Tout le monde repousse cette conversation. En 2025, les Français étaient 43 % à avoir discuté de leurs souhaits de fin de vie avec un proche, soit exactement la même proportion qu’en 2022 : depuis trois ans, le taux de discussion n’a pas augmenté d’un seul point de pourcentage, selon l’Observatoire de la fin de vie réalisé par Ipsos bva pour le CNSPFV (1 000 personnes, mars-avril 2025). Et seulement 7 % d’entre eux ont établi des directives anticipées. Or, il existe deux questions distinctes : celle des soins médicaux, régie par le Code de la santé publique, et celle de ce qui se passe ensuite, régie par la loi de 1887 sur les funérailles. Confondre les deux peut coûter cher : les directives anticipées ne préciseront jamais si votre père souhaitait être incinéré.

Santé et soins : ce qu’a changé la loi du 26 mai 2026

Une directive anticipée est un acte écrit, daté et signé dans lequel un adulte indique à l’avance ses souhaits concernant la poursuite, la limitation, l’arrêt ou le refus d’un traitement médical pour le moment où il ne sera plus en mesure de s’exprimer. Elle n’est pas limitée dans le temps et peut être révisée à tout moment. 

Les nouvelles règles applicables aux directives anticipées

La loi n° 2026-404 du 26 mai 2026 a modifié les règles qui les régissent : les documents les plus récents prévalent, quel que soit leur format, et le médecin traitant est désormais tenu d’informer les patients de cette possibilité.

Un point reste largement mal compris. Les directives sont contraignantes pour les médecins, mais pas de manière absolue : ceux-ci peuvent s’en écarter en cas d’urgence mettant la vie en danger, après avoir évalué la situation, ou lorsque les directives semblent manifestement inappropriées ou incompatibles avec la situation médicale. 

Ce « deuxième refus » est décidé dans le cadre d’un processus collégial et consigné dans le dossier médical. Selon la même enquête, 48 % des personnes connaissant ce terme estimaient, au contraire, que les médecins devaient les respecter en toutes circonstances.

Personne de confiance et conservation des directives anticipées

La personne de confiance ne prend toutefois pas de décisions au nom du patient : elle se contente de relayer les volontés de ce dernier, et son témoignage prime sur tous les autres. La désignation doit être formulée par écrit et cosignée par la personne désignée, une exigence formelle souvent négligée. Ce rôle est tout à fait distinct de celui de la « personne à prévenir », qui n’est qu’un contact administratif auquel aucune loi n’attribue de rôle dans la prise de décision médicale.

La question reste posée : où faut-il les enregistrer ? Il n’existe aucun registre national des directives anticipées : la loi en prévoit la création depuis 2016, mais celui-ci n’a jamais vu le jour. Elles sont enregistrées dans le dossier médical partagé via « Mon Espace Santé », dans la rubrique « Entourage et volontés ».

directive anticipée d'un senior en fin de vie en ehpad

Quand les volontés funéraires du défunt s’imposent aux proches

Préparer ses funérailles permet de transmettre clairement ses choix à ses proches, mais encore faut-il que ceux-ci puissent en prendre connaissance à temps et savoir quelle valeur leur accorder.

Les volontés funéraires du défunt doivent être respectées

Les directives funéraires ont une véritable force juridique : la loi de 1887 permet à tout adulte de préciser si ses funérailles seront civiles ou religieuses, ainsi que les modalités de son inhumation. Et l’article 433-21-1 du Code pénal punit de six mois d’emprisonnement et d’une amende de 7 500 € toute personne qui organise des obsèques contraires aux volontés connues du défunt. 

Pas besoin d’une forme particulière : selon service-public.gouv.fr, ces volontés peuvent avoir été exprimées oralement, et les proches se doivent de les respecter.

Un document découvert trop tard peut compliquer l’organisation des obsèques

Le véritable risque réside ailleurs, notamment dans le cas d’un document découvert trop tard. Depuis le décret du 10 juillet 2024, les funérailles doivent être organisées au plus tard le quatorzième jour calendaire suivant le décès. Or, un testament déposé chez un notaire n’est souvent ouvert qu’après cette date. 

La Chambre des notaires de Paris l’affirme sans détour : « Le testament est généralement ouvert plusieurs semaines après l’inhumation ou la crémation. À ce moment-là, il est trop tard pour changer d’avis. » La profession notariale recommande donc une simple lettre, confiée à un proche ou conservée avec les papiers de famille.

LIRE AUSSI : Je ne veux pas laisser ça à mes proches : pourquoi préparer ses funérailles à l’avance ?

Contrats funéraires : trois points à vérifier avant de signer

Selon France Assureurs, on comptait 5,7 millions de contrats d’assurance individuels en vigueur à la fin de l’année 2024 ; les 550 800 contrats souscrits cette année-là l’ont été par des personnes dont l’âge moyen était de 65 ans.

La nature du contrat

Un contrat « en capital » garantit le versement d’une somme d’argent précise, et non l’organisation d’obsèques ; un contrat « basé sur les prestations » décrit en détail les obsèques prévues. Toute clause promettant des prestations sans spécifications détaillées et personnalisées est considérée comme nulle et non avenue. Dans les deux cas, le souscripteur conserve toute liberté de choisir un salon funéraire, même si le contrat désigne un prestataire spécifique.

La revalorisation

C’est sur ce point que les brochures manquent le plus de clarté : cette mesure ne s’applique qu’aux contrats à prestations définies et prend la forme d’une participation aux bénéfices, et non d’une indexation sur l’inflation. Par conséquent, rien ne protège les contrats à capital fixe, qui représentent 79 % du marché, alors même que l’indice INSEE des prix des services funéraires a augmenté de 28,7 % entre 2015 et 2025.

Le coût total

Avec les formules à primes viagères, une personne qui vit très longtemps peut finir par payer plus que la somme forfaitaire versée au final. Le contrat peut être résilié dans un délai de trente jours calendaires à compter de la date à laquelle le souscripteur a été informé de son émission.

💡 À partir du 1ᵉʳ octobre 2026 : le décret n° 2026-770 et l’arrêté du 13 août 2026 imposent à tous les prestataires de services funéraires de mettre à disposition une fiche d’information type ne comportant aucune donnée permettant d’identifier le prestataire. Cette fiche précise le droit de choisir librement un prestataire de services funéraires, indique que les devis sont établis gratuitement et énumère les services qui sont effectivement obligatoires.

L’hommage : la partie de la conversation la plus simple à aborder

Commencer par parler de l’hommage permet souvent d’aborder plus facilement les souhaits liés aux funérailles, avant d’évoquer les aspects plus difficiles à anticiper.

Commencer par parler de la cérémonie et de l’hommage souhaité

Souvent, mieux vaut commencer par ça : c’est le seul domaine où l’accent est mis sur la personne plutôt que sur les procédures. Musique, lectures, discours, cérémonies civiles ou religieuses… Ces questions sont plus faciles à aborder que celles concernant les traitements médicaux, et elles ouvrent la voie aux autres.

organisation de l'hommage à un senior décédé

Anticiper les choix liés aux cendres et à la sépulture

Il existe deux obligations légales que vous devez connaître avant de prendre tout engagement. Après la crémation, les cendres ne peuvent être dispersées que d’une seule manière : elles ne peuvent être réparties entre les membres de la famille ni conservées à domicile. La dispersion des cendres dans la nature est autorisée à l’écart des voies publiques, à condition de déposer une déclaration auprès de la mairie de la commune où le défunt est né.

Toutefois, il y a une chose qui peut être décidée après l’agitation de ces quatorze premiers jours : la plaque funéraire qui sera placée sur la tombe. Une pierre tombale est commandée après la cérémonie, ce qui laisse le temps de choisir la forme, le matériau, une photo et, surtout, le texte à graver. Demander à un membre de la famille quelle phrase il aimerait y voir figurer est moins difficile qu’il n’y paraît, et facilite souvent le choix de tout le reste.

Par où commencer, concrètement ?

Le problème n’est pas le refus, mais le moment choisi : parmi ceux qui ne l’ont jamais abordé avec un proche, 67 % prévoient de le faire un jour, mais seuls 13 % des Français souhaitent en discuter avec un professionnel de santé avant d’être confrontés à la situation.

  • Commencez par un document. Le formulaire officiel de directives anticipées peut servir de support pour mettre par écrit les souhaits de votre proche.
  • Abordez un sujet à la fois. Inutile de tout prévoir en une seule conversation : commencez par les soins, puis évoquez progressivement les autres souhaits de fin de vie.
  • Laissez votre proche choisir le moment. Une discussion au calme est généralement plus facile qu’une conversation déclenchée par une hospitalisation ou une dégradation soudaine de son état de santé.
  • Appuyez-vous sur des ressources fiables. Le site parlons-fin-de-vie.fr, édité par le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, propose des informations et des guides pour les proches et les aidants.
  • N’hésitez pas à demander une écoute extérieure. Deux lignes d’écoute peuvent également accompagner les personnes confrontées à ces questions : « Malades ? Aidants ? J’écoute » au 0 805 650 056 et « Avec nos proches » au 01 84 72 94 72.

FAQ

Les directives anticipées permettent-elles de choisir ses obsèques ?

Non. Elles concernent uniquement les souhaits relatifs aux soins médicaux. Les volontés concernant les funérailles doivent être exprimées séparément.

Peut-on parler des dernières volontés d’un parent sans rédiger immédiatement un document ?

Oui. La conversation peut simplement permettre de connaître ses souhaits. Ils pourront ensuite être mis par écrit progressivement, notamment pour les directives anticipées et les volontés funéraires.

La personne de confiance peut-elle décider à la place du patient ?

Non. Son rôle est de témoigner des volontés de la personne lorsqu’elle n’est plus en mesure de s’exprimer. Elle ne prend pas elle-même les décisions médicales à sa place.

Comment être sûr que les proches connaissent les volontés funéraires du défunt ?

Le plus simple est de les mettre par écrit dans un document facilement accessible et d’en informer les proches concernés. Il est préférable de ne pas compter uniquement sur un testament, qui peut être découvert trop tard pour l’organisation des obsèques.

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Avatar auteur, Augustin
Augustin,Rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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