Passé 60 ans, l’humeur vacille parfois, la tristesse s’invite, la fatigue s’installe. L’âge n’est pas en cause, pas seulement. Derrière les rides, des vies bouleversées par la retraite, le deuil, la solitude, parfois des douleurs physiques qui brouillent les repères. Parfois aussi, une question lancinante : est-ce qu’il s’agit d’une simple baisse de moral, ou de quelque chose de plus profond ? Savoir faire la différence, c’est ouvrir la porte à la bonne aide, au bon moment. Et, souvent, changer le cours des choses.
La dépression chez les seniors : une maladie trop souvent invisible
Les chiffres donnent le vertige : près de 3 millions de Français souffrent de dépression[1], et le risque grimpe avec l’âge. Après 60 ans, la dépression devient le trouble psychique le plus fréquent, devant l’anxiété ou les troubles du sommeil. Pourtant, elle se cache, se déguise, avance masquée derrière une plainte physique, une fatigue persistante ou un repli sur soi. Dans plus de 40 % des cas chez les plus de 65 ans, elle n’est même pas repérée.
La raison ? Les symptômes de la dépression chez la personne âgée diffèrent parfois de ceux observés chez l’adulte plus jeune. Moins de tristesse exprimée, plus de douleurs inexpliquées, de troubles de la mémoire, de l’attention, d’irritabilité ou de modification du comportement. Beaucoup de seniors, d’ailleurs, refusent d’en parler ou n’osent pas poser de mots sur leur souffrance. D’où la nécessité de rester attentif, d’écouter autrement.

Déprime ou dépression : la frontière décisive
Un coup de blues, ça arrive. Une déprime, ce n’est pas une maladie. Un événement douloureux, une période difficile, et la tristesse s’impose brièvement, puis s’estompe, parfois avec l’aide de proches, parfois seule. La dépression, elle, ne lâche pas prise. Elle dure. Elle ronge peu à peu le quotidien, empoisonne les gestes simples, coupe l’élan vital.
La différence tient à la durée, à l’intensité et à l’impact fonctionnel. Quand la tristesse, la perte de plaisir, la fatigue, la démotivation persistent plus de deux semaines, s’accompagnent d’autres troubles (perte d’appétit, troubles du sommeil, idées noires), et perturbent profondément la vie de tous les jours, il ne s’agit plus d’une déprime mais d’une maladie qui exige une prise en charge.
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Symptômes à surveiller : les signaux d’alerte après 60 ans
- Perte d’intérêt pour les activités autrefois appréciées, retrait progressif de la vie sociale, désengagement familial.
- Fatigue persistante, impression de ne jamais récupérer, même après le repos.
- Troubles du sommeil : insomnie, réveils précoces, sommeil non réparateur ou, à l’inverse, hypersomnie.
- Appétit perturbé, perte ou prise de poids sans explication.
- Plaintes physiques : douleurs diffuses, mal de dos, céphalées, troubles digestifs, sans cause médicale évidente.
- Difficultés de concentration, oublis fréquents, ralentissement de la pensée ou des mouvements.
- Sentiments de culpabilité, d’inutilité, auto-dévalorisation, propos du type « je ne sers plus à rien ».
- Idées de mort, pensées suicidaires, parfois non exprimées clairement, parfois traduites par un désintérêt pour la vie ou un refus de soins.
Chez les seniors, certains signes sont plus subtils : multiplication des plaintes somatiques, négligence de soi, diminution de l’hygiène, refus de s’alimenter, irritabilité, replis inhabituels, consommation accrue de médicaments ou d’alcool.
Les causes de la dépression à l’âge mûr : une mosaïque de facteurs
Aucune histoire ne ressemble à une autre, mais la dépression, après 60 ans, se nourrit souvent d’une combinaison : perte d’un proche, retraite mal vécue, isolement, maladies chroniques, baisse d’autonomie, douleurs tenaces, troubles sensoriels (vue, audition). Parfois, les souvenirs d’événements anciens, des deuils non faits, resurgissent.
Le terrain familial compte aussi : risque multiplié par deux à quatre si un parent a connu la dépression. À cela s’ajoutent les déséquilibres de certains neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline, dopamine), les maladies métaboliques (diabète, hypothyroïdie), les déficits en vitamine D ou en Oméga-3. Le tout, sur fond de vulnérabilité psychologique, d’ennui, de perte de repères sociaux.
Diagnostic : pourquoi la confusion règne souvent
Poser un diagnostic de dépression chez une personne âgée relève parfois du défi. La frontière avec les maladies physiques est floue, surtout quand les troubles cognitifs s’en mêlent. La dépression peut même mimer un début de démence : troubles de la mémoire, ralentissement intellectuel, lassitude extrême. On parle alors de « pseudodémence dépressive », réversible avec le traitement adapté.
Des outils comme la GDS (Geriatric Depression Scale), en quelques questions simples, permettent de repérer un terrain à risque. Mais seul un véritable entretien clinique, idéalement avec un psychiatre, permet de confirmer la dépression et d’écarter d’autres causes (maladie organique, trouble neurologique, hypothyroïdie).

Prise en charge : des solutions existent, à condition d’agir
La dépression, après 60 ans, ne se soigne pas par la seule force du mental. Le traitement repose sur plusieurs piliers :
- Traitements médicamenteux, principalement des antidépresseurs adaptés à l’âge et à l’état physique, en évitant certaines classes plus risquées. Les effets se font attendre (2 à 4 semaines), la persévérance est essentielle.
- Psychothérapies : thérapies cognitivo-comportementales, entretiens de soutien, interventions de groupe. Trop peu de seniors y ont accès, alors que leur efficacité est prouvée.
- Maintien du lien social : activités en groupe, clubs, ateliers, rencontres intergénérationnelles. Le contact humain, souvent, vaut mieux que bien des pilules.
- Activité physique adaptée : marche, gymnastique douce, jardinage, natation. Les bénéfices sur l’humeur sont réels, même en cas de dépression résistante aux médicaments.
- Mesures complémentaires : correction des troubles sensoriels, exposition à la lumière naturelle, alimentation équilibrée, art-thérapie[2], relaxation, musicothérapie.
Parfois, dans les formes sévères ou résistantes, des techniques innovantes sont proposées : stimulation magnétique transcrânienne, électroconvulsivothérapie, associations de plusieurs traitements. Tout dépend du contexte, des antécédents et des comorbidités.
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Rôle de l’entourage et des aidants : vigilance, écoute, soutien
Face à la dépression, la solitude tue. L’entourage, qu’il soit familial ou amical, joue un rôle central pour déceler les premiers signes, encourager la consultation, accompagner le suivi. Il s’agit de créer un climat de confiance, où la parole circule, où nul n’a peur d’avouer sa lassitude, sa tristesse, ou même ses idées noires.
Certaines phrases, pourtant prononcées avec de bonnes intentions, sont à bannir : « Secoue-toi », « Tu as tout pour être heureux », « Ce n’est que dans la tête », « Arrête les médicaments ». Elles blessent, culpabilisent, ferment le dialogue. À l’inverse, valoriser les petits progrès, donner de l’espoir sans jamais minimiser les difficultés, fait toute la différence.
Prévenir, repérer, agir : les clés pour ne pas laisser la dépression gagner
- Hygiène de vie : sommeil régulier, alimentation variée, activité physique même modérée.
- Lutte contre l’isolement : participation à des activités sociales, bénévolat[3], groupes de parole.
- Repérage précoce : attention aux changements de comportement, à la perte d’intérêt, aux plaintes inhabituelles.
- Professionnels de santé formés : médecins, infirmiers, psychologues sensibilisés à la psychopathologie du vieillissement.
- Accès à l’information : associations, numéros d’écoute, services d’aide à domicile[4], consultations spécialisées.
FAQ pratique : questions fréquentes sur la dépression après 60 ans
Combien de temps une déprime peut-elle durer avant de s’inquiéter ?
Une déprime passagère se dissipe généralement en quelques jours ou semaines. Si les troubles persistent au-delà de deux semaines, s’aggravent, ou entravent la vie quotidienne, il faut consulter.
Les antidépresseurs sont-ils dangereux à cet âge ?
Certains traitements doivent être adaptés, surveillés de près, mais les antidépresseurs modernes sont globalement bien tolérés chez les seniors. Le médecin évalue toujours le rapport bénéfice/risque.
Peut-on guérir d’une dépression après 70 ans ?
Oui, la majorité des dépressions répondent au traitement, surtout si elles sont repérées tôt et prises en charge globalement (médicaments, soutien psychologique, vie sociale).
La dépression favorise-t-elle le déclin cognitif ?
Oui, une dépression non traitée augmente le risque de troubles de la mémoire, d’altération de l’attention et, à terme, de déclin cognitif. Inverser la tendance passe par un traitement précoce.
Où trouver de l’aide ?
- France Dépression, Unafam, Psycom : conseil, orientation, soutien pour les personnes âgées et leurs proches.
- Écoute-Famille (01 42 63 03 03), Croix-Rouge Écoute (0 800 858 858), SOS Amitiés : écoute, aide, anonymat garanti.
- Services d’aide à domicile, consultations gériatriques, psychiatres spécialisés : pour un accompagnement sur-mesure.
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[1] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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[2] Art-Thérapie
L’art-thérapie est une approche thérapeutique qui utilise l’expression artistique, comme le dessin ou la musique, pour aider les gens à explorer et à comprendre leurs émotions.
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[3] Bénévolat
Le bénévolat en maison de retraite consiste à offrir son temps gratuitement pour aider et soutenir les personnes âgées dans leurs activités et leur quotidien.
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[4] Aide à domicile
L’aide à domicile est un service qui accompagne les personnes chez elles en leur apportant une assistance pour les tâches de la vie courante, comme le ménage, les courses, ou…
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