Passé 70 ans, beaucoup pensent qu’un manque d’énergie ou un moral en baisse est “normal”. “C’est l’âge”, disent certains, “faut pas s’étonner”, ajoutent d’autres. Mais derrière cette explication facile se cache parfois une réalité plus complexe. La frontière entre fatigue passagère et déprime installée n’est pas toujours évidente. Et quand elle passe inaperçue, des personnes souffrent en silence, souvent des mois ou des années. Dans cet article, nous vous aiderons à reconnaître les signes de la déprime chez les seniors. Vous découvrirez aussi comment agir pour retrouver énergie, motivation et équilibre.
Quand la fatigue devient suspecte
Tout le monde connaît cette sensation d’épuisement après une journée chargée ou une mauvaise nuit. Chez une personne en bonne santé, cette fatigue disparaît généralement après quelques heures de repos ou une bonne nuit de sommeil. Mais chez les personnes âgées, notamment celles qui cumulent plusieurs problèmes de santé, la fatigue peut prendre une autre dimension.
Une fatigue persistante qui ne disparaît pas avec le repos
La fatigue survient sans raison apparente, sans effort particulier. Elle s’installe durablement et ne cède pas, même après plusieurs nuits de récupération. Cette fatigue-là s’accompagne souvent d’un affaiblissement général qui rend les gestes du quotidien pénibles : s’habiller le matin devient une épreuve, monter un escalier demande une concentration excessive, préparer un repas paraît insurmontable.

Les causes multiples derrière l’épuisement des personnes âgées
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette fatigue persistante :
- la maladie elle-même,
- les traitements médicaux et leurs effets secondaires,
- les douleurs chroniques,
- les troubles du sommeil,
- l’anxiété qui grignote l’énergie jour après jour,
- la perte de poids progressive,
- la dépression[1].
Le problème, c’est que cette fatigue crée un cercle vicieux. Moins on a d’énergie, moins on fait de choses. Moins on fait de choses, plus on s’isole. Plus on s’isole, plus le moral baisse. Et plus le moral baisse, plus on se sent fatigué.
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Les signaux qu’on ignore trop souvent
Au-delà de la fatigue, d’autres signes doivent alerter.
Troubles du sommeil et fatigue persistante
Le sommeil qui se dérègle : insomnies à répétition, réveils nocturnes fréquents, ou au contraire une somnolence excessive durant la journée qui n’a rien à voir avec une sieste réparatrice. Certaines personnes ont du mal à se lever le matin, comme si le simple fait d’affronter une nouvelle journée demandait un effort surhumain.
Modifications de l’appétit et du comportement alimentaire
L’appétit se modifie aussi. Certains perdent tout intérêt pour la nourriture, sautent des repas, perdent du poids sans s’en rendre compte. D’autres mangent de façon compulsive pour se réconforter, cherchant dans la nourriture une compensation à leur mal-être.
Isolement social et changements d’humeur
Le retrait social est un autre signe majeur. La personne refuse progressivement les invitations, évite les rencontres familiales, ne répond plus au téléphone. Elle s’isole volontairement, non pas par envie de tranquillité, mais parce que l’idée même de voir du monde l’épuise ou l’angoisse.
L’irritabilité augmente de façon notable. Des réactions disproportionnées face à des situations anodines, des sautes d’humeur imprévisibles, une impatience constante qui ne lui ressemble pas. L’entourage remarque souvent que « ce n’est plus la même personne ».
Troubles de la mémoire et concentration altérée
Les difficultés de concentration et de mémoire s’installent progressivement. Oublis fréquents, difficulté à suivre une conversation, incapacité à se concentrer sur une tâche simple. Ces troubles cognitifs peuvent être confondus avec les premiers signes d’une démence, alors qu’ils sont parfois uniquement liés à la dépression.
Perte d’intérêt et négligence de soi
La négligence de l’hygiène personnelle est un signal d’alarme important. Une personne qui prenait soin d’elle commence à négliger sa toilette, porte les mêmes vêtements plusieurs jours de suite, ne se coiffe plus. Cette négligence reflète souvent une perte d’estime de soi et un désintérêt pour sa propre personne.
Enfin, la perte d’intérêt pour les activités habituelles est particulièrement révélatrice. Les loisirs qui procuraient du plaisir n’en procurent plus. Le jardinage, la lecture, les sorties, les jeux de société : tout devient fade, sans intérêt. Cette indifférence face aux plaisirs de la vie est un marqueur fort de la dépression.
Déprime, dépression ou vieillissement naturel ?
Faire la distinction n’est pas toujours simple.
- La déprime est un état passager, une baisse du moral qui peut durer quelques jours ou quelques semaines mais qui finit par passer. Elle est souvent liée à un événement précis : un deuil, un déménagement, une maladie passagère, un conflit familial.
- La dépression, c’est autre chose. Les symptômes de la dépression sont plus intenses, plus durables, et ils s’accompagnent d’un sentiment profond de tristesse, d’inutilité, parfois même de culpabilité. La personne a l’impression de ne plus servir à rien, d’être un fardeau pour son entourage. Cette dépression nécessite un accompagnement médical sérieux.
- Le vieillissement naturel entraîne effectivement une certaine fatigue, une baisse d’énergie progressive, mais il ne devrait jamais empêcher complètement de vivre normalement ou de ressentir du plaisir. Si une personne de 70 ans ne trouve plus aucun intérêt à rien, ce n’est pas « juste l’âge ».
| État | Durée / Intensité | Symptômes principaux | Causes fréquentes | Besoin d’accompagnement |
|---|---|---|---|---|
| Déprime | Courte (jours à quelques semaines) | Tristesse passagère, baisse du moral, irritabilité | Événement précis : deuil, déménagement, maladie, conflit | Souvent pas nécessaire, soutien familial ou amical suffisant |
| Dépression | Longue (plusieurs semaines à mois) | Tristesse profonde, sentiment d’inutilité, culpabilité, perte d’intérêt pour tout | Facteurs biologiques, psychologiques, sociaux | Accompagnement médical obligatoire (médecin, psychologue, traitements) |
| Vieillissement naturel | Progressif | Fatigue, baisse d’énergie, ralentissement | Âge, changements physiologiques | Pas forcément, mais maintien d’une vie active recommandé |
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Ce qui aggrave la situation
Certains facteurs de risque augmentent la probabilité de développer une dépression ou un état dépressif après 70 ans.
- Les maladies chroniques, notamment le diabète, l’hypertension artérielle, l’excès de cholestérol, créent un terrain propice.
- Le surpoids et l’obésité, le manque d’activité physique, la consommation excessive d’alcool ou de tabac jouent également un rôle.
- Les troubles physiques comme l’incontinence[2], les problèmes de vue ou d’audition, les douleurs chroniques peuvent isoler progressivement la personne et altérer son moral. Certains médicaments ont aussi des effets secondaires qui impactent l’humeur.
Mais au-delà des facteurs physiologiques, il y a aussi tout ce qui touche au sens de la vie. La retraite peut être vécue comme une perte d’identité sociale. Le départ des enfants, la disparition progressive des amis, le sentiment de ne plus être utile : tous ces éléments fragilisent psychologiquement.

Quand faut-il vraiment s’inquiéter ?
Plusieurs critères permettent de savoir si la situation nécessite une réaction.
- Si plusieurs symptômes apparaissent en même temps (fatigue + perte d’appétit + isolement + troubles du sommeil), c’est un signal d’alerte.
- Si ces symptômes persistent malgré le repos ou des ajustements dans le rythme de vie, il faut creuser plus loin.
Attention aussi au déni. Beaucoup de personnes âgées minimisent leurs troubles ou tentent de les cacher à leur entourage, par fierté ou par peur d’être jugées. Si la famille remarque des changements importants que la personne refuse de reconnaître, c’est souvent le signe qu’il faut consulter.
En cas de doute, mieux vaut consulter un médecin. Un bilan complet permettra d’éliminer les causes physiques (anémie, problèmes thyroïdiens, carence en vitamines) et d’évaluer l’état psychologique. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide.
Changer de mode de vie : par où commencer ?
Parfois, quelques ajustements suffisent à retrouver un meilleur équilibre.
1. Adopter une alimentation qui soutient le moral
L’alimentation joue un rôle plus important qu’on ne le pense sur l’humeur. Privilégier les aliments riches en oméga-3 (noix, huile de colza, poissons gras) aide à réduire le stress et à améliorer la mémoire.
Le magnésium, qu’on trouve dans le chocolat noir, les oléagineux ou certaines eaux minérales, a des effets anti-fatigue et anti-déprime.
Les aliments fermentés comme les yaourts ou les légumes lacto-fermentés améliorent l’humeur en agissant sur le microbiote intestinal. Le safran, les fruits et légumes riches en antioxydants (vitamines C et E, sélénium) ont également des effets bénéfiques sur le moral.
2. Bouger régulièrement pour stimuler l’humeur
L’activité physique régulière est probablement l’une des mesures les plus efficaces. Trente minutes de marche rapide, trois fois par semaine minimum, produisent des endorphines qui améliorent naturellement l’humeur et réduisent la perception de la douleur chronique. Pratiquer dans la nature ou des espaces verts augmente encore les bénéfices.
3. Optimiser le sommeil pour mieux se sentir
Le sommeil mérite une attention particulière. Dormir dans le calme et l’obscurité complète, dans une chambre bien aérée et à température modérée, favorise un sommeil réparateur. Se lever et se coucher à heures fixes aide à réguler le cycle veille-sommeil.
Les siestes courtes en journée (20 à 30 minutes maximum) sont bénéfiques, mais il faut éviter les longues siestes qui perturbent le sommeil nocturne.
Éviter les écrans avant le coucher, limiter le café, le thé et l’alcool en soirée, proscrire les dîners copieux tardifs : autant de petites mesures qui, cumulées, font une vraie différence.
4. Compléments et vitamines pour un moral stable
La vitamine D joue également un rôle dans la régulation de l’humeur. Une carence augmente le risque de dépression saisonnière. Une supplémentation, surtout en hiver, peut être recommandée par le médecin.
L’importance du lien social et du plaisir
On sous-estime trop souvent l’impact du lien social sur la santé mentale.
- Maintenir des contacts réguliers avec la famille, les amis, les voisins, participer à des activités collectives (clubs, associations, bénévolat[3]) protège contre l’isolement et stimule le moral.
- Rire et sourire, même de façon volontaire au départ, réduisent le stress et améliorent l’humeur. Le rire est un antistress naturel qui renforce le système immunitaire et augmente la confiance en soi. Regarder des films comiques, échanger avec des personnes positives, participer à des activités ludiques : tout cela contribue au bien-être.
- Se réapproprier la notion de plaisir est essentiel. Trop de seniors se mettent en retrait par habitude ou par résignation, alors qu’ils ont encore beaucoup de choses à vivre et à découvrir. Reprendre un loisir abandonné, s’impliquer dans un projet personnel, entretenir une vie affective et amoureuse : tout cela nourrit le moral et donne un sens au quotidien.
- La musique a également des effets bénéfiques prouvés. Écouter régulièrement de la musique qu’on aime module les émotions, détend, réduit l’anxiété et améliore l’humeur. Certaines structures proposent même des séances de musicothérapie pour les personnes souffrant de douleurs chroniques ou de dépression.
Les aides extérieures possibles
Quand les ajustements du mode de vie ne suffisent pas, il existe des solutions d’accompagnement.
Les professionnels de santé mentale (psychologues, psychiatres) peuvent proposer des thérapies adaptées. Certaines plantes (safran, millepertuis, valériane, aubépine) ont des propriétés apaisantes reconnues, mais leur usage doit être discuté avec un médecin pour éviter les interactions médicamenteuses.
Pour les personnes très isolées ou en perte d’autonomie, des systèmes de téléassistance permettent de maintenir une sécurité au domicile tout en préservant l’indépendance. Ces dispositifs rassurent aussi l’entourage et offrent un répit aux aidants familiaux.
Les associations spécialisées proposent du soutien aux aidants, des formations, des groupes de parole. Accompagner une personne âgée en dépression est épuisant, et les aidants ont eux aussi besoin d’être soutenus.
Questions fréquentes
À partir de quand une fatigue devient-elle anormale chez une personne de 70 ans ?
Quand elle persiste malgré le repos, qu’elle empêche d’accomplir les gestes simples du quotidien (s’habiller, préparer un repas, monter un escalier) et qu’elle s’accompagne d’autres symptômes comme une perte d’appétit, des troubles du sommeil ou un retrait social. Une fatigue qui dure plusieurs semaines sans amélioration mérite une consultation médicale.
Est-ce que la dépression se soigne aussi bien à 70 ans qu’à 40 ans ?
Oui, la dépression se soigne à tout âge. Les traitements (psychothérapie, médicaments si nécessaire, adaptation du mode de vie) sont efficaces chez les seniors. Le problème principal est que la dépression reste souvent non diagnostiquée ou minimisée chez les personnes âgées, ce qui retarde la prise en charge.
Peut-on confondre dépression et début de démence ?
Oui, c’est fréquent. Les troubles de mémoire et de concentration liés à la dépression peuvent ressembler aux premiers signes d’une démence. C’est pour cela qu’un bilan médical complet est indispensable pour poser le bon diagnostic. Parfois, les deux problèmes coexistent, ce qui complique encore la situation.
Faut-il systématiquement prendre des antidépresseurs en cas de déprime après 70 ans ?
Non, pas systématiquement. Tout dépend de l’intensité des symptômes et de leur durée. Une déprime légère peut souvent être améliorée par des changements de mode de vie (activité physique, alimentation, lien social). Une dépression plus sévère nécessite en revanche un traitement médical, qui peut combiner médicaments et psychothérapie. C’est au médecin d’évaluer la meilleure approche.
Comment aider un proche qui refuse de reconnaître qu’il va mal ?
Le déni est fréquent. Aborder le sujet avec bienveillance, sans jugement, en partant de faits concrets observés (« j’ai remarqué que tu sors moins », « tu as l’air fatigué en ce moment ») plutôt que d’accusations (« tu es déprimé », « tu te laisses aller »). Proposer d’accompagner la personne chez le médecin pour un bilan général peut être une approche moins menaçante. Parfois, c’est le médecin qui pourra faire prendre conscience du problème.
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[1] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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[2] Incontinence
L’incontinence est la difficulté à contrôler l’urine ou les selles, entraînant des fuites involontaires.
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[3] Bénévolat
Le bénévolat en maison de retraite consiste à offrir son temps gratuitement pour aider et soutenir les personnes âgées dans leurs activités et leur quotidien.
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