Un jour, la pièce tourne. Ou juste un vertige au lever, cette sensation qu’on va vaciller, parfois presque imperceptible, parfois brutale. Les années passent et ces troubles de l’équilibre s’invitent chez les seniors. Plus de 30 % des plus de 75 ans évoquent des épisodes réguliers d’étourdissements. Chez les plus de 80 ans, une chute par an pour un senior sur deux. Le vertige s’installe, discret ou envahissant, il inquiète, il interroge : est-ce normal ?

Trouver un EHPAD[1]

Vertiges, étourdissements, malaise : des nuances à connaître

On mélange souvent tout. Le mot « vertige » couvre un spectre large, mais, en réalité, il s’agit d’états bien différents. 

  • Le vertige stricto sensu, c’est l’illusion de mouvement, le plus souvent rotatoire : l’environnement semble tourner, ou le corps lui-même, comme sur un manège. 
  • L’étourdissement, lui, donne la sensation d’avoir la tête légère, l’impression d’une perte de connaissance imminente. Parfois, la sensation d’instabilité, de déséquilibre, de flottement. 
  • Malaise, enfin : ce sentiment de « partir », avec parfois sueurs froides, nausées, besoin urgent de s’asseoir.

Décrire ce qu’on ressent n’est pas simple, surtout avec l’âge, quand les symptômes se combinent ou se brouillent. La confusion sur les mots retarde le diagnostic, alors que chaque terme a sa place dans la consultation.

seniors ayant des pertes d'équilibre à cause des vertiges

Pourquoi l’équilibre devient plus fragile en vieillissant

Vieillir, c’est laisser le temps altérer lentement les systèmes qui maintiennent l’équilibre. Plusieurs organes sont concernés. 

  • L’oreille interne, d’abord, où siège le système vestibulaire, perd en efficacité. 
  • Les récepteurs proprioceptifs, installés dans les muscles et les articulations, transmettent moins bien les informations sur la position du corps. 
  • La vision baisse, le cerveau reçoit moins de repères visuels. 
  • Les réflexes posturaux ralentissent — tout l’édifice de l’équilibre devient moins réactif.

À cela s’ajoutent souvent :

  • une tendance à l’hypotension orthostatique (chute de tension en se levant) ;
  • une déshydratation fréquente, car la sensation de soif s’émousse ;
  • des maladies cardiovasculaires (arythmies, insuffisance cardiaque, rétrécissement des artères carotides) ;
  • des troubles neurologiques comme la maladie de Parkinson ou des séquelles d’AVC[2] ;
  • la polymédication, fréquente chez les seniors (antihypertenseurs, psychotropes, diurétiques, antidépresseurs), qui fragilise encore l’équilibre.

Symptômes : quand le vertige ne vient jamais seul

Au-delà de la sensation de tourner, les vertiges s’accompagnent souvent d’autres signes. Difficulté à marcher droit, vision floue passagère, nausées, vomissements, acouphènes ou oreille bouchée. Certaines personnes rapportent sueurs froides, pâleur, impression de confusion temporaire. D’autres décrivent une démarche hésitante, voire des pertes d’équilibre sans chute.

La perte d’équilibre se manifeste surtout lors d’un changement de position (assis-debout, mouvements rapides de la tête). La peur de tomber s’installe, limitant peu à peu les déplacements.

LIRE AUSSI : Fatigue, vertiges, palpitations : à partir de quand faut-il s’inquiéter chez un senior ?

Risques réels : chutes, blessures, cercle vicieux

Le danger principal, c’est la chute de la personne âgée. Une fois sur deux après 80 ans, elle survient chaque année. 

Fractures du col du fémur, traumatismes crâniens, contusions, hospitalisations prolongées. Dans 30 % des cas de chutes graves, la perte d’autonomie devient irréversible.

Mais il y a aussi le versant psychologique. Après une chute, beaucoup restreignent leurs activités par peur de recommencer. L’anxiété s’installe, l’isolement menace, la dépression[3] guette. Moins on bouge, plus le corps se déconditionne, plus le risque d’étourdissements augmente : cercle vicieux classique.

senior ayant fait une chute après un étourdissement

Les causes fréquentes chez les seniors

OrigineExemples 
Troubles de l’oreille interneVertige paroxystique positionnel bénin (VPPB), maladie de Ménière, névrite vestibulaire
Problèmes visuelsBaisse d’acuité, cataracte, troubles de la réfraction
Troubles neurologiquesMaladie de Parkinson, sclérose en plaques, séquelles d’AVC
CardiopathiesRalentissement du rythme, arythmies, insuffisance cardiaque
MédicamentsAntihypertenseurs, psychotropes, diurétiques, antidépresseurs
Facteurs métaboliquesAnémie, troubles électrolytiques, déshydratation

Diagnostic : ne jamais banaliser

Un vertige répété ou d’apparition récente mérite toujours un avis médical, même s’il paraît anodin. L’évaluation commence par un interrogatoire minutieux : description précise du trouble, circonstances d’apparition, durée, fréquence, médicaments, antécédents. Selon les cas, des examens complémentaires s’imposent : mesure de la tension couchée et debout, audiométrie, tests vestibulaires, ECG et Holter, scanner ou IRM cérébral, bilan sanguin.

L’orientation vers un spécialiste (ORL, cardiologue, neurologue, gériatre) se discute au cas par cas. L’enjeu : ne pas passer à côté d’une cause traitable, parfois grave, comme un AVC, une arythmie, ou une infection de l’oreille interne.

Prise en charge : une stratégie personnalisée

Tout commence par un ajustement des traitements médicamenteux, si besoin. Certains médicaments seront diminués, d’autres remplacés, en lien avec le médecin traitant. En cas de maladie sous-jacente (trouble du rythme cardiaque, problème vestibulaire, maladie de Parkinson), le traitement sera spécifique.

La rééducation vestibulaire, menée par un kinésithérapeute[4], occupe une place centrale. On y apprend, par des exercices adaptés, à habituer le cerveau et le corps à tolérer les mouvements qui déclenchent les vertiges : stabilisation du regard, travail de l’équilibre, relaxation.

L’environnement est aussi scruté. On élimine les obstacles, on installe des barres d’appui, on améliore l’éclairage, on revoit l’organisation des espaces. Les aides techniques (canne, déambulateur, chaussures antidérapantes, téléassistance) sont proposées en fonction du risque.

Prévention : gestes et habitudes qui font la différence

Bouger, c’est la clé. Marche régulière, séances de tai-chi, yoga, activités aquatiques : toutes ces disciplines renforcent la musculature, stimulent les réflexes, réduisent jusqu’à 40 % le risque de chutes et d’étourdissements. Les exercices de musculation ciblée (quadriceps, abdominaux) entretiennent la stabilité.

Hydratation, alimentation riche en calcium et vitamine D, limitation de l’alcool et du tabac, vérification de la vue : simples, ces mesures ont prouvé leur efficacité. Fractionner les repas, se lever lentement, éviter les mouvements brusques de la tête limitent aussi les malaises orthostatiques.

  • Marcher talon-orteil sur une ligne imaginaire, 20 pas, pour travailler la stabilité
  • Tenir debout sur un pied, 10 secondes, puis changer
  • Faire des cercles avec le pied, jambe tendue, en position assise
  • Tourner lentement la tête de droite à gauche, puis de haut en bas

Préserver l’autonomie malgré le vertige

Le vertige n’est jamais une fatalité. S’il frappe plus souvent avec l’âge, il peut souvent être anticipé, limité, parfois évité. Diagnostic précoce, prise en charge adaptée, environnement sécurisé, activité physique : les outils existent. Et le bénéfice est immense. Maintien de la mobilité, regain de confiance, qualité de vie, réduction du risque de chute. Rester debout, c’est d’abord comprendre pourquoi l’équilibre vacille. Et agir, sans attendre.

FAQ pratique : vertiges et seniors

À quel moment consulter en urgence ?

Un vertige brutal, accompagné de troubles de la parole, faiblesse d’un membre, perte de vision, ou douleur thoracique, impose d’appeler immédiatement le 15 (Samu).

Quels examens pour comprendre l’origine du vertige ?

Selon les symptômes, le médecin peut demander : bilan sanguin, imagerie cérébrale (scanner, IRM), ECG, audiométrie, tests vestibulaires, voire consultation de spécialistes (ORL, neurologue, cardiologue).

Les vertiges sont-ils une fatalité liée à l’âge ?

Non. S’ils sont plus fréquents après 60 ans, ils ne doivent jamais être considérés comme « normaux ». Une cause doit toujours être recherchée. Beaucoup de situations se corrigent, ou du moins s’améliorent.

Comment réagir en cas de malaise au lever ?

Se rasseoir dès l’apparition du trouble, boire un grand verre d’eau, éviter de se lever trop vite, surtout après un repos prolongé et piétiner sur place quelques secondes avant de marcher.

Note de l’article (1 votes)

Cet article vous a-t-il été utile ?

Notez cet article afin de nous permettre d’améliorer nos contenus.

Avatar auteur, Augustin
Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

Commentaires (0)

Réagissez, posez une question…

Les derniers articles

Articles les plus recherchés

Nos dossiers sur ce thème

La santé du Grand-âge

L'accroissement de la longévité s'accompagne de la multiplication de pathologies propres aux personnes âgées. Nous abordons dans ce dossier intitulé "la santé au grand âge"…

En savoir plus

Face à la maladie d'Alzheimer

Nous avons consacré un dossier spécifique à la maladie d’Alzheimer, pour appréhender à sa mesure ce véritable fléau, qui touche en France 800 000 personnes,…

En savoir plus

Face à la maladie de Parkinson

Affection dégénérative du cerveau la plus courante après Alzheimer, la maladie de Parkinson touche plus de 2 % de la population française de plus de…

En savoir plus