Des murs qui transpirent le froid, une sensation persistante de frisson, les sonneries du matin qui réveillent dans une chambre glaciale. Derrière ce quotidien, souvent banalisé, se cache un risque bien réel pour les personnes âgées. En France, chaque hiver, les épisodes de froid mettent à mal l’organisme des seniors, parfois sans qu’ils en aient pleinement conscience. Le danger ne se limite pas à l’inconfort : il peut déclencher des complications graves, voire fatales, pour les plus vulnérables.
Pourquoi les seniors résistent moins bien au froid
Avec l’âge, le corps supporte moins bien le froid, et les risques augmentent.
Muscles et graisse : moins de chaleur chez les seniors
Le vieillissement modifie en profondeur la manière dont le corps réagit aux basses températures :
- La masse musculaire des seniors diminue, alors que les muscles jouent un rôle central dans la production de chaleur corporelle.
- La régulation thermique, orchestrée par l’hypothalamus et les capteurs de la peau, devient moins réactive.
La circulation sanguine, elle, ralentit, avec pour effet de préserver les organes vitaux au détriment des extrémités.
Résultat : mains et pieds glacés, frissons plus intenses, parfois même sans la perception du danger.
Maladies et médicaments : risque accru d’hypothermie
Certaines pathologies, fréquentes avec l’âge, aggravent encore cette vulnérabilité. Les maladies cardiovasculaires, l’hypothyroïdie, le diabète, ou encore les troubles cognitifs, modifient la capacité à ressentir ou à exprimer le froid.
Des traitements habituels (vasodilatateurs, neuroleptiques…) interviennent aussi, en freinant la réponse du corps au stress thermique.
- Fonte musculaire : moins de chaleur produite
- Diminution de la graisse sous-cutanée : isolation réduite
- Moindre perception sensorielle : risque d’hypothermie insidieuse
- Effets indésirables de médicaments
- Comorbidités : maladies chroniques fragilisant l’équilibre général

Les dangers sanitaires d’un logement trop froid
Même à l’intérieur, le froid peut être dangereux : pour les seniors, un logement mal chauffé n’est pas qu’un inconfort, c’est un vrai risque pour la santé.
Hypothermie : un risque majeur pour les seniors
Le premier risque, celui que l’on redoute le plus, c’est l’hypothermie. Elle survient lorsque la température du corps descend sous 35°C.
Les premiers signes peuvent sembler anodins : frissons persistants, extrémités gelées, fatigue inhabituelle, confusion. Plus elle s’installe, plus la situation devient critique : ralentissement du rythme cardiaque, trouble du langage, perte de connaissance. Un logement froid, même à 15°C, suffit à provoquer une hypothermie chez une personne âgée fragilisée.
Entre 2 000 et 3 000 cas graves d’hyothermie sont hospitalisés chaque année en France.
Infections et maladies chroniques : le froid aggrave tout
Les infections respiratoires voient leur fréquence bondir : bronchites, grippes, pneumonies trouvent dans le froid un terrain propice. L’air froid irrite les bronches, affaiblit l’immunité locale, et favorise les complications.
Les maladies chroniques, en particulier cardiaques, s’aggravent : augmentation de la pression artérielle, surcharge du cœur, décompensations.
Chutes et perte d’autonomie : un danger silencieux
Les chutes complètent ce tableau sombre. Sols glissants, mouvements hésitants à cause de la raideur articulaire, faiblesse musculaire accentuée par le froid…
Plus de 100 000 hospitalisations et près de 10 000 décès sont recensés chaque année chez les plus de 65 ans à cause de chutes, souvent en période hivernale.
- Aggravation des maladies chroniques
- Infections respiratoires à répétition
- Fatigue, confusion, perte d’autonomie
- Isolement social par peur de sortir
Températures recommandées pour préserver la santé des seniors
Difficile d’établir une norme[1] universelle, tant les situations diffèrent d’un individu à l’autre. L’ADEME recommande 19°C dans les pièces de vie, 16 à 17°C dans les chambres.
Pour les seniors peu mobiles, une température de 20°C, voire 21°C en cas de pathologie aggravante, dans le salon est conseillée.
En établissement spécialisé, on vise 20 à 22°C, sans dépasser 24°C, surtout pour les personnes atteintes de troubles cognitifs ou de dénutrition[2].
| Pièce | Température recommandée |
|---|---|
| Salon/pièce à vivre | 19 à 20°C |
| Chambre | 16 à 17°C (avec bonne couette) |
| Établissement spécialisé | 20 à 22°C |
Certains profils requièrent un ajustement : en cas d’arthrose[3] ou de troubles respiratoires, mieux vaut viser le haut de la fourchette. L’essentiel reste l’homogénéité : les variations brutales de température fatiguent davantage que le froid constant.
Douze gestes essentiels pour réchauffer le quotidien sans exploser la facture
- Chauffer intelligemment : installer un thermostat programmable, ajuster pièce par pièce, baisser la température la nuit.
- Entretenir le système de chauffage : purge des radiateurs, nettoyage régulier, révision annuelle obligatoire.
- Fermer volets et rideaux à la tombée de la nuit pour limiter les pertes de chaleur.
- Installer des bas de porte, boudins en tissu, joints isolants autour des fenêtres.
- Placer des tapis épais sur les sols froids.
- Utiliser des rideaux thermiques ou doublés, surtout aux fenêtres exposées au vent.
- Superposer les vêtements : plusieurs couches fines isolent mieux qu’un seul vêtement épais.
- Miser sur la laine, le coton, le polaire pour la première couche.
- S’équiper d’une bonne couette (400-500 g/m²), draps en flanelle.
- Profiter du soleil en journée : ouvrir grands les rideaux, refermer dès que la lumière faiblit.
- Accompagner l’effort avec une alimentation adaptée : plats chauds, boissons, apports caloriques suffisants.
- Rester actif : la marche, la gymnastique douce, les étirements stimulent la circulation et la production de chaleur.
Chaque geste compte. Leur effet cumulé permet de gagner plusieurs degrés de confort, sans nécessairement alourdir la facture énergétique.
LIRE AUSSI : 12 astuces pour isoler la maison des aînés et prévenir le froid

Aides financières et dispositifs publics : ne pas rester seul face au froid
- Chèque énergie : pour les foyers modestes, utilisable pour payer les factures ou financer certains travaux.
- MaPrimeAdapt’ ou MaPrimeRénov’ : soutien aux travaux d’isolation ou d’adaptation du logement.
- Prime Coup de pouce chauffage : pour remplacer un équipement obsolète.
- Aides des caisses de retraite : participation possible aux frais d’amélioration du logement.
- Registres communaux et plan grand froid : suivi renforcé des personnes fragiles, mobilisation des services sociaux.
- Téléassistance : alertes en cas de chute ou d’incident, souvent subventionnée.
Se renseigner auprès de la mairie, du CCAS, de l’Agence nationale de l’habitat (ANAH) ou de sa caisse de retraite permet d’identifier rapidement les solutions adaptées à sa situation. L’objectif : ne jamais attendre d’être en détresse pour demander de l’aide.
Reconnaître les signes d’alerte et adopter les bons réflexes
Certains symptômes doivent alerter l’entourage :
- Frissons persistants
- Mains, pieds, visage très froids
- Fatigue soudaine, confusion, ralentissement de la parole
- Respiration lente
Face à ces signaux, il faut vite réagir : mettre la personne à l’abri, la couvrir, lui proposer une boisson chaude (jamais d’alcool), vérifier sa température corporelle. Si la confusion ou la somnolence s’installe, ou si la température descend sous 35°C, appeler le 15 sans tarder.
Pour les engelures, ne pas frotter. Réchauffer lentement, si besoin dans de l’eau tiède (jamais chaude), consulter un professionnel rapidement.
FAQ pratique : optimiser le confort des seniors l’hiver
Température idéale ?
19-20°C dans la pièce à vivre, 16-17°C pour la chambre avec une bonne literie.
Et si le senior a froid ?
Remonter progressivement la température, sans dépasser 21°C sauf recommandation médicale.
Chauffage électrique récent : économique ?
Oui, s’il est bien régulé et que l’habitat est isolé.
Chauffer la chambre la nuit ?
Non, sauf pathologie particulière, 16-17°C suffisent avec une couette adaptée.
Peut-on vivre à 17°C ?
Oui, avec vêtements adaptés et accessoires chauffants, mais 19°C reste le minimum recommandé.
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[1] Norme
La norme en maison de retraite désigne les règles à suivre pour offrir un bon service et assurer la sécurité et le bien-être des résidents.
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[2] Dénutrition
La dénutrition est un manque de nutriments dans leur alimentation, ce qui peut entraîner une perte de poids, une faiblesse physique et des problèmes de santé chez la personne âgée.
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[3] Arthrose
L’arthrose est une maladie des articulations où le cartilage s’use, causant douleur, raideur et difficulté à bouger les articulations, et qui touche principalement les personnes âgées.
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