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    Mettre quelqu’un sous tutelle est une décision importante : elle modifie son quotidien et celui de ses proches. La procédure à accomplir est précise et parfois complexe. Elle suppose de réunir plusieurs documents avant de saisir le juge. Ce guide détaille, étape par étape, les démarches à accomplir pour demander une mise sous protection juridique et éviter les retards. 

    À partir de quand faut-il envisager une mise sous tutelle ? 

    Mettre quelqu’un sous tutelle permet de garantir ses intérêts financiers et personnels lorsque ses facultés sont altérées. Mais cette mesure de protection juridique limite fortement son autonomie. En effet, ce régime est le plus complet et contraignant. Il entraîne une incapacité presque totale dans les actes de la vie civile.

    Dès lors, les proches se demandent à partir de quel moment agir.

    Dans quels cas la tutelle est-elle pertinente ? 

    La tutelle est une mesure de représentation. Autrement dit, une personne vulnérable placée sous ce régime n’effectue pas elle-même les actes de la vie civile. Elle est représentée par un tuteur, qui peut agir seul ou avec l’autorisation du juge. 

    Plusieurs situations peuvent justifier le recours à un tel dispositif : 

    • forte altération des facultés mentales, causant des troubles cognitifs sévères, comme c’est souvent le cas avec la maladie d’Alzheimer à un stade avancé ;
    • troubles psychiatriques empêchant une gestion autonome des finances, par exemple une schizophrénie ou des troubles bipolaires ;
    • accident ou pathologie, comme une paralysie ou une aphasie, entraînant une incapacité à exprimer sa volonté…

    Le principe de nécessité : protéger oui, mais pas à tout prix 

    Toutefois, le handicap ou la perte d’autonomie en soi ne justifie pas toujours une mise sous protection. L’altération des capacités doit empêcher la personne de gérer sa vie quotidienne ou l’exposer à des risques d’abus : 

    • factures impayées ;
    • interdiction bancaire ;
    • crédits contractés de manière incohérente ;
    • dons aux montants excessifs ;
    • exploitation de la vulnérabilité par des tiers, y compris certains proches profitant de la confiance du majeur… 

    Ces risques associés à l’altération médicale des facultés justifient une demande d’ouverture d’une protection juridique. 

    Mise sous tutelle ou curatelle ? Les solutions possibles

    La tutelle n’est pas le seul dispositif existant. Elle est certes la plus connue, mais il existe d’autres mesures offrant différents degrés de protection :

    • curatelle : elle est prononcée lorsque la personne conserve une certaine autonomie, mais a besoin d’être assistée pour les actes importants (comme vendre un bien). En curatelle renforcée, le curateur gère aussi les revenus et dépenses ;
    • sauvegarde de justice : cette mesure temporaire peut être mise en place rapidement, notamment en cas d’urgence ou dans l’attente d’une décision durable. Elle peut aussi permettre la désignation d’un mandataire spécial chargé d’accomplir un acte précis. Elle évite une mise sous tutelle, lorsque la situation ne justifie pas une protection durable ;
    • habilitation familiale : elle permet à un proche d’assister ou de représenter la personne pour certains actes, sans nécessiter un contrôle judiciaire pour chaque décision. Après autorisation du juge, son fonctionnement est généralement plus souple que la tutelle.  
    Comparaison des différentes mesures de protection juridique
    Mesure
    Niveau de protection
    Autonomie de la personne
    Rôle du protecteur
    Sauvegarde de justice
    Faible (temporaire)
    Elle conserve l’exercice de ses droits
    Un mandataire spécial peut être désigné pour un acte précis
    Curatelle simple
    Intermédiaire
    Elle agit seule pour les actes courants
    Le curateur assiste le majeur pour les actes importants (vente, emprunt…)
    Curatelle renforcée
    Intermédiaire renforcée
    Elle dispose d’une autonomie partielle
    Le curateur perçoit les revenus et règle les dépenses
    Tutelle
    Forte
    Elle est représentée pour la plupart des actes
    Le tuteur agit au nom de la personne protégée
    Habilitation familiale
    Variable (habilitation générale ou limitée)
    Dépend de l’habilitation (assistance ou représentation)
    Un proche agit dans le cadre fixé par le juge

    Quand la tutelle s’impose-t-elle ?

    La tutelle s’impose lorsque l’altération des facultés est très importante et qu’aucune mesure plus souple ne permet de protéger efficacement les intérêts du majeur.

    Par exemple : 

    • la personne ne comprend plus la portée de ses décisions ;
    • elle s’expose à des risques financiers ou personnels graves ;
    • une curatelle ou une sauvegarde de justice ne suffisent pas ;
    • aucune solution familiale adaptée ne peut être mise en place.

    Dans ces cas, une protection judiciaire maximale est nécessaire.

    Bon à savoir : c’est toujours le juge des contentieux à la protection qui décide de la mesure de protection la plus adaptée. 

    Une fois convaincu que votre proche doit être mis sous tutelle, il faut déposer une demande. La procédure peut paraître compliquée au premier abord. Suivez le guide, étape par étape, pour connaître les démarches à accomplir et les interlocuteurs à contacter.  

    Étape 1 : vérifier que vous pouvez engager la procédure et à qui s’adresser 

    Seules les personnes les plus proches du majeur vulnérable peuvent faire directement une demande de mise sous protection juridique.

    Qui est habilité à faire la demande ?

    Le Code civil définit précisément les personnes habilitées à présenter une demande d’ouverture d’une mesure de protection judiciaire : 

    • majeur lui-même ;
    • personne vivant en couple avec lui (conjoint, partenaire de Pacs ou concubin) ;
    • parent ou allié ;
    • personne entretenant avec lui des liens étroits et stables ;
    • personne qui exerce déjà envers lui une mesure de protection juridique ;
    • procureur de la République.  
    LIRE AUSSI:  Curatelle simple : droits, fonctionnement et démarches

    Ainsi, un enfant, un cousin ou un voisin proche peuvent faire la demande. En revanche, l’assistante sociale de l’EHPAD où le majeur est hébergé doit faire un signalement au procureur de la République.

    Comment se procurer le formulaire nécessaire et quel tribunal saisir ? 

    Pour demander une mise sous tutelle, vous devez remplir un formulaire appelé « requête en vue d’une protection juridique d’un majeur ». Le formulaire Cerfa-15891-03 est disponible sur Internet. Une fois renseigné, il doit être soumis au juge des contentieux de la protection. 

    Pour ce faire, vous devez le remettre au greffe du tribunal judiciaire du lieu de résidence du majeur à protéger. Attention, le dossier ne peut pas être adressé par courrier électronique. Vous pouvez soit le déposer à l’accueil du tribunal, soit l’envoyer par courrier postal.

    Bon à savoir : pour déterminer le tribunal compétent et obtenir ses coordonnées, consultez la page https://www.justice.gouv.fr/annuaire. Cet annuaire permet également de trouver un point-justice, pour obtenir des informations sur la protection juridique. 

    À ce stade, vous savez si vous pouvez engager la procédure de tutelle et à quel tribunal vous adresser. La démarche concrète peut alors commencer.

    Étape 2 : constituer le dossier et obtenir le certificat médical 

    La constitution du dossier est une étape délicate, mais importante. Vous allez réunir les différentes pièces permettant de décrire précisément la situation de votre proche et exposer pourquoi vous estimez qu’il a besoin de protection. 

    Cette démarche conditionne la suite de la procédure : un dossier incomplet ou imprécis peut retarder l’instruction.

    Besoin d’aide pour remplir le dossier ?

    Le formulaire comprend de nombreuses rubriques et peut être difficile à renseigner. Vous pouvez vous faire accompagner par les interlocuteurs suivants :

    • greffe du tribunal judiciaire : il vous expliquera comment compléter le dossier et vérifier que toutes les pièces sont jointes ;
    • avocat : son intervention est utile en cas de conflit familial, de patrimoine important ou de risque de contestation ;
    • point-justice : il permet d’obtenir une information juridique gratuite et neutre.

    Pour une situation simple et consensuelle, l’aide du greffe suffit généralement.
    En cas de désaccord familial ou d’enjeu financier important, un accompagnement juridique est préférable.

    Quels sont les documents à fournir pour la mise sous tutelle ? 

    Pour justifier votre demande de protection juridique, vous devez joindre plusieurs documents au formulaire Cerfa. 

    Pièces justificatives obligatoires dans tous les cas :

    • copie récente (moins de 3 mois) de l’acte de naissance de la personne à protéger ;
    • copie recto verso d’une pièce d’identité du majeur ;
    • copie recto verso d’une pièce d’identité du demandeur ;
    • certificat médical circonstancié. 

    Pièces complémentaires selon la situation de votre proche :

    Selon la situation familiale ou patrimoniale du majeur, vous devrez présenter d’autres documents, notamment : 

    • copie du contrat de mariage ou de la convention de Pacs de votre proche ;
    • copie de son livret de famille ;
    • copie de la pièce d’identité et copie de la domiciliation de la personne qui souhaite assurer les fonctions de tuteur ;
    • courrier des membres de la famille approuvant cette désignation ;
    • au moins deux avis de valeur du bien immobilier que vous désirez avoir le droit de vendre au nom de votre proche, le cas échéant. 

    Le certificat médical circonstancié – qu’est-ce que c’est et comment l’obtenir ? 

    Le certificat médical circonstancié est l’une des pièces les plus importantes du dossier. Il décrit :

    • l’altération des facultés du majeur ;
    • leurs conséquences sur la nécessité d’assistance ou de représentation pour la réalisation de tout ou partie des actes de la vie civile ;
    • l’évolution possible de l’altération ;
    • la possibilité ou non d’entendre le majeur pendant l’instruction de la demande.

    Ce document ne peut être rédigé que par un médecin inscrit sur une liste établie par le procureur de la République. Le médecin traitant de votre proche ne suffit pas.

    Bon à savoir : afin d’obtenir la liste des médecins habilités à donner des certificats médicaux circonstanciés, adressez-vous au greffe du tribunal judiciaire ou à celui du tribunal de proximité. Pour rappel, les coordonnées sont disponibles sur le site www.justice.fr

    Combien ça coûte? Le prix du certificat médical circonstancié est fixe. Il est facturé 160 € HT, soit 192 € TTC.

    Les points clés pour que la démarche se déroule sans difficulté

    Une fois les pièces réunies, quelques vérifications supplémentaires permettent d’éviter des retours ou des demandes de complément.

    • Vérifiez que le certificat médical est conforme
      Il doit être établi par un médecin inscrit sur la liste du procureur et inclure toutes les informations nécessaires. Un certificat imprécis ou établi par un médecin non habilité entraîne un rejet.
    • Remplir le formulaire avec précision
      Les rubriques relatives à la situation familiale, au patrimoine et aux difficultés rencontrées doivent être complétées. Les zones laissées vides peuvent retarder l’instruction.
    • Joindre l’ensemble des justificatifs demandés
      Toute pièce manquante risque d’entraîner une demande de complément et de retarder l’ouverture de la mesure.
    • Décrire précisément les difficultés rencontrées
      Des explications trop vagues (« il ne gère plus ses affaires ») sont insuffisantes. Le juge attend des éléments factuels.
    • Indiquer clairement la composition de la famille
      Le formulaire demande une liste des proches et leurs coordonnées. Omettre un enfant, un conjoint ou un membre important de la famille peut conduire le juge à demander des informations complémentaires, ce qui allonge l’instruction du dossier. En outre, si un enfant du majeur mis sous tutelle n’a pas été informé, il peut former ce qu’on appelle une « tierce opposition » pour contester la décision du juge. Il est donc important d’anticiper pour éviter les difficultés futures. 
    LIRE AUSSI:  La procédure de la sauvegarde de justice en pratique

    Bon à savoir : la tutelle peut être prononcée même en cas de désaccord entre les proches, si l’intérêt de la personne le justifie. En cela, cette mesure diffère de l’habilitation familiale, qui suppose l’absence d’opposition sérieuse de la famille. Il reste nécessaire de respecter les procédures pour éviter une contestation, puis un réexamen du jugement, compliquant les choses.

    Mains d'une personne âgée et de sa proche évoquant la mise sous tutelle

    Étape 3 : déposer la demande et suivre l’instruction du dossier

    Une fois le dossier complet, vous devez le déposer auprès du tribunal judiciaire compétent. Le greffe enregistre la demande et transmet le dossier au juge des contentieux de la protection.

    Que se passe-t-il après le dépôt d’une demande de tutelle ?

    À compter du dépôt, le dossier entre dans la phase d’instruction. 

    Le juge examine les pièces fournies et peut :

    • adresser des questionnaires au demandeur et aux proches du majeur, pour demander des précisions qui l’aideront à se prononcer ;
    • convoquer le demandeur. Son audition est généralement automatique, même si elle n’est pas obligatoire ;
    • entendre la personne à protéger (sauf si son état ne le permet pas) ;
    • procéder à une audition de toute autre personne qu’il juge bon d’interroger ;
    • solliciter l’avis d’un professionnel;
    • faire procéder à une enquête sociale.

    Tous ces éléments permettent au juge de vérifier si la mise sous protection du majeur est justifiée et de décider la mesure la plus adaptée. Cette phase d’instruction peut prendre du temps.

    Bon à savoir : lorsqu’un proche demande à être tuteur, son audition par le juge est obligatoire. 

    Quels sont les délais de la mise sous tutelle ? 

    Le juge dispose de 12 mois pour instruire la demande de protection juridique. Dans la pratique, les délais varient selon les tribunaux et la complexité du dossier. Il faut généralement compter plusieurs mois. 

    Lorsque la situation présente un caractère d’urgence, le juge peut prononcer une sauvegarde de justice pour garantir une protection temporaire ou permettre la réalisation d’actes spécifiques.

    Étape 4 : la décision du juge et les possibilités d’appel 

    À l’issue de l’instruction, le juge des contentieux de la protection rend sa décision par jugement. Elle est notifiée par le greffe aux personnes suivantes :

    • demandeur ;
    • majeur protégé ;
    • personne chargée de la protection ;
    • personne dont les droits ou obligations changent en raison de la mesure.

    La décision du juge : choix de la mesure et nomination du tuteur

    Si le juge accepte la mise sous protection, le jugement précise les éléments suivants :

    • mesure retenue (tutelle, ou autre mesure, si elle apparaît plus adaptée) ;
    • durée de la protection (maximum 5 ans pour une première ouverture) ;
    • identité de la personne désignée pour exercer la mesure ;
    • aménagements éventuels de la mesure. La tutelle peut en effet être allégée, c’est-à-dire que le juge énumère des actes que le majeur est autorisé à effectuer seul ou avec l’assistance du tuteur. 

    Dans quels cas la mise sous tutelle peut-elle être refusée ?

    Le juge peut refuser la mise sous tutelle si :

    • l’altération des facultés n’est pas suffisamment démontrée par le certificat médical circonstancié ;
    • une mesure moins contraignante apparaît suffisante pour garantir ses intérêts ;
    • le dossier ne permet pas d’établir la nécessité d’une protection. Par exemple, un enfant dispose d’une procuration qui suffit pour la gestion courante de sa vie quotidienne. Si le majeur n’est pas exposé à des risques d’abus ou de dépenses inconsidérées, le juge peut décider que le priver de son autonomie est inutile. 

    Peut-on contester la décision du juge ?

    Il est possible de faire appel au jugement :

    • en cas de refus, seul le demandeur peut exercer ce recours ; 
    • en cas d’ouverture d’une tutelle, le majeur ou toute personne habilitée à faire une demande de mise sous protection peut faire appel. 

    L’appel doit être formé dans les 15 jours suivant le jugement ou sa notification par le greffe. Il s’effectue par déclaration remise au greffe ou envoyée en lettre recommandée avec accusé de réception. Il n’est pas nécessaire d’être assisté par un avocat pour effectuer cette démarche.

    Après le jugement : les premières démarches du tuteur

    Une fois la tutelle ouverte, la mission du tuteur commence immédiatement.

    Les premières actions à accomplir sont les suivantes :

    • notifier les organismes concernés (banque, caisse de retraite, assurance maladie, mutuelle) ;
    • prendre contact avec les établissements bancaires afin d’organiser la gestion des comptes au nom du majeur protégé ;
    • établir un inventaire du patrimoine ;
    • préparer un budget prévisionnel.

    Le tuteur devra ensuite rendre compte de sa gestion selon les modalités fixées par le juge.

    Questions fréquentes

    La personne à protéger peut-elle refuser la mise sous tutelle ?

    Oui. Le majeur est entendu par le juge, sauf en cas d’impossibilité médicale. Son avis est pris en compte. Toutefois, le juge peut prononcer la mesure malgré son refus, si l’altération de ses facultés est démontrée et que son intérêt le justifie.

    Peut-on mettre fin à une tutelle avant son terme ?

    Oui. Si l’état de la personne s’améliore ou si la mesure n’est plus justifiée, une demande de mainlevée peut être adressée au juge.

    Peut-on demander une tutelle en urgence ?

    La mise en place d’une tutelle peut prendre longtemps. En cas de danger immédiat, le juge peut prononcer une sauvegarde de justice, mesure temporaire permettant de protéger rapidement le majeur.

    Combien coûte une mise sous tutelle ?

    La demande est gratuite. Seul le certificat médical circonstancié est payant (192 € TTC). Des frais peuvent s’ajouter, si vous faites appel à un avocat.

    Lorsqu’un proche exerce la mesure, il n’y a pas de frais de gestion. En revanche, si un mandataire judiciaire professionnel est désigné, sa rémunération est calculée en fonction des revenus de la personne protégée.

    Sources

    • Code civil : articles 425 à 515
    • Code de procédure civile : articles 1217 à 1254

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    Avatar auteur, Yaël Ankri
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