Vivre à domicile malgré un Alzheimer modéré ou avancé, c’est un défi. Une aspiration profonde aussi, pour beaucoup de familles, tant l’environnement familier rassure. Pourtant, la réalité du quotidien rattrape vite l’idéal. Chutes, errance, agitation, perte de repères : le danger guette souvent, masqué derrière la routine. Alors, jusqu’où peut-on repousser la frontière du maintien à domicile[2] ? Que faut-il mettre en place pour tenir, sans se mettre en péril — ni épuiser l’aidant ?

Stade 3-4 : quand la maladie bouscule l’équilibre

Le diagnostic d’Alzheimer[1] évolue par étapes. Aux stades 3 et 4, la perte d’autonomie s’installe au cœur de la vie quotidienne. 

  • Les gestes simples (s’habiller, préparer un repas, reconnaître les pièces de la maison) deviennent complexes, parfois impossibles sans aide. 
  • La mémoire immédiate flanche, la désorientation s’installe, l’agressivité ou l’angoisse peuvent surgir. Un quotidien imprévisible, où la sécurité n’est jamais acquise.

Pourtant, l’attachement au domicile reste fort. Les repères, les habitudes, la présence des proches : tout concourt à retarder le départ en établissement. Ce maintien suppose, cependant, une vigilance accrue et un accompagnement de chaque instant.

senior à son domicile avec un Alzheimer en stade 3

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Maintien à domicile : les conditions essentielles

Rester chez soi, ce n’est pas seulement une question de volonté. Plusieurs facteurs doivent converger :

  • Sécurité assurée : le logement doit être adapté, sans pièges ni sources de danger immédiat (escaliers, plaques de cuisson, objets tranchants…).
  • Présence d’un aidant : conjoint, enfant, voisin de confiance, ou professionnel, capable d’intervenir rapidement en cas de besoin.
  • Plan d’aide structuré : interventions coordonnées (aide à la toilette, repas, ménage, soins médicaux) et surveillance continue si nécessaire.
  • Soutien médical : suivi régulier par le médecin traitant, relais assuré par les infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, équipe spécialisée Alzheimer (ESA) en début et milieu de parcours.
  • Ressources financières et administratives : aides comme l’APA, la PCH, l’action sociale des caisses de retraite ou des mutuelles pour financer les heures d’aide et l’adaptation du domicile.

Le maintien à domicile ne peut pas reposer sur un seul pilier. Il exige une orchestration, une anticipation constante, une adaptation au fil de l’évolution de la maladie.

Maintien à domicile avec Alzheimer : l’ensemble des aides disponibles

De nombreuses aides et dispositifs existent pour permettre aux personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer de rester chez elles en toute sécurité, tout en soulageant les aidants.

Les aides humaines, techniques et sociales pour rester à domicile

Le système français propose toute une palette de services pour soutenir les familles :

  • Aides humaines : auxiliaires de vie pour l’aide au lever, à la toilette, à l’habillage, aux courses ou à la prise des repas.
  • Services d’accompagnement et de soins à domicile : SSIAD[4], SPASAD, équipes ESA pour stimuler l’autonomie et prévenir les troubles du comportement.
  • Accueil de jour Alzheimer : solution de répit, souvent intégrée au plan d’aide de l’APA, pour permettre au malade de participer à des activités adaptées hors du domicile et à l’aidant de souffler.
  • Aménagement du logement : suppression des risques (tapis glissants, meubles instables), installation de barres d’appui, éclairage renforcé, domotique, alarmes, dispositifs de géolocalisation (bracelet, montre GPS).
  • Outils numériques : tablettes tactiles pour stimuler la cognition, applications de partage de position, détecteurs de chute connectés.
  • Soutien psychologique et formations : ateliers de formation pour les aidants (proposés gratuitement par France Alzheimer, Fondation Médéric Alzheimer), groupes de parole, accompagnement à la gestion du stress et de la culpabilité.
senior suivant une formation pour les aidants Alzheimer

Les principales aides financières pour le maintien à domicile

Le coût du maintien à domicile grimpe vite : heures d’aide, adaptation du logement, matériel médical, frais de transport. Plusieurs dispositifs peuvent réduire la facture :

  • APA à domicile : allocation personnalisée d’autonomie, attribuée par le département, qui finance partiellement les heures d’aide et certains équipements.
  • MaPrimeAdapt’ : prise en charge de 50 à 70 % du coût des travaux d’adaptation (jusqu’à 22 000 € HT), accessible sous conditions de ressources.
  • Crédit d’impôt[5] pour l’embauche d’une aide à domicile[3] ou la réalisation de travaux d’accessibilité.
  • Aides des caisses de retraite, mutuelles, collectivités locales : à solliciter si besoin d’un complément.

Quand le maintien à domicile atteint ses limites

Certains signaux doivent alerter : 

  • une errance fréquente, 
  • des fugues, 
  • des oublis dangereux (gaz, eau, médicaments), 
  • une agressivité incontrôlable, 
  • une dénutrition[6]
  • une hygiène négligée, 
  • l’épuisement manifeste de l’aidant. 

La sécurité ne tient plus, même avec tous les dispositifs. Parfois, la personne ne reconnaît plus son propre logement, ne supporte plus la présence des intervenants, refuse toute aide.

Le maintien à domicile devient alors risqué, voire impossible. L’entrée en établissement spécialisé (EHPAD[7], unité Alzheimer) s’impose, non comme un renoncement, mais comme une réponse à l’urgence de préserver la dignité et la sécurité, du malade comme de son entourage.

Procédure et choix d’un établissement

L’anticipation reste la meilleure alliée. Impliquer la personne concernée tant qu’elle peut exprimer ses préférences, visiter les établissements, rencontrer les équipes. 

Les EHPAD spécialisés proposent un projet de soins personnalisé, des activités adaptées, une surveillance 24h/24, un encadrement médical renforcé. 

Le coût — en moyenne 2 800 € par mois, parfois davantage pour une unité Alzheimer — oblige à examiner les aides disponibles, à solliciter un dossier d’aide sociale[8] ou à évaluer le reste à charge.

En cas d’incapacité à consentir, une mesure de protection juridique (curatelle[9], tutelle[10], habilitation) peut permettre au proche d’agir et de signer le contrat de séjour[11].

LIRE AUSSI : Alzheimer : L’entrée en EHPAD, une décision à prendre au bon moment

Accompagner l’aidant, préserver l’équilibre

L’aidant familial porte souvent la charge, physique et émotionnelle, de l’accompagnement. Six heures par jour en moyenne, parfois beaucoup plus. Isolement, épuisement, sentiment de culpabilité ou de honte lorsque la situation devient ingérable. Demander de l’aide, rejoindre un groupe de soutien, solliciter un accueil de jour, accepter le relais temporaire d’un professionnel : autant de gestes essentiels pour durer.

Des dispositifs de répit existent : 

  • séjours vacances pour malades et aidants, 
  • haltes-relais, baluchonnage (remplaçant familial temporaire), 
  • accueil de nuit. 

Repères et ressources utiles

  • France Alzheimer : informations, formations, soutien local.
  • Fondation Médéric Alzheimer : guides d’utilisation des outils numériques, formation des aidants.
  • Ameli.fr : dossier maladie d’Alzheimer, démarches administratives.
  • Numéro vert d’aide et d’écoute : 0 800 941 340.
  • Annuaire des EHPAD, plateformes départementales, conseillers spécialisés retraite.

Questions pratiques fréquentes

Peut-on vivre seul au stade 3-4 d’Alzheimer ? 

Rarement sans danger. Une surveillance rapprochée ou une présence quotidienne est nécessaire.

Quels signes annoncent la fin du maintien à domicile ? 

Fugues répétées, agressivité, accidents domestiques, perte de repères, épuisement de l’aidant.

À qui s’adresser pour être accompagné ? 

Points d’information locaux, plateformes d’accompagnement et de répit, associations comme France Alzheimer, travailleurs sociaux du département, médecin traitant.

Quelles aides solliciter en urgence ? 

Mise en place accélérée d’un service d’aide à domicile, organisation de l’accueil temporaire ou de la sortie d’hospitalisation.

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