Dans le paysage des EHPAD[1], les Unités de Vie Alzheimer (UVA) sortent du lot. Pas une étiquette. Plutôt une réponse concrète à une réalité : l’augmentation des troubles cognitifs chez les personnes âgées, Alzheimer[2] en tête. Derrière les portes de ces unités protégées, une organisation spécifique, un quotidien repensé pour des résidents fragilisés, mais aussi tout un réseau de soutien pour les proches. Quels profils relèvent de l’UVA ? Sur quels critères s’appuie la sélection ? Pourquoi cette prise en charge dédiée devient-elle incontournable face à la progression de la maladie ?

Comprendre l’UVA : un espace pensé pour Alzheimer et apparentés

L’Unité de Vie[3] Alzheimer offre un cadre spécialisé bien au-delà d’un EHPAD standard.

Accueil des résidents Alzheimer difficiles

L’UVA a une mission claire : accueillir des personnes âgées atteintes de maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés, présentant des difficultés comportementales ou cognitives qui rendent le maintien à domicile[4], voire en secteur classique d’EHPAD, trop risqué ou inadapté.

senior avec la maladie d'Alzheimer accueillie en UVA EHPAD

Sécurité et repères dans l’UVA

On parle ici d’un espace sécurisé, conçu pour autoriser la déambulation sans danger, limiter les risques de fugue, apaiser l’anxiété. Les accès sont contrôlés, les repères visuels nombreux. 

Vie à petite échelle et ambiance familiale

Un environnement à taille humaine, généralement autour de 10 à 14 résidents, pour conserver une atmosphère familiale et réduire la sur-stimulation.

Un accompagnement sur-mesure : qui vise-t-on vraiment ?

Le profil type ? Une personne âgée, le plus souvent de plus de 60 ans, diagnostiquée Alzheimer ou d’une maladie apparentée (maladie à corps de Lewy, démence fronto-temporale, etc.), dont les troubles – désorientation, agitation, sautes d’humeur, déambulation incessante, parfois agressivité – perturbent la vie quotidienne. Pas seulement pour elle, aussi pour l’entourage, parfois démuni.

La sélection ne se joue pas sur le seul nom de la pathologie. Plusieurs critères s’additionnent :

  • Diagnostic médical confirmé de maladie neuro-dégénérative
  • Manifestations comportementales modérées à sévères : angoisses, troubles du sommeil, désorientation dans le temps et l’espace, impulsivité, repli sur soi, troubles alimentaires
  • Perte d’autonomie notable (évaluée via la grille AGGIR[6][5], généralement GIR[7] 1 à 4)
  • Besoin d’un environnement sécurisé et d’une surveillance renforcée
  • Capacité à vivre en petit groupe, à participer à des activités adaptées, même avec un accompagnement rapproché

Au final, l’admission relève d’une décision collégiale, prise par la direction et l’équipe soignante de l’EHPAD, appuyée sur un dossier médical complet et l’évaluation fonctionnelle du patient.

Pourquoi l’UVA ? Les enjeux d’une prise en charge spécialisée

La maladie d’Alzheimer ne fait pas que ronger la mémoire. Elle bouleverse l’humeur, les gestes quotidiens. Elle isole. Dans certains cas, les comportements deviennent imprévisibles, voire dangereux, tant pour la personne que pour les autres résidents. Ici, maintenir la sécurité ne suffit pas. Il faut repenser l’accompagnement, tout en gardant la dignité et le lien social.

Les UVA s’organisent autour de plusieurs axes :

  • Environnement structurant et apaisant : mobilier adapté, couleurs, lumières douces, espaces de déambulation sécurisés, repères sensoriels, rituels rassurants.
  • Accompagnement individualisé : projet de soins personnalisé, prise en compte des habitudes, des goûts, des capacités restantes.
  • Activités thérapeutiques : ateliers mémoire, art-thérapie[8], musique, jardinage, cuisine thérapeutique, relaxation, médiation animale, séances Snoezelen[9].
  • Prise en charge des troubles du comportement : stratégies non médicamenteuses privilégiées, personnel formé à la communication bienveillante, techniques de validation, gestion de l’agitation ou des angoisses.
  • Soutien aux familles : groupes de parole, entretiens réguliers, information sur la maladie, aide psychologique, temps de visite adaptés.

Cette approche globale vise à ralentir la perte d’autonomie, prévenir l’aggravation des troubles, maintenir un niveau d’engagement social, tout en évitant la stigmatisation.

prise en charge des troubles de la démence en UVA EHPAD

UVA, PASA, UHR : comprendre les différences

Dans les EHPAD, plusieurs dispositifs coexistent pour répondre à la diversité des situations Alzheimer.

DispositifType d’accueilNiveau de troublesEncadrementDurée de présenceObjectif principal
PASAJournée uniquementTroubles modérésEncadrement par personnel formé, activités spécifiquesTemps limité à la journéeStimuler l’autonomie et proposer des activités adaptées
UVAHébergement permanentTroubles modérés à sévèresEncadrement renforcé, environnement sécurisé, activités thérapeutiquesPermanentAssurer sécurité et continuité de soins dans un cadre adapté
UHRHébergement permanentTroubles sévères, parfois dangereuxSurveillance médicale continue, encadrement intensifPermanentProtéger le résident et gérer les troubles comportementaux graves

Le quotidien en UVA : vivre autrement, mais ensemble

Ici, les journées s’articulent autour de routines qui rassurent : 

  • Repas pris en commun, 
  • ateliers sensoriels, 
  • jardinage, 
  • entretien de la vie quotidienne (mettre la table, arroser les plantes). 

Chaque geste du quotidien devient prétexte à maintenir un reste d’autonomie, à stimuler la mémoire, à donner du sens. 

Le personnel – aides-soignants, infirmier, psychologue, ergothérapeute – s’adapte au rythme de chacun, réajuste l’accompagnement selon l’évolution de la maladie.

L’objectif : éviter l’enfermement, le repli. Préserver le lien social, maintenir la dignité, tout en protégeant la personne contre elle-même – et parfois contre les autres.

Admission en UVA : conditions, démarches, coûts

L’entrée en UVA ne s’improvise pas. Plusieurs étapes :

  1. Dossier médical détaillé, incluant le diagnostic, l’évaluation de la dépendance[11], l’étude du comportement.
  2. Rencontre avec l’équipe de l’EHPAD pour affiner le projet d’accueil.
  3. Décision collégiale, incluant souvent famille et médecin traitant.
  4. Inscription via des plateformes comme ViaTrajectoire ou dépôt d’un dossier papier (cerfa dédié).

Côté budget, le coût s’aligne sur celui d’un EHPAD classique, avec un surcoût modéré (quelques dizaines à une centaine d’euros) lié à l’encadrement renforcé : comptez entre 2 200 et 4 000 € mensuels selon la localisation. Heureusement, des aides existent : APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie), ASH (Aide Sociale[12] à l’Hébergement), APL/ALS (Aides au logement).

Section pratique : repères et conseils pour les familles

  • Vérifier le niveau de sécurité et d’adaptation des lieux lors des visites : accès protégés, espaces extérieurs clos, signalétique claire.
  • Poser des questions sur la formation du personnel et le taux d’encadrement.
  • Demander à rencontrer le psychologue ou l’infirmier coordinateur pour discuter du projet de soins individualisé.
  • S’informer sur la souplesse des visites et la place accordée à la famille dans la vie de l’unité.
  • Consulter l’annuaire des EHPAD sur les sites spécialisés pour cibler ceux disposant d’une UVA ou d’une unité Alzheimer.

FAQ : les questions les plus courantes sur l’UVA en EHPAD

Peut-on intégrer une UVA en accueil temporaire ? 

Oui, certaines structures proposent des séjours de répit, pour quelques semaines à quelques mois, afin de soulager les aidants ou préparer une entrée définitive.

Que se passe-t-il si les troubles s’aggravent ? 

Un passage vers une UHR[10] (Unité d’Hébergement Renforcé) pourra être proposé, en accord avec la famille et l’équipe médicale.

La personne doit-elle être grabataire ? 

Non, les UVA accueillent majoritairement des personnes encore mobiles, mais désorientées, avec troubles du comportement.

Combien de temps entre la demande et l’admission ? 

Variable, selon la disponibilité des places et la gravité de la situation, mais le délai peut aller de quelques semaines à plusieurs mois.

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