La BPCO touche plus de 3,5 millions de personnes en France, surtout des seniors. Cette maladie respiratoire évolue souvent longtemps dans l’ombre avant de révéler ses conséquences. Au-delà de l’essoufflement et de la fatigue, elle expose à un risque redoutable : la dénutrition[1]. En maison de retraite, 30 à 50 % des résidents sont concernés, un chiffre plus élevé chez les personnes atteintes de pathologies respiratoires chroniques. La dénutrition n’est pas une simple perte d’appétit : elle affaiblit l’organisme, diminue les défenses immunitaires et complique la gestion de la maladie. Pour y faire face, les établissements ont développé des stratégies d’accompagnement dépassant les simples repas équilibrés.

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Pourquoi la BPCO favorise-t-elle la perte de poids ?

La relation entre BPCO et dénutrition n’est pas évidente au premier regard. Pourtant, cette maladie respiratoire bouleverse l’équilibre nutritionnel de plusieurs façons simultanées.

D’abord, respirer devient un effort physique constant. Le travail respiratoire augmente considérablement les besoins énergétiques du corps. Imaginez courir un marathon permanent, même au repos. Les muscles respiratoires consomment une énergie considérable, parfois jusqu’à 10 fois plus que chez une personne sans trouble respiratoire. Cette dépense calorique invisible passe souvent inaperçue.

Ensuite, l’essoufflement lui-même décourage l’alimentation. Manger et respirer deviennent deux actions difficiles à mener de front. Les personnes atteintes de BPCO ressentent une gêne respiratoire accrue pendant et après les repas, ce qui transforme chaque moment à table en épreuve plutôt qu’en plaisir. Résultat : elles mangent moins, plus vite, ou sautent carrément des repas.

La fatigue chronique joue également son rôle. Se préparer un repas, s’installer à table, même mâcher demande une énergie que beaucoup n’ont plus. L’appétit diminue naturellement quand le corps est épuisé. Et les infections respiratoires à répétition, fréquentes dans la BPCO, coupent l’envie de manger pendant plusieurs jours à chaque épisode.

Les traitements médicamenteux peuvent aussi perturber le goût, provoquer des nausées ou réduire l’appétit. Certains médicaments dessèchent la bouche, rendant la déglutition inconfortable. D’autres modifient la perception des saveurs, transformant des plats autrefois appréciés en expériences désagréables.

souffrant d'insuffisance cardiaque à cause de la bpco

Les signes qui doivent alerter

La dénutrition ne s’installe pas du jour au lendemain. Elle progresse souvent discrètement, masquée par d’autres symptômes de la BPCO. C’est pourquoi les équipes en maison de retraite ont appris à repérer les signaux faibles.

Perte de poids et diminution de la masse musculaire : indicateurs physiques clés

Une perte de poids involontaire de plus de 3 kilos en trois mois constitue un premier indicateur. Mais attention, le chiffre sur la balance ne raconte pas toute l’histoire. 

La perte de masse musculaire peut passer inaperçue si elle est compensée par une rétention d’eau liée à des problèmes cardiaques, fréquents chez les personnes atteintes de BPCO.

L’observation quotidienne révèle d’autres indices : des vêtements qui flottent, une alliance qui tourne autour du doigt, des joues creusées. Les aides-soignants remarquent aussi la diminution de la force musculaire lors des transferts, ou une assiette systématiquement laissée à moitié pleine.

Modifications du comportement alimentaire : signaux d’alerte discrets mais significatifs

Les changements de comportement alimentaire méritent une attention particulière. Un résident qui se désintéresse soudainement de ses plats préférés, qui grignote sans réellement manger, qui boit peu ou qui refuse systématiquement les collations envoie un message d’alerte.

LIRE AUSSI : Norme saturation BPCO : quelles valeurs sont réellement normales ?

La surveillance au quotidien : première ligne de défense

Dans les maisons de retraite, la prévention commence par un suivi rigoureux mais discret. Chaque résident atteint de BPCO fait l’objet d’une pesée régulière, généralement hebdomadaire ou bimensuelle selon son état. Ces données alimentent une courbe pondérale qui permet de détecter rapidement toute tendance à la baisse.

Mais les chiffres ne suffisent pas. Le personnel soignant observe les comportements pendant les repas : temps passé à table, quantités réellement consommées, difficultés rencontrées. Certains établissements utilisent des fiches de suivi où chaque repas est évalué (tout mangé, moitié, quelques bouchées). Cette traçabilité permet d’identifier les problèmes avant qu’ils ne deviennent critiques.

L’évaluation va au-delà du poids. Elle inclut la mesure de l’IMC bien sûr, mais aussi l’examen clinique régulier : palpation du bras pour estimer la masse musculaire, recherche de carences, évaluation de l’état général. Le médecin coordonnateur intervient dès qu’un indicateur bascule dans le rouge.

L’alimentation enrichie : quand chaque bouchée compte

Pour les résidents BPCO dénutris ou à risque, l’objectif n’est plus simplement de manger équilibré, mais de maximiser l’apport nutritionnel de chaque plat. C’est là qu’intervient l’enrichissement alimentaire, une technique qui consiste à augmenter la densité calorique et protéique des aliments sans augmenter les volumes.

  • La purée de pommes de terre devient un concentré d’énergie avec l’ajout de crème fraîche épaisse, de beurre fondu et de poudre de lait. 
  • Un potage classique se transforme en bombe nutritionnelle avec des œufs battus, du fromage râpé ou des légumineuses mixées. 
  • Les desserts lactés sont enrichis avec de la crème, du lait concentré ou de la poudre protéinée.

Cette approche permet à une personne qui ne peut manger que de petites quantités de recevoir quand même les nutriments nécessaires. Les diététiciens des établissements calculent précisément ces enrichissements pour atteindre les objectifs : environ 42 kilocalories par kilo de poids corporel et jour, et 1,2 à 1,5 gramme de protéines par kilo, bien plus que les recommandations pour un adulte plus jeune.

Les produits allégés disparaissent complètement des plateaux. Beurre entier, fromages affinés, viandes grasses, sauces généreuses : tout est permis en l’absence de contre-indication médicale spécifique. Le gras et le sucre deviennent des alliés thérapeutiques.

seniors atteints de BPCO prenant leur repas en EHPAD

Adapter les textures et les saveurs

L’enrichissement ne sert à rien si le résident ne peut pas ou ne veut pas manger. Les maisons de retraite travaillent donc aussi sur l’acceptabilité des repas.

Les troubles de la mastication et de la déglutition, fréquents chez les personnes âgées, nécessitent des adaptations de texture. Certains résidents reçoivent des aliments coupés finement, d’autres des préparations mixées. Mais mixer ne signifie pas servir une bouillie informe. Les cuisiniers utilisent désormais des techniques qui préservent l’apparence : assiettes colorées, utilisation de moules pour redonner forme aux aliments mixés, séparation visuelle des différents composants du plat.

La perte de goût et d’odorat, quasi systématique avec l’âge et aggravée par certains traitements, impose de rehausser les saveurs. Herbes fraîches, épices douces, aromates généreux : tout est bon pour réveiller les papilles. Certains établissements proposent même des condiments à table pour que chacun ajuste selon ses préférences.

Le visuel joue également un rôle majeur dans l’appétit. Une assiette soignée, des couleurs vives, une présentation travaillée stimulent l’envie de manger. À l’inverse, un plateau monotone ou peu appétissant décourage avant même la première bouchée.

L’organisation des repas : un rituel à préserver

La régularité structure la journée et sécurise. Les maisons de retraite maintiennent trois repas principaux à heures fixes, complétés par une ou deux collations, évitant ainsi les jeûnes prolongés, particulièrement néfastes chez les personnes dénutries.

Le jeûne nocturne ne doit pas dépasser douze heures. Si nécessaire, une collation en soirée comble l’écart entre le dîner et le petit-déjeuner, avec des aliments riches : yaourts entiers, compotes, biscuits, fruits secs, petits sandwichs.

L’environnement des repas est soigné : tables décorées, musique douce, petits groupes pour favoriser la convivialité. Pour les résidents BPCO s’essoufflant rapidement, des places stratégiques près des fenêtres ou en espaces aérés sont prévues.

Le temps accordé aux repas est adapté à chacun. Certains font des pauses pour reprendre leur souffle, d’autres mangent lentement. Le personnel veille à accompagner sans presser ni infantiliser.

Les compléments nutritionnels : un coup de pouce parfois nécessaire

Quand l’enrichissement alimentaire classique ne suffit pas, les compléments nutritionnels oraux prescrits par le médecin apportent protéines, calories, vitamines et minéraux dans un petit volume.

Ils existent sous différentes formes : boissons lactées ou fruitées, crèmes dessert, soupes, jus épaissis. La variété permet d’alterner pour éviter la lassitude, certains résidents finissant par les refuser à cause du goût ou de l’aspect.

Les maisons de retraite ont développé des stratégies : servir frais, dans de jolis verres, à distance des repas principaux, ou les intégrer dans des recettes comme smoothies, crèmes dessert ou milk-shakes.

La conservation suit des règles strictes : deux heures à température ambiante après ouverture, vingt-quatre heures au réfrigérateur. Le personnel veille à ces délais pour éviter tout risque infectieux.

Le travail d’équipe autour de chaque résident

La prévention de la dénutrition chez les résidents BPCO mobilise tous les professionnels de l’établissement : médecin coordonnateur, infirmiers, aides-soignants, diététicien, kinésithérapeute[2], animateurs, cuisiniers.

Des réunions de coordination ajustent régulièrement la prise en charge : évolution pondérale, appétit, difficultés rencontrées, stratégies à tester. Cette approche pluridisciplinaire évite que des problèmes passent entre les mailles du filet.

  • L’orthophoniste intervient en cas de troubles de la déglutition pour adapter les textures et proposer des exercices. 
  • Le psychologue ou le médecin traitent les épisodes dépressifs, fréquents chez les personnes atteintes de maladies chroniques et facteurs aggravants de dénutrition.
  • Les aides-soignants, présents quotidiennement, repèrent les changements subtils, accompagnent les repas, encouragent sans forcer et signalent toute difficulté. Leur connaissance fine de chaque personne permet des ajustements au jour le jour..

Quand les mesures habituelles ne suffisent plus

Malgré tous ces efforts, certaines situations échappent à la prise en charge classique. La dénutrition sévère ou l’impossibilité de s’alimenter par voie orale imposent alors des solutions plus invasives.

La nutrition entérale, via une sonde gastrique ou intestinale, permet d’apporter directement les nutriments. Cette option est envisagée en dernier recours, après échec des autres stratégies, et nécessite un transfert hospitalier pour la mise en place. Le retour en maison de retraite est possible ensuite, avec un protocole de surveillance spécifique.

La nutrition parentérale, par voie veineuse, reste exceptionnelle et réservée aux situations où le tube digestif ne fonctionne plus correctement. Elle se pratique exclusivement en milieu hospitalier.

Ces solutions techniques soulèvent des questions éthiques importantes. Elles prolongent la vie mais altèrent parfois sa qualité. La décision se prend toujours en concertation avec le résident quand c’est possible, sa famille, et l’équipe médicale, dans le respect des directives anticipées.

L’accompagnement des familles : un partenaire essentiel

Les proches jouent un rôle majeur dans la prévention de la dénutrition. Leur présence lors des repas stimule souvent l’appétit du résident. Leur vigilance permet de repérer des changements que le personnel n’aurait pas remarqués.

Les maisons de retraite les informent donc sur les enjeux de la nutrition chez les personnes BPCO, les signes d’alerte à surveiller, les moyens mis en œuvre. Des réunions d’information, des entretiens individuels, des supports écrits facilitent cette transmission.

Certains établissements autorisent les familles à apporter occasionnellement des plats préparés maison, dans le respect des règles d’hygiène. Ces moments réactivent des souvenirs gustatifs et affectifs puissants, parfois plus efficaces que n’importe quel complément nutritionnel.

L’implication familiale ne doit toutefois pas virer à la pression. Forcer à manger génère stress et blocages. Les équipes soignantes accompagnent aussi les proches pour qu’ils trouvent la juste posture : présence bienveillante sans insistance culpabilisante.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour corriger une dénutrition chez un résident BPCO ?

Tout dépend de la sévérité de la dénutrition et de l’état respiratoire. Une dénutrition légère peut s’améliorer en quelques semaines avec un accompagnement adapté. Les formes sévères nécessitent plusieurs mois de prise en charge intensive. Chez les personnes atteintes de BPCO, la récupération est souvent plus lente car la maladie respiratoire augmente constamment les besoins énergétiques.

Un résident peut-il refuser les compléments nutritionnels ?

Absolument. Aucun soin ne peut être imposé sans consentement. Si un résident refuse les compléments, l’équipe cherche à comprendre pourquoi (goût désagréable, moment inadapté, satiété) et propose des alternatives : changement de saveur, intégration dans des recettes, enrichissement alimentaire renforcé. Le dialogue reste toujours privilégié.

La dénutrition est-elle réversible chez les personnes très âgées ?

Oui, dans la majorité des cas, si la prise en charge intervient suffisamment tôt. L’organisme conserve sa capacité à reconstituer des réserves même à un âge avancé. En revanche, plus la dénutrition est ancienne et sévère, plus la récupération sera longue et incomplète. D’où l’importance du dépistage précoce.

Faut-il peser les résidents tous les jours ?

Non, c’est inutile et stressant. Le poids fluctue naturellement d’un jour à l’autre selon l’hydratation, le transit, les repas de la veille. Une pesée hebdomadaire ou bimensuelle suffit généralement pour suivre l’évolution. Seules certaines situations médicales spécifiques justifient une pesée quotidienne.

Que faire si un résident BPCO s’essouffle trop pendant les repas ?

Plusieurs ajustements sont possibles : fractionner les repas en portions plus petites et plus fréquentes, proposer des textures qui demandent moins d’effort de mastication, installer le résident en position semi-assise pour faciliter la respiration, prévoir des pauses, servir les plats à température tiède plutôt que très chauds. L’oxygénothérapie pendant les repas peut aussi être envisagée sur prescription médicale.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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