À 90 ans, être confronté à une démence – Alzheimer[1], démence vasculaire, démence à corps de Lewy, fronto-temporale – bouleverse tout l’équilibre du quotidien. La question de l’espérance de vie surgit, brute, mais derrière, c’est la qualité des jours restants qui prime. Les familles cherchent, tâtonnent, parfois se perdent face aux besoins qui changent, à la mémoire qui s’effiloche, à l’autonomie qui vacille. Pourtant, même à ce stade, des choix existent, des marges de manœuvre aussi, pour accompagner au mieux ce chemin singulier.

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Comprendre la démence à un âge très avancé

Le terme de « démence sénile » appartient au passé médical ; il regroupe un ensemble de maladies neurodégénératives – principalement Alzheimer, mais aussi démence vasculaire, à corps de Lewy, fronto-temporale. 

Une dégradation cognitive progressive

Ces troubles partagent un point commun : l’atteinte progressive des fonctions intellectuelles, de la mémoire, du langage, du jugement, du comportement. 

L’évolution ne suit jamais un modèle unique, mais se découpe généralement en quatre stades, du déficit léger à la perte totale d’autonomie.

Senior atteint de démence qui subit une dégradation cognitive progressive

Démence à 90 ans : une maladie rarement isolée

À 90 ans, la maladie est souvent diagnostiquée à un stade avancé. Les troubles cognitifs se mêlent à des fragilités physiques, à d’autres maladies chroniques, ce qui complexifie le pronostic et la prise en charge. 

Le plus souvent, la démence n’est pas la seule difficulté, mais s’ajoute à une mosaïque de vulnérabilités.

Espérance de vie réelle à 90 ans avec une démence

Le chiffre frappe : 

  • 1 à 3 ans d’espérance de vie moyenne après le diagnostic à cet âge, selon les études de référence et l’expérience clinique. 
  • Pour la maladie d’Alzheimer, les statistiques évoquent 8 à 10 ans d’évolution en général, mais l’âge au diagnostic bouleverse la donne. 
  • Après 80 ans, la survie moyenne tombe à 5-8 ans. Passé 90, la trajectoire s’accélère, souvent réduite à quelques mois ou années.

Plusieurs facteurs modulent cette durée :

  • Le type de démence : la forme vasculaire entraîne une progression plus rapide, liée aux atteintes cardiaques et cérébrovasculaires ; la maladie à corps de Lewy évolue de façon imprévisible ; l’Alzheimer s’étire parfois, mais l’âge réduit cette variabilité.
  • L’état de santé général : autres maladies (diabète, infarctus, cancer), fragilité, mobilité réduite… chaque facteur pèse lourd dans la balance.
  • Le soutien : famille présente, aidants professionnels, maintien d’une stimulation sociale, tout cela influence la durée et, plus encore, la qualité de vie.
  • Le sexe : à âge équivalent, les femmes vivent un peu plus longtemps avec la maladie, pour des raisons biologiques et sociales.
  • Le stade au moment du diagnostic : plus la maladie est repérée tardivement, plus l’espérance de vie diminue.

On ne meurt pas directement de la démence, mais de ses complications : infections (pneumonies, infections urinaires), dénutrition[3], chutes, escarres, perte du réflexe de déglutition. La phase terminale s’accompagne d’une grande vulnérabilité, d’un état grabataire, d’un risque vital à court terme.

Stades de la maladie et signes d’aggravation

La maladie progresse par étapes. Au début, la mémoire flanche sur les faits récents, puis l’orientation se brouille. Rapidement, viennent les difficultés à organiser le quotidien, à gérer les finances, à préparer les repas. Le langage devient haché, la compréhension s’effrite, les prises de décision deviennent risquées, le comportement change – agitation, repli, parfois agressivité.

  • Stade modéré : la dépendance[4] s’installe. Les oublis sont quotidiens, la désorientation fréquente. S’habiller, se laver, se déplacer réclament une aide. Les chutes guettent.
  • Stade sévère : la reconnaissance des proches disparaît, la personne devient grabataire ou fauteuilisée. Les troubles moteurs s’aggravent, la communication se réduit à des gestes ou des regards. Les complications médicales se multiplient.
  • Stade terminal : perte totale d’autonomie. La personne ne mange plus, ne communique plus. Les soins palliatifs s’imposent pour préserver le confort et la dignité.

Certains signes annoncent une aggravation rapide : chutes répétées, incapacité à accomplir les gestes essentiels, perte d’appétit, troubles de la déglutition, infections à répétition, crises d’angoisse ou repli extrême.

Comment préserver la qualité de vie ?

L’absence de traitement curatif n’empêche pas l’action. L’enjeu : ralentir la dégradation, préserver la dignité, alléger la souffrance, maintenir le lien humain. Tout commence par l’accompagnement au quotidien.

  • Stimulation cognitive : jeux, lecture à haute voix, musique, souvenirs partagés, albums photos, petites activités manuelles. Même à un stade avancé, la sensorialité, la musique, les voix familières éveillent des îlots de mémoire.
  • Activité physique douce : marche, mouvements adaptés au fauteuil, exercices de mobilisation. L’inactivité aggrave la perte d’autonomie et la dépression[5].
  • Routine sécurisante : horaires réguliers, repères visuels dans la maison, rituel des repas, objets familiers. Ces repères apaisent l’anxiété liée à la désorientation.
  • Aménagement du domicile : mobilier adapté, éclairage renforcé, suppression des obstacles, détecteurs de chute, bracelet de téléassistance, système d’appel d’urgence.
  • Maintien du lien social : visites régulières, appels téléphoniques, sorties accompagnées quand c’est possible, accueil de jour pour varier les stimulations.
  • Aide professionnelle : aide à domicile, infirmier, ergothérapeute, psychologue, soins de kinésithérapie[6].

Pour les proches, le soutien psychologique compte autant que l’aide matérielle. Les associations de familles, groupes de parole, dispositifs de répit (hébergement temporaire, accueil de jour) soulagent la charge, préviennent l’épuisement, permettent de tenir sur la durée.

LIRE AUSSI : 10 clés importantes pour mieux accompagner une personne atteinte de démence

Senior qui pratique la lecture comme stimulation cognitive pour retarder la démence

Quand envisager l’entrée en établissement spécialisé ?

La décision se pose, tôt ou tard, lorsque la sécurité ou le bien-être à domicile ne sont plus garantis. Désorientation majeure, chutes, fuites, agitation nocturne ou isolement extrême rendent la vie à la maison trop risquée ou épuisante pour les aidants. Les EHPAD[2] spécialisés et unités Alzheimer proposent un environnement sécurisé, des équipes formées, des soins adaptés, une stimulation sociale continue.

L’entrée en institution n’efface pas l’importance de la présence familiale. Les visites, les échanges, l’accompagnement lors des soins palliatifs restent essentiels jusqu’au bout.

Aides financières et dispositifs d’accompagnement

Le coût de la maladie pèse lourd à 90 ans, entre aides à domicile, matériel médical, adaptation du logement, frais d’établissement. Quelques dispositifs atténuent la charge :

  • Allocation personnalisée d’autonomie (APA) : soutien financier pour le maintien à domicile ou en établissement, modulé selon le degré de dépendance (GIR[7] 1 à 4).
  • Aide sociale à l’hébergement (ASH) : prise en charge partielle des frais en EHPAD pour les personnes modestes.
  • Réduction d’impôt[8] : 25 % des frais d’hébergement en établissement, dans la limite de 10 000 € par an.
  • Téléassistance : solutions de sécurité (détecteurs de chute, géolocalisation), appels de convivialité, soutien psychologique, lien avec les professionnels de santé.

Les conseillers en gérontologie[9], les plateformes d’accompagnement locales, les associations spécialisées orientent vers les solutions adaptées, aident à monter les dossiers, facilitent les démarches.

Questions fréquentes : repères et réponses

Démence sénile ou Alzheimer : quelle différence ?

La « démence sénile » regroupe plusieurs maladies, Alzheimer étant la plus fréquente, mais pas la seule.

Peut-on ralentir la progression ?

Oui, grâce à une prise en charge précoce, une stimulation cognitive et sociale, une activité physique adaptée et un environnement sécurisé.

La démence est-elle mortelle ?

Indirectement, oui. Les complications liées à la perte de fonctions vitales entraînent le décès en phase terminale.

Comment se passe la fin de vie en EHPAD ?

Les soins palliatifs sont assurés par des équipes formées : gestion de la douleur, maintien du confort, accompagnement psychologique et respect de la dignité.

Comment soutenir les aidants ?

Groupes de parole, association France Alzheimer, dispositifs de répit et accompagnement psychologique.

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