Une famille reçoit le compte rendu d’IRM cérébrale d’une mère ou d’un père âgé. La feuille contient une dizaine de lignes en jargon technique : « leucoencéphalopathie modérée péri-ventriculaire », « lacunes des noyaux gris centraux », « atrophie cortico-sous-corticale marquée pour l’âge », « microsaignements lobaires », « dilatation des ventricules latéraux ». Aucune phrase claire ne dit si c’est grave. Le radiologue conclut souvent par « à corréler à la clinique » et renvoie au médecin prescripteur. Voici les cinq résultats les plus fréquents et les plus angoissants pour les proches, ce qu’ils signifient, quand ils sont inquiétants, et qui doit les interpréter.

Trouver un EHPAD

1. La leucoencéphalopathie (ou leucopathie)

C’est probablement le terme le plus fréquent dans les comptes rendus d’IRM des personnes âgées. La leucoencéphalopathie désigne une anomalie de la substance blanche du cerveau, visible sous forme d’hypersignaux (zones plus claires) sur les séquences T2 ou FLAIR de l’IRM. Le radiologue la classe souvent selon l’échelle de Fazekas, graduée de 0 à 3.

Cause la plus fréquente : la maladie des petits vaisseaux cérébraux, liée à l’âge, à l’hypertension artérielle, au diabète et au tabagisme. La leucoencéphalopathie peut aussi avoir des causes rares (maladies génétiques comme CADASIL, séquelles de chimiothérapie, sclérose en plaques).

Inquiétant ? 

  • Une leucopathie débutante (Fazekas 1) chez une personne de 80 ans est très banale et n’a pas forcément de traduction clinique. 
  • Une leucopathie sévère (Fazekas 3), surtout chez un patient plus jeune, justifie une exploration approfondie et un contrôle strict des facteurs de risque vasculaires.
senior réalisant une irm cérébrale pour détecter une leucopathie

2. Les lacunes

Les lacunes sont de petites cavités, généralement inférieures à 15 mm, situées dans la profondeur du cerveau (noyaux gris centraux, capsule interne, thalamus, tronc cérébral). Elles correspondent à d’anciens petits infarctus dus à l’occlusion d’une artériole. Le patient n’a pas forcément ressenti d’AVC[1] au moment où elles se sont formées : on parle d’AVC silencieux.

Cause principale : la même que la leucopathie, c’est-à-dire la maladie des petits vaisseaux cérébraux, dominée par l’hypertension et le diabète.

Inquiétant ? 

  • Une ou deux lacunes asymptomatiques chez un patient de 85 ans hypertendu sont fréquentes. 
  • Plusieurs lacunes associées à une leucopathie sévère et à des microsaignements signent une maladie des petits vaisseaux active, avec un risque accru de démence vasculaire et de nouvel AVC. La prévention cardiovasculaire devient prioritaire.

3. L’atrophie cortico-sous-corticale

L’atrophie cortico-sous-corticale est une diminution globale du volume du cerveau, à la fois du cortex (couche externe) et des structures sous-corticales (en profondeur). Sur l’IRM, elle se traduit par un élargissement des sillons à la surface du cerveau et une dilatation des ventricules cérébraux. C’est un phénomène en partie physiologique : le cerveau perd naturellement du volume avec l’âge, en moyenne 0,2 à 0,5 % par an après 60 ans.

Le radiologue précise souvent « atrophie modérée et harmonieuse pour l’âge » (rassurant) ou « atrophie marquée pour l’âge » (à explorer). Le terme « harmonieuse » signifie que l’atrophie est répartie uniformément, sans région particulièrement touchée.

Inquiétant ? 

  • Une atrophie harmonieuse modérée chez un patient de 80 ans est très banale. 
  • Une atrophie marquée pour l’âge, surtout si elle touche préférentiellement les lobes temporaux (Alzheimer[2]), frontaux (démence fronto-temporale) ou pariétaux, oriente vers une maladie neurodégénérative et justifie un bilan en consultation mémoire. 

Un travail récent publié en 2026 rappelle qu’il faut désormais croiser systématiquement cette donnée avec l’analyse IRM multimodale et la clinique.

senior découvrant les résultats de son irm cérébrale

4. Les microsaignements

Les microsaignements (ou microbleeds en anglais) sont de minuscules dépôts d’hémosidérine, visibles sous forme de points noirs sur les séquences IRM T2* ou SWI. Ils témoignent de saignements anciens et microscopiques dans le cerveau, souvent passés inaperçus.

Deux causes principales selon leur localisation : 1-Localisation profonde (noyaux gris, tronc cérébral, cervelet) : maladie des petits vaisseaux liée à l’hypertension. 2-Localisation lobaire (surface du cerveau, en bordure du cortex) : angiopathie amyloïde cérébrale, fréquente après 70 ans, souvent associée à la maladie d’Alzheimer.

Inquiétant ? 

  • Quelques microsaignements isolés sont fréquents après 75 ans. 
  • Une multiplication de microsaignements lobaires évoque une angiopathie amyloïde, avec un risque d’hémorragie cérébrale notamment sous anticoagulants. 

Cette information change parfois la conduite thérapeutique, surtout en cas de fibrillation auriculaire.

5. La dilatation ventriculaire

Les ventricules sont des cavités remplies de liquide céphalorachidien (LCR) au centre du cerveau. Leur taille augmente naturellement avec l’âge, à mesure que le cerveau perd du volume. C’est ce qu’on appelle une dilatation ventriculaire passive.

Mais une dilatation ventriculaire peut aussi traduire une hydrocéphalie à pression normale, maladie spécifique de la personne âgée associant trois signes cliniques : 

  • troubles de la marche (marche à petits pas, élargissement du polygone) ;
  • troubles cognitifs ;
  • troubles sphinctériens. 

C’est une cause potentiellement traitable de démence par dérivation neurochirurgicale.

Inquiétant ? 

  • Une dilatation ventriculaire isolée et proportionnée à l’atrophie cérébrale globale est généralement bénigne. 
  • Une dilatation disproportionnée, surtout avec une marche pathologique et une incontinence[3] urinaire, oriente vers une hydrocéphalie à pression normale et justifie un bilan neurologique spécialisé.

Tableau récapitulatif des cinq résultats

Résultat IRMCe que c’est en clairCause la plus fréquenteQuand consulter sans tarder
LeucoencéphalopathieAnomalies de la substance blanche du cerveau.Maladie des petits vaisseaux (HTA, diabète).Si sévère (Fazekas 3) ou symptômes neurologiques.
LacunesPetits infarctus anciens, parfois silencieux.Maladie des petits vaisseaux cérébraux.Si multiples ou associées à troubles cognitifs.
Atrophie cortico-sous-corticaleDiminution du volume du cerveau.Vieillissement normal, parfois maladie neurodégénérative.Si « marquée pour l’âge » ou prédominance focale.
MicrosaignementsPetits saignements anciens et microscopiques.HTA (profonds), angiopathie amyloïde (lobaires).Si nombreux, surtout sous anticoagulants.
Dilatation ventriculaireÉlargissement des cavités du cerveau.Atrophie cérébrale liée à l’âge, parfois hydrocéphalie.Si marche pathologique et incontinence urinaire associées.

Qui doit interpréter ces résultats

Le compte rendu d’IRM est rédigé par un radiologue, dont le rôle est de décrire les images. Son métier n’est pas de poser le diagnostic clinique. L’interprétation au sens médical relève de trois interlocuteurs principaux :

  • Le médecin traitant, qui connaît votre parent et fait la synthèse entre l’imagerie, ses antécédents, ses traitements et ses plaintes actuelles. C’est lui qui orientera vers un spécialiste si nécessaire.
  • Le neurologue, qui interprète les anomalies dans le contexte des fonctions cognitives, motrices et sensorielles. Il peut demander des examens complémentaires (tests neuropsychologiques, EEG, ponction lombaire pour biomarqueurs, TEP).
  • Le gériatre, particulièrement compétent pour les démences mixtes, la polypathologie de la personne très âgée et l’évaluation globale. Les consultations mémoire labellisées sont souvent gériatriques.

En France, les consultations mémoire sont accessibles avec une prescription du médecin traitant. Les centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR) traitent les cas les plus complexes.

Ce qu’il faut faire en pratique

  • Ne pas chercher seul sur internet la signification de chaque terme. Les comptes rendus utilisent des formulations standardisées qui n’ont de sens que rapportées au tableau clinique. Une « atrophie marquée pour l’âge » chez une personne qui fait ses courses seule et joue au scrabble n’a pas la même valeur que la même mention chez quelqu’un qui ne reconnaît plus ses enfants.
  • Demander une consultation pour relire les résultats. Apportez le compte rendu et le CD des images. Notez à l’avance les questions que vous vous posez et les symptômes observés (oublis, désorientation, troubles de la marche, fuites urinaires, changement d’humeur).
  • Ne pas céder à la panique ni au déni. Un compte rendu d’IRM cérébrale après 75 ans contient presque toujours des anomalies. Beaucoup sont banales, certaines justifient une exploration. Le médecin fera la part des choses.

FAQ

Une IRM « normale pour l’âge » exclut-elle une démence ?

Non. Certaines maladies neurodégénératives débutantes peuvent ne pas avoir de traduction nette en IRM. Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments incluant la clinique, les tests neuropsychologiques et parfois des biomarqueurs.

Faut-il refaire une IRM tous les ans après 75 ans ?

Non. Une IRM n’est répétée que si les symptômes évoluent ou si le médecin a besoin de comparer l’imagerie dans le temps. Le suivi est avant tout clinique.

Mon parent a peur de l’IRM, peut-il refuser ?

Oui, c’est son droit. L’IRM est anxiogène (bruit, espace confiné). Une légère sédation est possible. Un scanner cérébral peut être une alternative dans certains cas, moins précise mais souvent suffisante.

Le radiologue peut-il manquer une anomalie ?

C’est rare mais possible, surtout pour les microsaignements ou les petites lésions. En cas de doute, le neurologue ou la consultation mémoire peuvent demander une seconde lecture des images.

Faut-il garder le CD de l’IRM ?

Oui, conservez-le précieusement. Il sera utile pour la consultation mémoire, pour un suivi à distance, ou pour un second avis spécialisé.

Note de l’article (1 votes)

Cet article vous a-t-il été utile ?

Notez cet article afin de nous permettre d’améliorer nos contenus.

Avatar auteur, Augustin
Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

Commentaires (0)

Réagissez, posez une question…

Les derniers articles

Articles les plus recherchés

Nos dossiers sur ce thème

La santé du Grand-âge

L'accroissement de la longévité s'accompagne de la multiplication de pathologies propres aux personnes âgées. Nous abordons dans ce dossier intitulé "la santé au grand âge"…

En savoir plus

Face à la maladie d'Alzheimer

Nous avons consacré un dossier spécifique à la maladie d’Alzheimer, pour appréhender à sa mesure ce véritable fléau, qui touche en France 800 000 personnes,…

En savoir plus

Face à la maladie de Parkinson

Affection dégénérative du cerveau la plus courante après Alzheimer, la maladie de Parkinson touche plus de 2 % de la population française de plus de…

En savoir plus