Pousser la porte d’un EHPAD[1], c’est franchir un cap — souvent lourd, presque jamais choisi de gaité de cœur. Les familles cherchent alors des solutions, calculent, recoupent, s’inquiètent du reste à charge. Les aides financières deviennent un enjeu vital. APA, ASPA, APL : leur maintien après l’entrée en établissement n’est jamais aussi simple que les brochures le laissent penser.

Rien n’est automatique, tout dépend du profil, du lieu, des démarches. Cap Retraite vous présente en détail les dispositifs encore actifs, les subtilités et les pièges à éviter.

Décrypter les grands postes de dépense en EHPAD

Avant d’évoquer les aides, comprendre la facture s’impose. En EHPAD, trois lignes principales :

  • Hébergement : loyer, restauration, animations, administration. Entre 1 500 € et 7 500 € par mois, selon la région, le confort, la taille de la chambre.
  • Dépendance[2] : frais liés à la perte d’autonomie (aides-soignants, matériel). De 180 € à 1 690 €, le montant varie suivant le niveau de dépendance (GIR[3] 1 à 6).
  • Soins : actes médicaux, infirmiers, médicaments. Pris en charge par l’Assurance maladie, donc non facturés au résident.
seniors comparant les tarifs EHPAD 2026

Des suppléments s’ajoutent parfois : téléphone, blanchisserie, repas invités. Peu ou pas couverts par les aides publiques.

APA : une aide centrale, active en établissement

L’allocation personnalisée d’autonomie reste la pierre angulaire du financement pour les personnes âgées dépendantes, même après l’entrée en EHPAD ou en USLD[4]

À qui s’adresse l’APA en établissement et ce qu’elle finance

Accessible dès 60 ans, l’APA concerne ceux classés GIR 1 à 4. L’APA prend en charge une partie du tarif dépendance, en fonction du niveau d’autonomie et des ressources.

Calcul, participation du résident et cumul avec d’autres aides

Le calcul se base sur le tarif dépendance (selon le GIR) moins la participation du résident. Pour les revenus inférieurs à 2 799,19 € mensuels (montant 2025), seule une participation minimale — le ticket modérateur — est sollicitée. Au-delà, la contribution grimpe selon une formule proportionnelle. 

Surtout, l’APA se cumule avec d’autres dispositifs (APL, ASH, ASPA), mais pas avec les aides au maintien à domicile[5], qui s’arrêtent à l’entrée en établissement.

Demande d’APA et évolutions en cours du dispositif

Dans la plupart des EHPAD, la demande d’APA s’effectue via l’établissement, le CCAS ou le département. Le versement va directement à l’établissement ou au résident, suivant le mode de gestion retenu localement. 

À noter, une réforme en expérimentation prévoit, dans certains départements, la fusion des tarifs soins et dépendance : dans ces établissements pilotes, l’APA serait remplacée par une participation forfaitaire unique (6,10 €/jour en 2025).

LIRE AUSSI : Budget EHPAD : ces nouveautés en 2025 peuvent vite faire grimper la facture

APL ou ALS : quelles aides au logement après l’entrée ?

L’hébergement reste le poste le plus lourd. Deux dispositifs peuvent alléger la note, mais jamais ensemble :

  • APL (Aide personnalisée au logement) : attribuée si l’EHPAD est conventionné APL. La demande doit être adressée à la CAF ou à la MSA. Le montant dépend des ressources, du coût de l’hébergement, de la zone géographique et du patrimoine.
  • ALS (Allocation de logement sociale) : solution de repli si l’établissement n’est pas conventionné APL. Les critères sont similaires, la demande s’effectue auprès de la CAF ou de la MSA.

L’un ou l’autre, jamais les deux. L’aide est versée soit directement à l’établissement (qui déduit la somme de la facture), soit au résident. Critère clé : l’EHPAD doit constituer la résidence principale (au moins 8 mois/an). Même pour ceux ayant gardé leur ancien domicile, l’établissement est considéré comme résidence principale pour l’attribution des aides.

ASPA : un filet minimum, qui persiste en EHPAD

L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) — appelée aussi « minimum vieillesse[6]” — continue d’être versée après l’entrée en EHPAD, sous réserve de respecter les plafonds de ressources. En 2025, le seuil s’élève à 1 034,28 € par mois pour une personne seule, 1 605,73 € pour un couple.

L’ASPA vient compléter les revenus jusqu’à ces montants, la somme exacte dépendant des autres ressources perçues. Elle reste cumulable avec l’APA et l’aide au logement[7].

Attention toutefois : l’ASPA fait l’objet d’une récupération sur succession au-delà d’un certain patrimoine (107 616 € en 2025). Ce point peut peser dans la décision de certains héritiers.

senior bénéficiant de l'ASH

ASH : le dernier recours pour les budgets trop faibles

Lorsque toutes les autres aides ont été mobilisées et que le reste à charge demeure trop lourd, l’ASH peut devenir un soutien déterminant pour permettre l’accès à un hébergement adapté.

Quand et pour qui l’ASH peut être sollicitée

Quand les ressources, même complétées par les aides précédentes, ne suffisent pas à couvrir la facture, l’aide sociale[8] à l’hébergement (ASH) entre en jeu. 

Elle s’adresse aux plus de 65 ans (ou 60 ans en cas d’inaptitude au travail) dont les revenus restent inférieurs au tarif hébergement. Condition impérative : choisir un EHPAD habilité à recevoir des bénéficiaires de l’aide sociale.

Ce que l’aide prend en charge et les contributions attendues

Le conseil départemental prend alors en charge la différence entre les ressources (après une participation obligatoire de 90 % des revenus du résident, le reste étant laissé à disposition, minimum légal de 124 €/mois en 2025) et le coût de l’hébergement

Les obligés alimentaires (enfants, gendres, belles-filles…) peuvent être sollicités pour compléter. L’ASH peut aussi, dans certains cas, prendre en charge une partie du tarif dépendance, si l’APA ne couvre pas tout.

Attention : tout comme l’ASPA, l’ASH est récupérable sur la succession, sauf en cas de retour à meilleure fortune du bénéficiaire de son vivant.

Réductions d’impôt et autres coups de pouce

Pour les contribuables, une réduction de 25 % des frais d’hébergement et de dépendance, après déduction des aides perçues, allège la facture fiscale (plafond : 10 000 € de dépenses/an, soit 2 500 € de réduction). L’avantage s’applique que l’EHPAD soit situé en France ou dans l’Espace économique européen (hors Liechtenstein).

Le chèque énergie, rarement évoqué, peut aussi être utilisé pour couvrir la part liée à la consommation d’énergie dans la redevance de l’EHPAD. Montant variable selon les ressources, versement automatique pour les éligibles.

Tableau récapitulatif des aides actives après l’entrée en EHPAD

AideConditions principalesCumul possibleRécupération sur succession 
APA≥ 60 ans, dépendance GIR 1-4, résidence stableOui (APL/ALS, ASH, ASPA)Non
APL/ALSRésidence principale, ressources sous plafondOui (APA, ASPA), mais non cumulable entre ellesNon
ASPA≥ 65 ans, ressources sous plafondOui (APA, APL/ALS)Oui, au-delà de 107 616 €
ASH≥ 65 ans, ressources insuffisantes, EHPAD habilitéOui (APA, APL/ALS)Oui

Questions fréquentes : comprendre les subtilités des aides en EHPAD

Peut-on cumuler toutes ces aides ensemble ?

Oui, à une exception près : APL et ALS ne sont jamais versées simultanément. L’APA, l’ASPA et l’ASH peuvent s’ajouter, sous réserve de remplir les critères de chacune. Le cumul APA/ASH intervient surtout lorsque l’APA ne couvre pas la totalité du tarif dépendance.

Que devient l’aide au maintien à domicile à l’entrée en établissement ?

Elle cesse immédiatement. Les dispositifs type PCH, ARDH, CESU préfinancé ou crédit d’impôt[9] pour l’emploi à domicile ne sont plus attribués à l’entrée en EHPAD.

Comment savoir si mon EHPAD est conventionné APL ?

Les annuaires officiels (CAF, MSA, annuaires de l’État) mentionnent le statut des établissements. L’EHPAD doit avoir signé une convention avec l’État pour ouvrir droit à l’APL. Si ce n’est pas le cas, seule l’ALS peut être sollicitée.

Faut-il anticiper les démarches ?

Toujours ! Les délais d’instruction peuvent dépasser plusieurs semaines, voire des mois. Pour éviter d’avancer le coût total de l’hébergement, déposer les dossiers au plus tôt reste la meilleure stratégie.

Les aides sont-elles versées à la personne ou à l’établissement ?

Cela dépend du type d’aide. L’APL est le plus souvent versée à l’établissement, tout comme l’ASH. L’APA peut l’être à l’un ou à l’autre. L’ASPA va directement sur le compte du bénéficiaire.

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