Souvent confinées dans une position allongée ou assise prolongée, les personnes en perte de mobilité, qu’elles soient âgées ou affaiblies, sont particulièrement sujettes au risque d’escarre. Si cette affection cutanée n’est pas prise en charge dès ses premiers stades, elle peut rapidement progresser jusqu’à atteindre les couches profondes des tissus, avec des conséquences irréversibles. Communément appelée plaie de pression ou ulcère de décubitus, elle requiert une vigilance constante pour éviter des traitements longs et douloureux. Grâce à cet article, sachez distinguer les 4 stades des escarres et les zones à risque pour mieux les prévenir.

Où et comment apparaissent les escarres ?

Pour comprendre les escarres, explorons où et comment elles se forment, en examinant les facteurs de risque et les zones corporelles les plus susceptibles d’être affectées.

Comment une escarre se forme t-elle ?

Les escarres surviennent généralement lors de périodes prolongées en position assise ou allongée, phénomène également connu sous le nom d’ulcère de décubitus.

Lorsque le corps est maintenu dans ces positions, une pression excessive est exercée sur les vaisseaux sanguins situés juste sous la surface de la peau. Si cette compression se prolonge, elle entraîne une diminution de l’apport en oxygène aux tissus mous environnants, ce qui peut provoquer la mort des cellules cutanées et ainsi créer une escarre. Ce processus débilitant peut se déclencher en seulement deux heures de compression prolongée.

exemple d'un escarre au bras

Les zones à risque

Les escarres apparaissent le plus souvent sous la forme d’une plaie ou d’un ulcère sur des zones d’appui du corps. Selon les positions d’immobilisation, certaines zones où l’os est à fleur de peau sont plus à risque que les autres :

  • Les talons
  • Le bas du dos (sacrum)
  • Les hanches (trochanter)
  • Les fesses (ischions)
  • L’arrière de la tête (occiput)
  • Les chevilles (malléoles)

Plus rarement, on retrouve parfois des escarres au niveau des omoplates, des coudes ou encore de la nuque.

Les 4 stades des escarres et leurs évolutions 

Les escarres sont classées en 4 stades, selon la profondeur et la gravité des tissus touchés. 

Escarre de stade 1 : l’épiderme

Au stade initial, l’escarre naît d’une simple rougeur localisée sans présence de plaie apparente. Pour la différencier d’une affection mineure, vérifier si la circulation sanguine est affectée en exerçant une pression sur la zone. Si la rougeur persiste sous la pression, alors la circulation sanguine peut être compromise, signe d’un début d’escarre. Cet érythème de la peau, chaud au toucher, peut gonfler à la manière d’un œdème. À ce stade, la personne affectée peut se plaindre de douleur, d’une sensation de brûlure ou de démangeaisons. 

Escarre de stade 2 : le derme

À ce stade, la zone affectée présente une plaie superficielle ouverte ou fermée avec une perte partielle du derme superficiel ou de l’épiderme. L’affection peut commencer à toucher les tissus musculaires. Cette lésion, semblable à une cloque, une égratignure ou une ampoule, est généralement douloureuse et peut présenter une décoloration de la peau.

Escarre de stade 3 : l’hypoderme

À ce stade avancé, la plaie est ouverte. La peau n’a plus d’épaisseur et les tissus sous-cutanés se nécrosent. L’escarre se transforme en un ulcère profond capable d’atteindre la couche de graisse située sous le derme. La peau noircit et forme une croûte.

Escarre de stade 4 : l’ulcération

À ce stade critique, la plaie devient un véritable cratère et s’attaque aux tendons, aux os et aux muscles. La guérison devient extrêmement complexe, car l’infection peut se propager dans d’autres parties du corps, entraînant des dommages importants, jusqu’à mourir de l’escarre.

Prévenir et guérir d’une escarre consiste à surveiller et à agir sur les zones dès les premiers stades, encore réversibles. 

Surveiller l’évolution des escarres sur les zones d’appui

Vous l’aurez compris, plus le stade de l’escarre est élevé, plus la cicatrisation est difficile. C’est pourquoi, selon le degré d’immobilisation et la capacité de la personne à se mouvoir, certaines zones de pression à risque d’escarre sont à surveiller, même lorsque la peau est intacte.

Décharger les talons et les chevilles 

Les talons et les chevilles (les malléoles) figurent parmi les zones les plus vulnérables aux escarres. La peau étant fine à ces endroits, l’os est en appui constant sur le matelas en position allongée ou dans la chaussure en position assise. Prévenir ces lésions cutanées dites escarres talonnières consiste à mettre la zone en décharge, notamment à l’aide d’accessoires orthopédiques, tels que : 

  • Un matelas à air avec des cellules de billes gonflables pour répartir uniformément la pression.
  • Un arceau de lit à placer entre le matelas et le sommier pour soulever le drap et la couverture au-dessus des pieds.
  • Les coussins de positionnement pour surélever le pied, le talon ou la jambe entière.
  • Des talonnières anti-escarre ou en peau de mouton pour soulager les douleurs éventuelles au talon.
  • Des chaussettes anti-escarre pour les personnes qui bougent beaucoup la nuit.

Ces astuces favorisent le retour veineux et réduisent les points de pression et de contact risqués. 

Alterner les positions du corps

Le bas du dos, notamment les hanches, les ischions et le sacrum, sont les zones touchées par les escarres en position d’assise prolongée ou couchée sur le dos ou sur le côté.

éviter la formation d'escarres

Pour éviter la formation d’escarres à ces endroits, alterner, dans la mesure du possible, les positions du patient toutes les 3 heures afin de répartir équitablement les points de pression sur le bas du dos. 

  • Transférer régulièrement la personne du lit au fauteuil en fonction de son état de fatigue tout au long de la journée.
  • Varier les positions de couchage en alternant entre le dos, le ventre et les côtés.
  • Privilégier une position allongée avec un angle de 30 degrés pour sécuriser les hanches et les talons.
  • Adopter une position demi-assise en relevant le buste à 30 degrés, par exemple pour regarder la télévision ou lire un livre.

Ces mouvements favorisent la circulation sanguine et préviennent la formation de rougeur, premier signe de pression prolongée de la peau.

Selon la validité du patient, s’équiper de matériel médical tel qu’un verticalisateur électrique, une canne de marche, un déambulateur ou un fauteuil roulant facilite les changements de position et garantit son bien-être.

L’hygiène quotidienne

Maintenir une hygiène rigoureuse contribue non seulement à prévenir leur formation, mais aussi à optimiser l’efficacité du traitement.

  • S’hydrater et manger équilibré : pensez à boire 1,5 L d’eau ou de boisson (non gazeuse) par jour et privilégiez une alimentation saine, efficace et complémentaire aux mesures préventives.
  • Maintenir une peau propre et sèche : les escarres se forment en quelques heures, notamment à cause de la transpiration, des fuites urinaires ou de l’accumulation d’humidité. Pensez à changer le linge de lit et les vêtements régulièrement et à effectuer une toilette quotidienne. 
  • Vérifier la literie et les vêtements portés : tout frottement de la peau avec des surfaces non lisses favorise l’apparition d’une escarre. Assurez-vous que le lit de la personne alitée ne contient ni plis ni corps étrangers et veillez à ce que les vêtements soient amples et confortables pour éviter toute compression excessive sur les zones à risque.

Loin d’être occasionnelle, l’escarre est une maladie qui touche environ 240 000 patients par an en France, dont 8,1 % des patients hospitalisés et 15,7 % des patients gériatriques. Sa prise en charge, longue et difficile, nécessite des soins professionnels jusqu’à l’intervention chirurgicale lorsque le pronostic vital est en jeu. Prévenir et guérir d’une escarre consiste à surveiller et à agir sur les zones dès les premiers stades, encore réversibles. 

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1 Commentaire

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  1. Marie therese Elisabeth

    J’ai les chevilles violacé et gonflés gavec la circulation des veines sont ok mais toujours pas bien

    Répondre

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