La question du paiement en EHPAD[1] pour une personne sous tutelle sème souvent le doute dans les familles. Tout paraît limpide, sur le papier : on protège la personne fragilisée, on organise sa vie. Mais qui règle vraiment la facture, chaque mois ? Entre responsabilité du tuteur, mobilisation des aides, et obligation alimentaire, la mécanique n’a rien d’évident. Et le moindre détail fiscal peut changer la donne. Voici le point, sans détour, sur les rouages du financement, les pièges à éviter, les droits et les limites pour chaque acteur concerné.
Entrée en EHPAD sous tutelle : cadre et acteurs
La mise sous tutelle[2] intervient lorsqu’un adulte n’est plus capable de défendre ses propres intérêts, souvent du fait d’une maladie neurodégénérative ou d’une perte d’autonomie sévère. Le juge des contentieux de la protection désigne alors un tuteur, qui représentera la personne protégée dans tous ses actes civils, y compris le choix d’un établissement d’hébergement.
L’entrée en EHPAD requiert l’accord du majeur protégé, mais en cas de refus, le tuteur peut saisir à nouveau le juge, qui tranchera selon la situation médicale et sociale. Une fois la décision actée, c’est le tuteur qui signe le contrat d’hébergement, au nom de la personne sous tutelle.
Aucun engagement financier ne pèse, en théorie, sur les membres de la famille ou le tuteur professionnel lui-même à ce stade.
Qui paie, concrètement, les frais d’EHPAD sous tutelle ?
Les frais d’EHPAD pour une personne sous tutelle nécessitent une organisation claire entre la personne protégée, la famille et les aides disponibles.

1. Les ressources de la personne protégée : première source
L’ordre des priorités ne laisse place à aucune ambiguïté : les revenus et le patrimoine du résident couvrent en premier lieu les frais d’hébergement. Cela inclut les pensions de retraite, rentes, économies, et, si besoin, la vente ou la mise en location de biens immobiliers. Le tuteur centralise ces ressources, analyse le budget mensuel, puis assure le règlement direct auprès de l’établissement.
La gestion ne s’arrête pas là. Le tuteur doit aussi solliciter toutes les aides existantes, pour réduire le reste à charge.
2. Les aides financières mobilisables
- Allocation personnalisée d’autonomie (APA) : réservée aux personnes âgées de 60 ans ou plus dont la perte d’autonomie (GIR[3] 1 à 4) est reconnue par une équipe médico-sociale. Versée par le conseil départemental, elle finance partiellement le tarif dépendance[4] et une partie du tarif hébergement.
- Aides au logement : l’Aide personnalisée au logement (APL) peut s’appliquer si l’EHPAD est conventionné. À défaut, l’Allocation de logement sociale (ALS) peut être demandée. Ces aides sont calculées sur la base des revenus du résident.
- Aide sociale à l’hébergement (ASH) : elle s’adresse aux résidents disposant de faibles ressources, une fois toutes les autres solutions épuisées. Versée par le département, l’ASH complète le paiement, à condition que l’établissement soit habilité à l’aide sociale. La personne sous tutelle doit conserver au moins 10 % de ses revenus, le reste étant absorbé par la prise en charge publique.
3. L’obligation alimentaire : quand la famille entre en jeu
Si les ressources du résident et les aides sociales ne suffisent toujours pas à couvrir la totalité des frais, la loi française prévoit une obligation alimentaire à la charge des descendants (enfants, parfois gendres ou belles-filles, mais plus les petits-enfants).
Ce devoir, inscrit dans l’article 205 du Code civil, n’est pas automatique dans la pratique : le tuteur doit d’abord évaluer les capacités de chacun, engager la discussion, rechercher un accord amiable. Si la solidarité familiale ne se met pas en place d’elle-même, le juge peut fixer le montant de la contribution de chaque obligé alimentaire, en tenant compte des situations respectives.
Un point clé à retenir : l’obligation alimentaire ne vise pas à mettre la famille en difficulté.
Le calcul s’adapte aux ressources, aux charges, et à la situation personnelle de chaque enfant. En cas d’absence totale de descendants ou de refus légitime, l’ASH prend le relais pour solder le reste à charge.
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Gestion financière : rôle et responsabilités du tuteur
Le tuteur organise le paiement, mais n’engage jamais son propre patrimoine. Ses missions :
- administrer les comptes de la personne protégée,
- solliciter chaque aide existante,
- constituer le dossier d’admission en EHPAD (avec la décision de tutelle, les justificatifs de ressources, les éventuelles autorisations du juge).
Il veille aussi à la bonne application de l’obligation alimentaire si cela devient indispensable.
Régulièrement, le tuteur rend compte de sa gestion au juge des contentieux de la protection. Chaque mouvement financier est tracé, documenté. Toute irrégularité, tout manquement à l’intérêt de la personne protégée peut entraîner sa révocation.
Modalités de paiement : impact fiscal et social
La manière dont les obligés alimentaires versent leur contribution influe directement sur la situation fiscale et le droit aux aides sociales du résident. Deux schémas existent, avec des conséquences très différentes :
- Paiement direct à l’EHPAD : Les descendants versent la pension alimentaire directement à l’établissement. Dans ce cas, la somme n’est pas considérée comme un revenu pour la personne sous tutelle. Elle conserve ainsi le bénéfice de ses aides sociales (ASPA, APL/ALS), sans risque d’imposition supplémentaire.
- Paiement via la tutelle : Si l’argent transite par le compte du résident (géré par le tuteur), la somme est alors intégrée dans ses ressources. Elle peut faire basculer la personne protégée au-dessus des seuils d’éligibilité à certaines prestations. Résultat : perte possible de l’ASPA ou des aides au logement, voire augmentation des frais de gestion calculés sur la base des ressources totales.
La doctrine fiscale et sociale, issue notamment de l’article 79 du Code général des impôts, distingue donc strictement les deux circuits. Si la pension alimentaire est versée directement à l’établissement et que la personne âgée dispose de faibles ressources, elle n’est pas imposée sur cette somme. Si la somme passe par la tutelle, elle devient un revenu, avec toutes les conséquences que cela implique.
Cette différence de traitement, dénoncée par plusieurs parlementaires, reste en vigueur. Le gouvernement reconnaît la complexité mais n’a pas, à date, modifié le dispositif.

Procédure d’admission et points de vigilance
L’admission en EHPAD sous tutelle ne diffère pas, sur le fond, d’un parcours classique. Mais certains documents spécifiques sont indispensables :
- copie du jugement de tutelle,
- autorisation expresse du juge si le résident s’y oppose,
- justificatifs de ressources,
- pièces prouvant l’épuisement des solutions familiales ou l’absence d’obligés alimentaires.
Le tuteur reste le garant de la conformité du dossier.
Autre point souvent ignoré : en cas de prise en charge par l’ASH, le département peut récupérer les sommes avancées sur la succession du résident, une fois celui-ci décédé. Les familles doivent en être informées à l’avance.
Enfin, toute difficulté, tout litige sur le paiement, peut être soumis au service social du département, à un conciliateur de justice, voire à un avocat spécialisé en droit des majeurs protégés.
FAQ pratique : questions fréquentes sur le paiement en EHPAD sous tutelle
Le tuteur peut-il être tenu de payer avec ses propres fonds ?
Non, le tuteur n’est jamais débiteur des frais d’EHPAD. Sa seule mission : gérer et mobiliser les ressources de la personne protégée.
Les petits-enfants sont-ils concernés par l’obligation alimentaire ?
Non, la loi n’impose plus cette solidarité aux petits-enfants. Seuls les enfants et, parfois, les gendres ou belles-filles peuvent être sollicités.
Peut-on forcer un enfant à payer s’il refuse ?
Si aucun accord n’est trouvé, le juge aux affaires familiales peut fixer la somme à verser, selon les ressources de chacun.
Quelles aides peuvent être cumulées ?
L’APA, l’APL (ou l’ALS), et l’ASH peuvent se compléter, selon l’état de dépendance et les revenus. Le tuteur doit vérifier chaque critère d’éligibilité.
L’ASH est-elle récupérable sur la succession ?
Oui, le département peut demander le remboursement des sommes avancées, dans la limite de la valeur nette de la succession.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Tutelle
La tutelle est un mesure de protection judiciaire où une personne est désignée pour prendre soin des affaires personnelles et financières d’une personne qui ne peut plus le faire elle-même…
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[3] GIR
Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est un outil qui sert à évaluer le niveau d’autonomie des personnes âgées, en les classant selon leur besoin d’aide pour les activités quotidiennes.
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[4] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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