Dans la vie quotidienne, la communication fait lien, cimente les relations. Avec la maladie d’Alzheimer, ce fil se distend, parfois se rompt. Les mots se mélangent, les phrases s’effacent, laissant place à des silences ou à un langage qui, peu à peu, devient méconnaissable. Pour la famille, les amis, chaque échange se transforme en défi. Pourtant, même quand les mots ne suffisent plus, d’autres voies restent possibles pour continuer à comprendre et à être compris.
Quand la parole se brouille : la communication à l’épreuve d’Alzheimer
Alzheimer[1] transforme progressivement la parole, rendant les échanges quotidiens de plus en plus difficiles pour le patient comme pour son entourage.
La lente érosion du langage : mots et phrases qui se perdent
Alzheimer ne frappe pas d’un coup. La maladie installe une lente évolution. La mémoire vacille, le repérage dans le temps et l’espace s’efface, la capacité à trouver ses mots décline. Les phrases deviennent parfois hachées, le sens se perd dans des expressions ou des mots qui n’ont plus le même rôle.
Impact sur l’entourage : frustration et incompréhension
L’entourage se retrouve face à un proche qui, peu à peu, semble s’éloigner dans un monde à part. Les échanges simples d’autrefois deviennent laborieux, source de frustration, d’incompréhension. Les besoins, les envies, les peurs ne se disent plus aussi clairement.
Pour ceux qui accompagnent, un mélange de tristesse, d’impuissance, parfois d’exaspération.
LIRE AUSSI : Alzheimer : comment surmonter les crises d’agressivité

Communiquer autrement : écouter, regarder, ressentir
Les troubles du langage – aphasie, perte du fil, difficultés à nommer les objets – ne sont qu’un aspect. Souvent, le malade perçoit encore les émotions, l’ambiance, même s’il ne comprend plus le sens exact des paroles.
La communication ne dépend donc pas que des mots. Elle passe aussi par le regard, le ton, les gestes.
LIRE AUSSI : Toutes les stratégies pour bien communiquer avec le malade Alzheimer
Écouter autrement : adapter sa façon de communiquer
Rester présent, attentif, même devant un langage qui semble incohérent, demande d’inventer d’autres manières d’être en lien. Quelques principes, éprouvés sur le terrain, permettent de faciliter ces moments d’échange, de réduire la tension, de préserver une certaine qualité de relation.
- Se positionner face à la personne. Regarder dans les yeux. S’installer à sa hauteur. L’appeler par son prénom. Cela apaise, rassure, capte l’attention, parfois même lorsque la mémoire flanche.
- Parler avec simplicité. Articuler. Prendre son temps. Laisser des espaces de silence pour que l’autre intègre les informations. Les phrases longues, les doubles consignes, les jeux de mots passent mal. Mieux vaut des formulations claires, courtes, orientées vers une action ou un besoin immédiat.
- Privilégier les questions fermées. Plutôt que « Que veux-tu manger ce midi ? », proposer « Tu veux du riz ou des pâtes ? ». Éviter les questions ouvertes, les pourquoi, les comment, qui demandent un effort de réflexion souvent trop important.
- Écouter activement. Laisser parler, même si le sens échappe. Montrer de l’intérêt. Reformuler, demander confirmation, mais sans insister sur les erreurs. Valoriser chaque effort de participation, chaque tentative, aussi minime qu’elle soit.
- Accueillir émotions et préoccupations. Parfois, une plainte, une colère, un reproche ne sont que l’expression d’une angoisse ou d’un malaise. Prendre au sérieux ces ressentis, sans chercher à tout corriger, aide à apaiser l’atmosphère.
- Prendre du recul. Face à une remarque blessante ou à une réaction inattendue, garder en tête que ce n’est pas volontaire. S’éloigner quelques instants, changer de sujet. Ne pas argumenter, ne pas chercher à convaincre à tout prix.
Créer un environnement qui facilite le dialogue
Le contexte dans lequel se déroulent les échanges joue un rôle décisif. Un lieu bruyant, une télé en fond, des sollicitations multiples… tout cela perturbe l’attention et aggrave les difficultés de compréhension. Préférer un endroit calme, éclairé mais sans lumière agressive. Prendre le temps de s’asseoir, de respirer.
La personne malade ressent le stress, l’agitation. Plus l’entourage est apaisé, plus la communication gagne en fluidité.

Quand les mots ne viennent plus : miser sur le non-verbal
À mesure que le langage parlé s’amenuise, la communication non verbale prend le relais. Un regard qui accroche, une main posée doucement, un sourire, une caresse sur l’épaule, le ton de la voix. Tous ces signaux parlent, parfois plus fort que les mots.
Le visage exprime la joie, l’inquiétude, la curiosité. Les gestes ouvrent la porte à une compréhension intuitive, immédiate. L’intonation rassure, ou au contraire inquiète.
Il ne faut pas sous-estimer la puissance de ces échanges silencieux.
Exemples de gestes et attitudes favorisant la communication non verbale
| Action | Effet recherché |
|---|---|
| Prendre la main | Transmettre de la sécurité, apaiser une angoisse |
| Regarder dans les yeux | Capte l’attention, crée du lien |
| Sourire | Génère une émotion positive, détend l’atmosphère |
| Parler avec douceur | Diminue le stress, rassure |
| Mimer une action | Aide à se faire comprendre sans recourir au langage complexe |
Respect, patience, valorisation : trois piliers pour garder le lien
La maladie bouleverse le rapport à soi, aux autres. Rester dans une posture d’empathie, de respect, valoriser ce que la personne peut encore accomplir, même si cela semble insignifiant. Éviter les critiques, les corrections incessantes.
L’objectif n’est pas d’obtenir une performance, mais de préserver le sentiment d’exister, de compter, d’être entendu. La patience, parfois mise à rude épreuve, devient un allié indispensable.
Ressources, guides et soutien pour les proches
Face au découragement, à l’isolement, il existe des relais. De nombreux guides pratiques, brochures ou ouvrages spécialisés détaillent les méthodes de communication adaptées.
Des associations nationales ou locales, comme France Alzheimer, proposent un accompagnement, des publications, un soutien téléphonique, des groupes de parole.
Être aidant ne s’improvise pas. Se former, échanger avec d’autres, s’informer sur les avancées médicales et sociales permet d’alléger le fardeau, de trouver des astuces concrètes, de se sentir moins seul dans ce quotidien exigeant.
FAQ pratique : comment réagir face aux situations difficiles ?
Que faire si mon proche répète sans cesse la même question ?
Répondre calmement, même si la question revient. Changer doucement de sujet, proposer une activité, détourner l’attention sans montrer d’agacement. Garder en tête que l’angoisse ou l’oubli sont à l’origine de cette répétition.
Comment réagir si le discours devient incohérent ou incompréhensible ?
Ne pas chercher à tout comprendre. Se concentrer sur les émotions exprimées. Acquiescer, rassurer, valoriser l’effort de communiquer. Parfois, un simple geste, un sourire suffisent à apaiser.
Est-il utile de corriger les erreurs de langage ?
Il vaut mieux éviter. Corriger peut générer de la frustration, aggraver le sentiment d’échec. Préférer la reformulation douce, la valorisation de ce qui est encore possible.
Quand demander de l’aide extérieure ?
Dès que la fatigue, la lassitude, l’épuisement gagnent. Les structures spécialisées, les associations de soutien, les professionnels de santé peuvent offrir un relais précieux, ponctuel ou régulier.
-
[1] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
Note de l’article (1 votes)
Cet article vous a-t-il été utile ?
Notez cet article afin de nous permettre d’améliorer nos contenus.










Réagissez, posez une question…