Pendant des années, on a expliqué que ces médicaments n’apportaient que peu de bénéfices. Pourtant, deux études récentes remettent en question l’abandon des anticholinestérasiques, ces médicaments contre Alzheimer déremboursés en France depuis 2018. Une étude française et une suédoise, portant sur plus de 38 000 patients, démontrent que ces traitements peuvent ralentir le déclin cognitif de plusieurs mois chez les patients atteints d’Alzheimer[1]. Découvrons ce que révèlent ces nouvelles données et leur signification concrète pour les familles confrontées à cette maladie.
Les résultats encourageants de l’étude française Méotis/BNA
Une étude française majeure menée à partir de deux bases de données nationales relance le débat sur l’efficacité des anticholinestérasiques. Cette recherche, utilisant les données de la Banque Nationale Alzheimer (BNA) et de la base régionale Méotis, a analysé le parcours de plus de 6 400 patients atteints de la maladie d’Alzheimer.
L’approche innovante de cette étude repose sur un essai émulé, une méthode qui permet de reproduire les conditions d’un essai clinique à partir de données réelles. Les chercheurs ont comparé deux groupes : environ 80% de « continueurs » qui ont poursuivi leur traitement anticholinestérasique, et 20% « d’arrêteurs » qui ont interrompu leur médication.
Cette recherche française apporte un éclairage précieux sur l’impact réel de l’arrêt des traitements, particulièrement pertinent depuis le déremboursement de 2018 qui a conduit de nombreux patients à abandonner leur médication.

Un bénéfice cognitif modeste mais persistant sur 4 ans
Les résultats de l’étude Méotis révèlent un écart significatif entre les patients qui poursuivent leur traitement et ceux qui l’interrompent. Après ajustement des données, les chercheurs observent environ 1 point de différence sur l’échelle MMSE à un an, écart qui s’élargit à 1,8 point à 4 ans entre les deux groupes.
Cette différence représente un « temps gagné » d’environ 6 à 11 mois sur l’évolution naturelle de la maladie. Bien que modeste, ce bénéfice cognitif se maintient dans la durée, offrant aux familles une perspective concrète sur l’impact du maintien du traitement.
Pour vous accompagner dans cette décision, votre médecin évaluera la balance bénéfice-risque en tenant compte de l’état général de votre proche et de sa tolérance au traitement.
Aucun excès de mortalité observé chez les patients traités
Une préoccupation majeure levée : l’analyse de survie menée dans le cadre de l’étude Méotis n’a révélé aucune différence significative de mortalité entre les patients qui continuent leur traitement anticholinestérasique et ceux qui l’interrompent.
Ce résultat rassurant répond aux inquiétudes soulevées lors du déremboursement de 2018, où les effets secondaires potentiels avaient été mis en avant par les autorités sanitaires. Les données de vie réelle montrent que le maintien du traitement ne s’accompagne pas d’un risque accru de décès.
Pour les familles, cette information est cruciale : elle confirme que la poursuite d’un anticholinestérasique, lorsqu’elle est bien tolérée, ne compromet pas l’espérance de vie de votre proche tout en préservant ses capacités cognitives plus longtemps.
L’étude suédoise confirme l’efficacité des anticholinestérasiques
Le registre suédois SveDem apporte une validation supplémentaire de l’efficacité des anticholinestérasiques grâce à un suivi exceptionnel de 32 282 patients diagnostiqués entre 2007 et 2022. Cette cohorte, d’âge moyen 78,4 ans avec un MMSE initial de 21,4 points, a été suivie jusqu’à 11 ans.
32 000 patients suivis : un ralentissement du déclin cognitif
La répartition initiale des traitements montre que 78,4% des patients recevaient des anticholinestérasiques contre 21,6% traités par mémantine seule. Les résultats ajustés révèlent que les anticholinestérasiques permettent un ralentissement du déclin de 0,65 point MMSE par an comparé à la mémantine seule, dont le déclin s’établit à 1,79 point annuel.
L’ampleur exceptionnelle de cette cohorte suédoise permet d’observer des tendances significatives sur le ralentissement du déclin cognitif. Les données ajustées montrent que la mémantine seule entraîne un déclin moyen de 1,79 point MMSE par an, tandis que les anticholinestérasiques ralentissent ce déclin de 0,65 point par an.
Le mécanisme d’action des anticholinestérasiques
L’association mémantine + anticholinestérasique présente un ralentissement plus modeste de 0,19 point par an comparé à la mémantine seule. Ces différences, bien que statistiquement significatives, traduisent un bénéfice symptomatique précoce suivi d’une évolution parallèle entre les groupes.
Chez les patients de plus de 78 ans, la combinaison thérapeutique semble apporter des bénéfices supérieurs comparé aux plus jeunes, suggérant une réponse variable selon l’âge au stade précoce de la maladie.
Donépézil, galantamine, rivastigmine : une avancée médicale confirmée
L’analyse comparative des trois anticholinestérasiques révèle des différences subtiles mais significatives. Le donépézil présente le déclin cognitif annuel le plus faible, tandis que la galantamine affiche des résultats pratiquement identiques avec seulement 0,05 point de différence.
La rivastigmine montre un déclin supérieur de 1,17 point par rapport au donépézil, la plaçant en retrait dans cette large cohorte suédoise. Ces résultats confirment que le choix entre ces molécules peut influencer l’évolution cognitive de votre proche.
Pour votre famille, discutez avec le médecin traitant du choix optimal en fonction de la tolérance et des antécédents médicaux, le donépézil et la galantamine apparaissant comme les options les plus favorables selon ces données récentes.
Sources:
Gerotonews: Alzheimer: deux études montrent le bénéfice des anticholinestérasiques
Alzheimer’s Research & Therapy : Dynamic associations of cholinesterase inhibitors and memantine with cognitive trajectories in individuals with Alzheimer’s or mixed dementia: a real-world analysis using the quality registry SveDem
Comparaison des effets des traitements sur le déclin cognitif dans la maladie d’Alzheimer
| Type de traitement | Étude concernée | Population étudiée | Effet sur le déclin cognitif (MMSE) | Enseignement clé |
|---|---|---|---|---|
| Anticholinestérasiques poursuivis | Étude française (BNA / Méotis) | Patients Alzheimer en vie réelle (suivi 4 ans) | Déclin plus lent avec un écart allant jusqu’à 1,8 point à 4 ans | Le bénéfice, bien que modeste, persiste dans le temps |
| Arrêt des anticholinestérasiques | Étude française | Patients ayant arrêté après le déremboursement | Déclin cognitif plus rapide | L’arrêt est associé à une perte de temps fonctionnel |
| Anticholinestérasique seul | Étude suédoise (SveDem) | > 32 000 patients suivis jusqu’à 11 ans | –0,65 point/an vs mémantine seule | Option associée au ralentissement le plus net |
| Mémantine seule | Étude suédoise | Patients Alzheimer ou démence mixte | –1,79 point/an | Déclin plus rapide en monothérapie |
| Association anticholinestérasique + mémantine | Étude suédoise | Patients plus âgés ou démence modérée à sévère | Bénéfice intermédiaire (–0,19 point/an) | Intérêt variable selon l’âge et la sévérité |
| Donépézil / Galantamine | Étude suédoise | Sous-groupes de patients | Déclin plus lent que la rivastigmine | Médicaments les plus favorables dans l’étude |
Questions fréquentes
Quel est le meilleur médicament pour Alzheimer ?
Les études récentes montrent que les anticholinestérasiques (donépézil, galantamine, rivastigmine) restent actuellement les traitements les plus bénéfiques, avec un ralentissement du déclin cognitif d’environ 6 à 11 mois comparé à la mémantine seule. Le Leqembi (lecanemab), autorisé en Europe depuis avril 2025, représente le premier nouveau traitement en plus de 20 ans, mais il reste réservé aux stades précoces et présente des risques d’effets secondaires cérébraux importants.
Ces médicaments sont-ils encore disponibles en France ?
Les anticholinestérasiques classiques restent disponibles en pharmacie sur ordonnance, mais ne sont plus remboursés depuis août 2018 suite à la décision de la HAS. Le Leqembi, autorisé par la Commission européenne en avril 2025, attend encore l’avis de la Haute Autorité de Santé pour sa commercialisation en France, avec une disponibilité probable courant 2026 pour les patients éligibles aux stades précoces.
Quel est le dernier traitement contre la maladie d’Alzheimer ?
Le Kisunla (donanemab) représente le traitement le plus récent, approuvé par l’Europe en juillet 2024 et montrant un ralentissement de 35% du déclin cognitif sur 18 mois. Ce nouveau médicament d’Eli Lilly rejoint le Leqembi dans la famille des anticorps monoclonaux qui éliminent les plaques amyloïdes, offrant aux familles une seconde option thérapeutique pour les stades précoces de la maladie.
Faut-il reprendre un traitement anticholinestérasique après 2018 ?
Deux études récentes de 2025 confirment l’intérêt de reprendre ces traitements malgré leur déremboursement. L’étude française (5 700 patients) montre un gain de 6 à 11 mois sur l’évolution cognitive, tandis que la cohorte suédoise (32 282 patients) démontre un ralentissement significatif du déclin mental comparé à la mémantine seule, sans augmentation de la mortalité observée.
Combien coûtent ces traitements sans remboursement ?
Depuis leur déremboursement, les anticholinestérasiques coûtent entre 15 et 60 € par mois selon les génériques et les pharmacies. Pour les nouveaux traitements comme le Leqembi ou le Kisunla, les tarifs atteignent plusieurs dizaines de milliers d’euros par an aux États-Unis, rendant leur accès très limité sans prise en charge.
Comment choisir entre anticholinestérasique et mémantine ?
Le choix dépend principalement du stade de la maladie et de la tolérance du patient. Les anticholinestérasiques conviennent aux formes légères à modérées, tandis que la mémantine s’adresse aux stades modérément sévères à sévères. Votre médecin évaluera les antécédents cardiovasculaires (les anticholinestérasiques peuvent provoquer des troubles du rythme), les problèmes digestifs et l’état général pour personnaliser le traitement le plus adapté à votre proche.
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[1] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
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[2] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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