Rester chez soi, vendre ou déménager ? Pour un adulte sous curatelle, ces décisions touchent à l’intime. Elles mobilisent la loi, le juge, parfois la famille, souvent le doute. Le logement, pilier du quotidien, se retrouve au cœur d’un délicat équilibre : garantir la protection sans jamais effacer la volonté de la personne. Que prévoit le droit ? Jusqu’où peut-on choisir ? Comment s’organisent les démarches ? Immersion dans les arcanes d’un dispositif parfois méconnu, où chaque étape compte.

Le principe : préserver le lieu de vie, respecter la volonté

L’esprit du Code civil (articles 415 et 426) campe le décor : le domicile, principal ou secondaire, doit être conservé aussi longtemps que possible

Le domicile, un repère à préserver autant que possible

Cette règle s’applique quels que soient le mode d’habitation – appartement, maison, chambre en établissement, hébergement chez un proche.

L’idée : éviter les ruptures brutales, sécuriser l’environnement, maintenir les repères.

Le choix du lieu de vie sous curatelle : une décision accompagnée

Dans la majorité des situations, la personne sous curatelle[1] choisit elle-même son lieu de vie. Le curateur – qu’il soit un proche ou un professionnel – accompagne la réflexion, conseille et sécurise la décision, sans l’imposer.

Le respect de la volonté reste central, sauf si des risques majeurs apparaissent : santé, sécurité, conditions d’hygiène dégradées. Là, la protection prend le pas, la décision s’appuie sur des avis médicaux, le juge arbitre.

senior sous curatelle à son domicile

LIRE AUSSI : Curatelle ou tutelle : comment protéger un parent sans le déposséder ?

Vendre, déménager, résilier : le rôle incontournable du juge

Changer de logement, céder un bien, résilier un bail : ces actes bouleversent la vie. Le législateur l’a compris : il exige l’accord du juge des contentieux de la protection dans chaque situation majeure.

Objectif : éviter les décisions irréversibles prises à la hâte, ou sous influence.

  • Résiliation de bail : impossible d’agir seul, même avec un curateur. Le juge doit valider la démarche, le nouveau domicile doit être précisé. La stabilité prime.
  • Vente d’un logement : Maison, appartement, résidence secondaire : tout projet de vente nécessite une autorisation judiciaire. Là aussi, la volonté de la personne est recherchée et documentée.
  • Achat d’un nouveau bien : Sous curatelle, pas d’obligation d’accord du juge pour acquérir un bien, mais prudence : informer le magistrat reste conseillé pour éviter tout litige ultérieur.
  • Déménagement vers un établissement : La loi encadre strictement ce passage. Un certificat médical, rédigé par un praticien indépendant de l’établissement d’accueil, doit attester l’impossibilité de vivre seul. La requête adressée au juge s’accompagne de justificatifs : finances, inventaire des biens, estimation immobilière.

LIRE AUSSI : Que deviennent les biens d’une personne sous tutelle ?

Tableau synthétique des actes et autorisations sous curatelle

ActeAccord de la personne protégéeCurateurJuge des contentieux de la protection
Résiliation de bailObligatoirePrépare la demandeAutorisation requise
Vente d’un logementObligatoirePrépare la venteAutorisation requise
Achat d’un bienObligatoireAccompagnementInformation conseillée
Déménagement en établissementObligatoire si possiblePrépare la démarcheAutorisation requise + certificat médical

Quand la protection prime : risques, urgences, désaccords

Dans certaines situations critiques, la protection de la personne prévaut sur sa volonté, avec le juge comme arbitre en cas de désaccord.

Agir vite face aux risques et urgences

Danger imminent, dégradation de l’état de santé, insalubrité : le curateur doit agir, parfois sans délai. Il prévient le juge, met en place des solutions temporaires, sécurise la personne. 

L’urgence justifie une adaptation des procédures. Le domicile n’est pas un sanctuaire absolu.

Le rôle du juge en cas de désaccord

En cas de désaccord entre la personne protégée et son curateur, la loi donne la main au juge. Ce dernier tranche, après avoir entendu chacun, et s’être entouré des avis médicaux nécessaires. 

Le dialogue reste souhaitable, mais il existe toujours une voie de recours : la saisine du magistrat. Le délai moyen pour une réponse est de trois mois.

Meubles, souvenirs, objets personnels : des biens sous haute vigilance

La protection ne s’arrête pas au logement : elle englobe les meubles, photos, objets à valeur affective. 

Des objets précieux aux souvenirs : une protection renforcée

La loi impose de les conserver à disposition tant que possible. Lors d’un déménagement ou d’une entrée en établissement, le transfert de ces effets personnels doit être organisé avec soin. Certains souvenirs n’ont pas de prix.

protection des biens d'un majeur sous curatelle

Consentement et encadrement légal pour les transferts ou ventes

Vendre ou donner ces biens : sous curatelle, le consentement de la personne reste central. Pour un objet de valeur ou en cas de doute, l’avis du juge s’impose. 

En tutelle[2], toute aliénation requiert l’autorisation judiciaire, sauf pour des objets de faible valeur. 

Inventaire et suivi : une vigilance permanente

Un inventaire officiel doit être réalisé dans les trois mois suivant la mesure, et actualisé à chaque changement important.

Dons d’objets : vigilance accrue, consentement éclairé

Donner un bibelot, offrir une montre : ces gestes prennent un sens particulier sous curatelle. Le curateur doit veiller à l’absence d’abus, de pression, de vice de consentement. Certains professionnels (soignants, personnels d’établissements) restent légalement exclus des bénéficiaires de dons pour éviter tout conflit d’intérêt (article 909 du Code civil).

Si un objet est donné sans discernement ou sous influence, il existe une possibilité de restitution, à l’amiable ou en justice. Le juge doit être informé de tout litige significatif.

Absence ou perte du domicile : la réponse s’organise

Expulsion, hospitalisation, rupture de bail : la perte du logement fragilise. Le curateur doit alors mobiliser tous les leviers : hébergement d’urgence, demande de logement social, recours au droit au logement opposable (DALO). L’objectif : éviter la rue, préserver la dignité, rétablir une stabilité.

Chaque modification du lieu de vie doit être portée à la connaissance du juge des contentieux de la protection, qui veille au respect des droits et au bon déroulement des démarches.

Curatelle, tutelle, sauvegarde de justice : des règles proches, des nuances subtiles

Les principes de protection du logement et du choix du lieu de vie s’appliquent à l’ensemble des mesures : curatelle, tutelle, habilitation familiale, sauvegarde de justice. Seules les modalités diffèrent : le degré d’autonomie, l’étendue des pouvoirs du curateur ou du tuteur, la nécessité d’une autorisation judiciaire pour chaque acte.

  • Curatelle : la personne reste à l’initiative de ses choix, le curateur conseille, cosigne ou accompagne.
  • Tutelle : le tuteur agit plus directement, l’accord du juge concerne un plus grand nombre d’actes.
  • Sauvegarde de justice : la personne gère seule, sauf mandat spécial ou urgence.
  • Habilitation familiale : les proches habilités suivent les mêmes règles que la curatelle/tutelle.

Questions fréquentes sur le logement sous curatelle

Peut-on obliger une personne sous curatelle à quitter son domicile ?

Non, sauf si sa sécurité ou sa santé est menacée de façon manifeste. Le juge doit être saisi, la décision s’appuie sur des avis médicaux indépendants et l’intérêt supérieur de la personne.

Qui décide de la vente du logement ?

La vente nécessite l’accord de la personne protégée, l’accompagnement du curateur et, surtout, l’autorisation du juge des contentieux de la protection. Un dossier complet doit être présenté, incluant la volonté de la personne et la justification de la vente.

La personne protégée peut-elle refuser un déménagement proposé par le curateur ?

Oui, la volonté de la personne prime. En cas de désaccord, le juge est sollicité pour trancher. Le projet doit être argumenté et compatible avec les ressources.

Quels objets peut-on vendre ou donner sans autorisation ?

Les objets de faible valeur ne nécessitent pas l’accord du juge, mais pour tout bien important ou à valeur sentimentale, mieux vaut consulter. En curatelle, le consentement de la personne protégée reste la règle.

Combien de temps le juge met-il pour répondre à une requête ?

Le délai moyen est de trois mois, à compter de la réception de la demande complète.

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Commentaires (2)

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  1. Martine Garrigue

    Le tuteur et le juge peuvent ils vendre un bien la voiture et des objets personnels sans l accord dela famille (niece neveu héritiers)

    Répondre
    1. Amandine

      Bonjour

      Je vous remercie pour votre commentaire.
      Normalement le tuteur peut vendre ces biens avec l’accord du juge sans solliciter la famille, car seule la protection de l’intérêt du majeur prime.
      Bonne journée.
      Amandine

      Répondre

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