifs. En effet, une réunion mensuelle est prévue pour communiquer sur les questions de fonctionnement de la maison de retraite.
En outre, les résidentes auront la possibilité de faire appel à deux médiatrices pour les aider à résoudre d'éventuels conflits, et à maintenir une ambiance sereine au sein du groupe.
Thérèse Leclerc et ses amies attendent avec impatience l'ouverture de leur
maison de retraite autogérée. Nous sommes, nous aussi, empressés de voir le résultat du projet.