Dans les couloirs silencieux d’un hôpital ou d’une maison de retraite, le regard d’un proche s’éteint. Du jour au lendemain, une personne âgée refuse de manger, reste prostrée, n’ouvre plus la bouche. À la maison, la même scène : le retrait, la lassitude, comme une chape de plomb tombée sans prévenir. Beaucoup pensent à la dépression[1]. D’autres, moins avertis, ignorent que le syndrome de glissement rôde, urgence méconnue et souvent mal comprise.
Distinguer l’un de l’autre s’avère pourtant vital. Les familles, premières témoins, tiennent entre leurs mains la clé d’une réaction qui peut tout changer. Voici comment reconnaître les signes du syndrome de glissement, comprendre ses causes et mettre en place rapidement les solutions adaptées pour soutenir votre proche.
Deux réalités, des frontières floues
Derrière des manifestations parfois similaires, le syndrome de glissement et la dépression du sujet âgé relèvent de mécanismes, de rythmes et de pronostics très différents.
Le syndrome de glissement : un effondrement physique et psychique fulgurant
Le syndrome de glissement, décrit pour la première fois dans les années 1950, frappe principalement les plus de 80 ans, souvent fragilisés, polypathologiques. Il surgit après un choc : hospitalisation, chute, deuil, changement de domicile.
Ce n’est pas une « simple » tristesse, ni une dépression ordinaire. Il s’agit d’un abandon brutal, un processus de déclin rapide, parfois fulgurant. Le senior cesse de se battre, s’enfonce dans une léthargie grave. Refus de s’alimenter, de se lever, de communiquer. La vie glisse, littéralement, hors de lui.

La dépression du senior : une évolution plus insidieuse
La dépression de la personne âgée se cache derrière des symptômes similaires :
- tristesse persistante,
- perte d’intérêt,
- troubles du sommeil,
- fatigue chronique,
- idées noires.
Son évolution, en revanche, s’étire souvent sur des semaines, des mois. Parfois sans facteur déclenchant visible.
La frontière ? Floue, poreuse, mais réelle. Les deux exigent une vigilance extrême, mais l’une tue en quelques jours, l’autre use à petit feu.
Signaux d’alerte : ce que les familles voient (ou pas)
Pour les proches, tout commence par des détails :
- Refus de s’alimenter ou de boire : le senior repousse la nourriture, boit à peine, s’amaigrit en quelques jours.
- Alitement, passivité extrême : il ne se lève plus, reste prostré, parfois jusqu’au mutisme.
- Perte de contact : désintérêt pour l’entourage, absence de réaction aux sollicitations.
- Désir de mourir exprimé ou suggéré, mais sans tentative active de suicide.
- Opposition aux soins : refus de toilette, d’aide, parfois agitation ou agressivité inhabituelle.
- Troubles cognitifs qui surgissent ou s’aggravent : confusion, désorientation.
Dans la dépression, les signes se montrent plus insidieux : tristesse constante, perte d’appétit, sommeil perturbé, douleurs diffuses, repli sur soi. Mais la dégradation physique reste généralement moins rapide que dans le glissement.
Tableau comparatif : syndrome de glissement vs dépression sénile
| Critère | Syndrome de glissement | Dépression chez la personne âgée |
|---|---|---|
| Déclencheur | Événement aigu (choc, hospitalisation, deuil, fracture, entrée en Ehpad[2]) | Facteurs émotionnels, génétiques, solitude, parfois sans cause précise |
| Évolution | Rapide, quelques jours à semaines | Lente, chronique, sur plusieurs semaines ou mois |
| Symptômes physiques | Refus de s’alimenter, perte rapide de poids, immobilité, déshydratation | Fatigue, perte d’énergie, douleurs sans cause organique, perte d’appétit |
| Psychisme | Résignation, absence de réaction, mutisme, pas d’auto-dévalorisation | Tristesse, perte d’estime de soi, culpabilité, idées noires |
| Urgence | Vitale, intervention immédiate indispensable | Importante mais moins fulgurante, prise en charge essentielle |
| Réversibilité | Oui, si prise en charge rapide et adaptée | Oui, avec traitement et accompagnement |
Pourquoi le syndrome de glissement inquiète tant les médecins
Le syndrome de glissement préoccupe les médecins par son déclin fulgurant chez les patients âgés.
Une urgence vitale encore trop méconnue
Le terme « syndrome de glissement » recouvre une réalité dramatique : sans intervention, plus de 80 % des patients décèdent en moins d’un mois. La vitesse du déclin, la passivité extrême, l’opposition aux soins rendent la situation critique. Beaucoup de familles, démunies, croient à une dépression banale ou à un « caprice ». Il n’en est rien. En réalité, il s’agit d’une urgence médicale : chaque heure compte.
Des facteurs déclencheurs fréquents chez les personnes âgées
Pourquoi ce syndrome frappe-t-il autant les personnes âgées ? Fragilité, maladies chroniques, isolement, rupture de repères. Un déménagement, une chute, la perte du conjoint suffisent à déclencher la spirale. La crise du Covid-19 a tragiquement mis ce phénomène en lumière, l’isolement ayant accéléré de nombreux glissements.

Comment réagir : démarches et priorités pour les familles
La réaction doit être immédiate. Premier réflexe : contacter le médecin traitant ou le gériatre. Une hospitalisation peut s’imposer si l’état général se dégrade. La prise en charge repose sur plusieurs piliers.
- Réhydratation et réalimentation : parfois sous perfusion, toujours accompagnée d’une surveillance nutritionnelle étroite.
- Soutien psychologique : accompagnement professionnel, écoute bienveillante, respect du rythme et des souhaits du patient.
- Stimulation physique et cognitive : mobilisation douce, kinésithérapie[3], jeux de mémoire, activités adaptées pour ne pas laisser la personne s’enfermer dans l’inertie.
- Traitement des pathologies associées : infections, douleurs, troubles métaboliques.
- Implication de la famille : présence rassurante, maintien des repères, dialogue avec l’équipe soignante, encouragement sans pression.
En parallèle, il faut veiller à ne pas infantiliser la personne, respecter ses choix et ses limites, tout en offrant un environnement aussi apaisant que possible.
LIRE AUSSI : Comment reconnaître et soigner la dépression chez les seniors ?
Prévention : anticiper plutôt que subir
Prévenir le syndrome de glissement, mission complexe. Les familles, les soignants, les aides à domicile jouent un rôle central. Quelques recommandations s’imposent :
- Surveiller tout changement brutal après une chute, un deuil, une hospitalisation.
- Maintenir un lien social actif : visites régulières, appels, échanges, même courts.
- Adapter le lieu de vie pour préserver l’autonomie, sécuriser les déplacements.
- Préparer les transitions : anticiper l’entrée en institution, associer la personne aux décisions, organiser des séjours d’essai.
- Encourager l’activité physique, même minime, et la stimulation intellectuelle.
- Repérer les signes de repli ou de fatigue anormale, et ne jamais hésiter à demander conseil à un professionnel de santé.
Des structures comme les accueils familiaux, les colocations seniors, apportent parfois des réponses plus chaleureuses et personnalisées que certaines institutions traditionnelles.
FAQ pratique : questions fréquentes des familles
Le syndrome de glissement est-il réversible ?
Oui, surtout si le diagnostic est précoce et la prise en charge adaptée. Plus l’intervention est rapide, meilleures sont les chances de rétablissement.
Combien de temps pour qu’il s’installe ?
Quelques jours à quelques semaines après un choc ou un événement traumatisant.
Peut-on confondre les deux troubles ?
Oui, d’où l’importance de consulter un médecin. Seule une évaluation clinique peut trancher.
La dépression peut-elle évoluer en glissement ?
Oui, surtout si la perte d’autonomie et l’isolement s’aggravent.
Quels professionnels solliciter ?
Médecin traitant, gériatre, psychologue, kinésithérapeute[4], équipe de soins à domicile ou coordinateur en établissement.
✅ Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.
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[1] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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[2] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[3] Kinésithérapie
La kinésithérapie utilise des exercices et des massages pour aider à soulager les douleurs et améliorer la mobilité.
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[4] Kinésithérapeute
Le kinésithérapeute est un spécialiste qui aide les gens à récupérer leur mobilité et à soulager leurs douleurs à travers des exercices et des massages.
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