Vieillir ne signifie pas renoncer à organiser sa transmission de patrimoine. Au contraire, beaucoup de parents souhaitent justement aider leurs enfants au moment où eux-mêmes en ont le plus besoin : pour acheter un logement, financer des travaux, ou simplement anticiper la succession. Mais passé 70 ans, et surtout après 80 ans, les règles fiscales évoluent. Certains avantages disparaissent, d’autres persistent. On fait le point sur ce que vous pouvez réellement transmettre sans vous ruiner en frais.
Les abattements qui restent valables à tout âge
Première bonne nouvelle : l’abattement de base de 100 000 euros par enfant ne dépend pas de votre âge. Que vous ayez 50, 70 ou 90 ans, chaque parent peut donner cette somme à chacun de ses enfants sans payer un centime de droits de donation. Mieux encore, cet abattement se renouvelle tous les 15 ans. Un couple peut donc transmettre 200 000 euros par enfant en franchise totale d’impôt[1].
Cet abattement s’applique à tous types de biens : argent liquide, bien immobilier, parts de société. Si vous donnez moins que ce plafond, vous pouvez réutiliser le solde pendant la période de 15 ans. Par exemple, si vous donnez 60 000 euros aujourd’hui, il vous reste 40 000 euros mobilisables avant le prochain cycle.
Pour les petits-enfants, l’abattement tombe à 31 865 euros, et pour les arrière-petits-enfants, à 5 310 euros. Ces montants sont également cumulables entre grands-parents. Un petit-enfant peut donc théoriquement recevoir jusqu’à 127 460 euros de ses quatre grands-parents sans fiscalité (31 865 × 4), en plus de ce que lui donnent ses parents.

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Le don d’argent avant 80 ans : un bonus qui disparaît
Là où l’âge commence à jouer un rôle, c’est avec les dons familiaux de sommes d’argent. Avant 80 ans, chaque donateur peut offrir jusqu’à 31 865 euros supplémentaires à un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant majeur, sans droits de donation. Ce montant vient s’ajouter à l’abattement classique de 100 000 euros.
Concrètement, avant 80 ans, un parent peut transmettre à son enfant jusqu’à 131 865 euros tous les 15 ans (100 000 + 31 865) sans aucun impôt. Un couple peut donc offrir 263 730 euros à un même enfant dans ce cadre.
Mais attention : passé 80 ans, cette exonération spécifique disparaît. Il reste l’abattement général de 100 000 euros, mais plus la possibilité de cumuler avec les 31 865 euros de don d’argent. C’est donc un cap à anticiper si vous prévoyez de transmettre des liquidités importantes.
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Donation immobilière : la réserve d’usufruit comme stratégie
Donner un bien immobilier après 70 ans reste tout à fait possible, mais la technique du démembrement prend ici tout son sens. En conservant l’usufruit (le droit d’usage ou de percevoir les loyers), vous ne transmettez que la nue-propriété à vos enfants. Or, plus vous êtes âgé, plus la nue-propriété représente une part importante de la valeur totale du bien.
Voici comment ça fonctionne en pratique :
- Entre 71 et 80 ans : la nue-propriété représente 70 % de la valeur totale
- Entre 81 et 90 ans : elle grimpe à 80 %
- Au-delà de 91 ans : elle atteint 90 %
Cette stratégie présente un double avantage : optimiser la fiscalité et vous garantir un revenu ou un toit jusqu’à la fin. Reste qu’elle impose quelques contraintes. Vos enfants deviennent propriétaires et devront donner leur accord pour toute vente ou modification importante du bien.
Les nouveautés 2025-2026 : donation pour logement et rénovation énergétique
Une mesure temporaire, applicable jusqu’au 31 décembre 2026, offre une exonération spécifique pour les dons d’argent destinés à l’acquisition d’un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique éligibles à MaPrimeRénov. Cette fois, aucune limite d’âge n’est imposée au donateur. Même après 80 ans, vous pouvez en bénéficier.
Les montants exonérés sont conséquents : jusqu’à 100 000 euros par donateur, avec un plafond global de 300 000 euros par bénéficiaire (tous donateurs confondus). L’argent doit être utilisé dans les 6 mois suivant la donation, et le logement doit rester la résidence principale du bénéficiaire pendant 5 ans.
Cette exonération se cumule avec les abattements classiques. Un parent de 84 ans peut donc donner 100 000 euros pour l’achat d’un logement neuf par son enfant, puis ajouter les 100 000 euros de l’abattement général. Total : 200 000 euros sans fiscalité, à condition de respecter les conditions d’usage du bien.

L’assurance-vie après 70 ans : encore intéressante ?
L’assurance-vie reste un outil de transmission, mais les règles changent après 70 ans. Les primes versées avant cet âge bénéficient d’un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire, et les gains générés sont totalement exonérés de droits de succession (hors prélèvements sociaux). Après 70 ans, l’abattement global tombe à 30 500 euros pour l’ensemble des bénéficiaires et tous contrats confondus.
En revanche, et c’est important, seules les primes versées après 70 ans sont concernées par cet abattement réduit. Pour les primes versées après 70 ans, seule la fraction des primes excédant 30 500 € (tous bénéficiaires confondus) est soumise aux droits de succession. Les produits générés par ces primes ne sont pas soumis aux droits de succession, mais restent soumis aux prélèvements sociaux.
Si vous versez 50 000 euros à 74 ans et que le contrat atteint 200 000 euros à votre décès, seuls les 50 000 euros de primes entrent dans le calcul (avec l’abattement de 30 500 euros). Les 150 000 euros de plus-values échappent à l’impôt.
L’assurance-vie après 70 ans garde donc un intérêt, mais son efficacité dépend de la durée du placement et de la performance du contrat.
Les dons manuels et présents d’usage : la transmission discrète
Pas besoin de notaire pour donner de l’argent. Un virement, un chèque, une remise d’espèces suffisent. On parle alors de don manuel. Mais attention, toute donation doit être déclarée à l’administration fiscale, même si elle ne génère aucun impôt grâce aux abattements. Le bénéficiaire dispose d’un mois après réception pour faire cette déclaration, désormais en ligne via impots.gouv.fr.
Il existe une exception : les présents d’usage. Il s’agit de cadeaux offerts à l’occasion d’événements familiaux (anniversaire, mariage, réussite à un examen). Leur montant doit rester proportionné aux revenus et au patrimoine du donateur. Aucune règle fixe n’encadre ce « proportionné », mais retenez qu’un cadeau de 5 000 euros peut sembler raisonnable pour quelqu’un qui dispose d’un million d’euros, alors qu’il paraîtra excessif pour un retraité vivant avec 1 500 euros par mois.
Ces présents ne nécessitent ni déclaration, ni paiement de droits. Ils ne sont pas non plus comptabilisés dans la succession. C’est une façon simple d’aider régulièrement ses enfants sans paperasse.
Que se passe-t-il si vous décédez moins de 15 ans après la donation ?
Les donations réalisées moins de 15 ans avant le décès sont réintégrées dans la succession pour le calcul des droits. Autrement dit, si vous donnez 100 000 euros à votre enfant à 74 ans et décédez à 80 ans, l’abattement utilisé pour cette donation ne sera pas renouvelé pour la succession. Votre enfant ne pourra pas bénéficier à nouveau de l’abattement de 100 000 euros sur votre héritage.
Cette règle réduit l’intérêt fiscal des donations tardives si l’espérance de vie est courte. D’où l’importance d’anticiper. Plus vous donnez tôt, plus vous maximisez les avantages. Mais donner tard reste mieux que ne rien faire : vos enfants récupèrent l’argent immédiatement, et vous gardez le contrôle sur ce qui reste.
Donation et équité entre enfants : pensez à la donation-partage
Si vous avez plusieurs enfants, la donation simple peut créer des déséquilibres. La loi française protège les héritiers réservataires : chaque enfant a droit à une part minimale de votre patrimoine. Si vous donnez trop à l’un, il faudra rééquilibrer au moment de la succession, ce qui peut générer tensions et contentieux.
La donation-partage permet de figer la valeur des biens donnés au jour de la donation. Ainsi, si vous donnez un bien immobilier à un enfant et de l’argent à un autre, les valeurs retenues seront celles du jour de l’acte, même si le bien prend de la valeur ensuite. Cette formule pacifie les relations familiales et sécurise juridiquement la transmission.
Autre option : la donation-partage transgénérationnelle, qui permet de sauter une génération en donnant directement à vos petits-enfants, avec l’accord de vos enfants. Après 15 ans, les abattements fiscaux sont renouvelés, mais les frais notariés demeurent soumis au barème légal applicable, sans réduction forfaitaire automatique.
Combien coûte une donation chez le notaire ?
Les frais de notaire pour une donation immobilière tournent autour de 2 à 4 % de la valeur du bien, auxquels s’ajoutent les droits de donation éventuels si le montant dépasse les abattements. Pour une donation de 300 000 euros, comptez environ 3 000 euros de frais notariés.
Pour un don manuel d’argent, passer par un notaire n’est pas obligatoire, mais c’est souvent conseillé. L’acte notarié sécurise la transaction, évite les litiges ultérieurs et permet d’organiser des clauses spécifiques (par exemple, prévoir que l’argent serve exclusivement à acheter un bien précis).
Que retenir si vous avez plus de 70 ou 80 ans ?
- Après 70 ans, vous pouvez encore transmettre massivement sans fiscalité. L’abattement de 100 000 euros par enfant reste en vigueur, la donation en nue-propriété garde tout son intérêt, et les nouveautés 2025-2026 ouvrent des possibilités pour aider à l’acquisition ou la rénovation d’un logement.
- Après 80 ans, vous perdez le bonus de 31 865 euros sur les dons d’argent, mais tout le reste demeure accessible. La transmission reste donc largement faisable, à condition d’adapter votre stratégie. Donner en nue-propriété devient encore plus pertinent, et l’assurance-vie conserve un rôle complémentaire malgré l’abattement réduit.
Dans tous les cas, l’anticipation reste votre meilleure alliée. Plus vous agissez tôt, plus vous profitez des cycles de 15 ans pour renouveler les abattements. Mais même à 85 ans, rien ne vous empêche d’aider vos enfants. Une stratégie de transmission adaptée permet d’optimiser la fiscalité dans le respect des règles prévues par le Code général des impôts.
Questions fréquentes sur la donation après 70 ans
Est-ce qu’on peut encore faire une donation après 85 ans ?
Oui, aucune loi n’interdit de donner après 85 ans, ni même après 90 ans. L’abattement de 100 000 euros par enfant reste applicable. Seule l’exonération spécifique pour les dons d’argent de 31 865 euros disparaît après 80 ans, mais vous pouvez toujours transmettre via donation classique, don manuel ou donation en nue-propriété.
Faut-il obligatoirement passer devant notaire pour donner de l’argent ?
Non. Un don manuel (virement, chèque, remise d’espèces) ne nécessite pas de notaire. En revanche, vous devez le déclarer à l’administration fiscale dans le mois suivant la donation. Pour les biens immobiliers, l’acte notarié est en revanche obligatoire.
Qu’arrive-t-il si je dépasse les abattements ?
Au-delà des montants exonérés, les droits de donation s’appliquent selon un barème progressif. Le taux démarre à 5 % pour les premiers 8 072 euros taxables et peut grimper jusqu’à 45 % pour les montants les plus élevés. Un calcul précis nécessite de consulter un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine.
Les dons aux petits-enfants sont-ils une bonne idée après 80 ans ?
Oui, surtout si vos enfants n’ont pas de besoin immédiat. Vous pouvez donner jusqu’à 31 865 euros par petit-enfant tous les 15 ans, et ce montant se cumule entre les quatre grands-parents. Cela permet de transmettre progressivement et de réduire la masse successorale.
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[1] Impôt
L’impôt est une somme d’argent que les citoyens et les entreprises paient régulièrement au gouvernement. Cet argent est utilisé pour financer des services publics comme les écoles, les routes, et…
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