Dans les établissements pour personnes âgées, la question de l’alimentation dépasse largement le simple plaisir de manger. Près d’un résident sur deux en EHPAD[1] fait face à la dénutrition protéino-énergétique. Derrière ce terme médical, une réalité concrète : fonte musculaire, fatigue, immunité fragilisée, autonomie perdue. Les familles s’inquiètent, observent, questionnent. À juste titre. Les repas sont la première ligne de défense, et des droits existent. Mais que peut-on vraiment attendre, demander, obtenir ?

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Comprendre la dénutrition : au cœur de la fragilité des personnes âgées

Avec l’âge, l’appétit se fait capricieux. Une bouchée, puis l’envie s’éteint. Les sens s’amenuisent, la satiété arrive trop vite, la mastication devient laborieuse. La dénutrition[2] protéino-énergétique s’installe souvent insidieusement, accélérée par les maladies chroniques, la solitude, les troubles cognitifs, ou un environnement inadapté.

Les conséquences ? 

  • Une perte de poids non désirée, la masse musculaire qui s’effondre, une fatigue qui ne lâche plus. 
  • Le corps affaibli cède du terrain aux infections. 
  • L’autonomie recule. 
  • Les chutes, les plaies, parfois l’hospitalisation, s’invitent dans le quotidien. 

La dénutrition, ce n’est pas qu’une question de calories manquantes, c’est une spirale qui touche à tous les aspects de la santé et de la vie sociale.

senior prenant un repas adapté en EHPAD

LIRE AUSSI : 12 signes d’alerte de la dénutrition : comment les détecter avant qu’il ne soit trop tard ?

Pourquoi la vigilance des proches reste essentielle

La loi encadre la prise en charge nutritionnelle en EHPAD. Mais sur le terrain, la réalité varie. Manque de temps, effectifs tendus, menus standardisés… 

Les familles, elles, restent les premiers témoins des changements : une assiette laissée pleine, une lassitude devant certains plats, un visage qui s’affine. Leur vigilance, active ou inquiète, agit comme un filet de sécurité.

Connaître les droits et les exigences légitimes permet de s’imposer comme acteur et non simple spectateur. Exiger ne signifie pas s’opposer, mais rappeler l’enjeu vital de l’alimentation.

LIRE AUSSI : Qualité des repas en EHPAD : un coup de fourchette réglementaire arrive, voici ce que ça change dans les assiettes

Repas en EHPAD : ce que les familles peuvent demander, point par point

  • Menus adaptés, variés et enrichis : La monotonie alimentaire fatigue l’appétit. Les menus doivent proposer une alternance de saveurs, de couleurs, de textures. L’enrichissement des plats (fromage râpé, poudre de lait, œufs, beurre, crème, huile, lait concentré…) augmente l’apport en protéines et en énergie sans grossir le volume, précieux pour les petits appétits.
  • Respect des besoins spécifiques : Protéines, énergie, hydratation adaptées à l’état de santé et au poids du résident. Pour un senior, 30 à 40 kcal/kg/jour et 1 à 1,5 g de protéines/kg/jour sont recommandés. Une personne de 60 kg devrait ainsi consommer au moins 60 à 90 g de protéines par jour.
  • Adaptation des textures : Problèmes de mastication ? Troubles de la déglutition ? L’EHPAD doit proposer des textures modifiées (haché, mixé, mouliné, ou « manger-main” pour conserver l’autonomie). Les familles peuvent exiger ces adaptations, essentielles pour la sécurité et le plaisir de manger.
  • Possibilité de collations nutritives : Fractionner l’alimentation, ajouter deux collations riches entre les repas principaux, c’est offrir à l’organisme des chances supplémentaires de couvrir ses besoins. Les familles peuvent demander des collations adaptées, et même des compléments nutritionnels oraux si besoin.
  • Respect des goûts et des convictions : Les préférences alimentaires, les régimes spécifiques (diabète, allergies, convictions religieuses ou culturelles) doivent être pris en compte. Un menu unique, imposé, n’est pas acceptable.
  • Aide humaine à la prise alimentaire : L’autonomie diminue, mais l’appétit ne doit pas en pâtir. Surveiller que le résident bénéficie d’une aide bienveillante, adaptée, lors des repas. Installation confortable, aide à la coupe, stimulation, respect du rythme individuel.
  • Ambiance conviviale : Le repas, c’est aussi un moment social. Un environnement agréable, sans précipitation, avec la possibilité d’échanger, favorise la prise alimentaire. Les familles peuvent demander à ce que le rythme du résident soit respecté, et que l’ambiance reste chaleureuse.
  • Suivi et transparence : Demander un suivi régulier du poids, de l’état bucco-dentaire, de l’appétit. Exiger d’être informé en cas de perte de poids, de refus alimentaire, de modification du menu ou de la texture. L’information, c’est la base de la confiance.
  • Participation à la commission des menus : Les familles peuvent solliciter un accès à la commission des menus ou demander à consulter les menus affichés, à donner leur avis, à signaler des points d’amélioration.
  • Accompagnement aux soins bucco-dentaires : Une attention régulière à l’hygiène bucco-dentaire est essentielle pour le confort, l’appétit et la prévention des douleurs ou infections. Cela inclut une hygiène quotidienne adaptée, ainsi qu’un suivi dentaire régulier avec un professionnel de santé si nécessaire.
personnel de l'ehpad adaptant le menu d'un senior avec des signes de dénutrition

La prise en charge nutritionnelle : une obligation réglementaire

La qualité des repas en EHPAD n’est pas laissée au hasard. La réglementation impose un projet d’établissement intégrant la nutrition, un référent nutrition, et le respect des recommandations nationales (HAS, PNNS). La Haute Autorité de Santé fixe les critères de dépistage et de suivi.

Une pesée hebdomadaire, une évaluation régulière des apports, une adaptation continue des menus constituent la norme[3]

Les familles peuvent demander des informations, signaler une difficulté, solliciter une évaluation, ou encore interroger l’établissement sur la formation du personnel et demander l’intervention d’un diététicien pour obtenir des explications. En cas de manquement, le Conseil de la Vie Sociale (CVS), la direction, voire le Défenseur des Droits peuvent être sollicités.

Adapter les solutions : entre innovation et bon sens

Certains EHPAD innovent : 

  • « manger-main” pour stimuler l’autonomie, 
  • recettes revisitées, 
  • produits locaux, 
  • textures évolutives. 

L’objectif ? Redonner envie, réconcilier le résident avec son assiette. Les familles peuvent demander que ces solutions soient explorées. Le plaisir de manger, même en institution, n’est pas un luxe.

L’échange avec les professionnels, la participation à des temps d’information ou à des ateliers sur la nutrition, la consultation des menus, la possibilité d’apporter des suggestions concrètes : autant de droits à faire valoir.

Surveiller, alerter, agir : le rôle clé de l’entourage

Visite après visite, l’œil finit par repérer : une silhouette amaigrie, des vêtements élargis, une lassitude à table, des plats peu touchés. Ces signaux doivent amener à demander un bilan nutritionnel, à s’assurer de l’adaptation de la prise en charge, à réclamer des ajustements.

Si la communication s’avère difficile, les associations de familles de résidents ou les groupes d’usagers peuvent accompagner les démarches. Des ressources existent, des webinaires, des guides pratiques, pour mieux comprendre et défendre les droits de son proche.

FAQ pratique : familles, vos questions, vos leviers d’action

Comment savoir si mon parent est en risque de dénutrition en EHPAD ?

Surveillez le poids (demandez la courbe de poids), l’appétit, la capacité à mâcher et déglutir, l’état bucco-dentaire. Les signes d’alerte : amaigrissement visible, fatigue accrue, refus de s’alimenter, vêtements devenus trop grands.

Peut-on exiger des menus personnalisés ?

Oui, surtout en cas de besoins médicaux, de troubles de la mastication, de déglutition, d’allergies ou de convictions particulières. Demandez à consulter les menus et à les adapter si besoin.

Que faire si la prise alimentaire baisse soudainement ?

Interpellez l’équipe soignante, qui pourra prévenir le médecin traitant et le médecin coordonnateur, demandez une réévaluation nutritionnelle, sollicitez l’avis du diététicien, proposez des solutions : enrichissement, texture modifiée, collations.

Les compléments nutritionnels sont-ils systématiques ?

Non, ils sont prescrits sur indication médicale, en cas d’apports insuffisants malgré l’enrichissement des repas. Les familles peuvent en discuter avec l’équipe médicale.

Quelles démarches en cas de manquement ?

Saisissez la direction, le CVS, alertez l’ARS si besoin, contactez des associations ou le Défenseur des Droits. Documentez vos observations.

Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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