Quand les mouvements deviennent difficiles, que la marche se complique ou que les gestes du quotidien demandent plus d’efforts, plusieurs maladies neurologiques peuvent être en cause. La sclérose en plaques, la maladie de Charcot (ou SLA) et Parkinson partagent un point commun : elles affectent toutes la motricité. Mais derrière cette similarité apparente se cachent des mécanismes, des symptômes et des évolutions radicalement différents. Comprendre ces distinctions permet d’anticiper l’évolution et d’adapter la prise en charge.
La maladie de Charcot : quand les neurones moteurs s’éteignent progressivement
La sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot, touche environ 1 000 personnes par an en France, généralement entre 40 et 70 ans. Les hommes sont légèrement plus concernés que les femmes.
La SLA détruit la commande des muscles volontaires
Les motoneurones, qui transmettent les ordres du cerveau aux muscles, dégénèrent progressivement :
- Motoneurones centraux (cortex moteur)
- Motoneurones périphériques (tronc cérébral et moelle épinière)
Conséquence : les muscles ne reçoivent plus d’instructions et s’atrophient. La SLA touche uniquement les muscles volontaires. Le cœur, la vessie et les sens restent intacts, mais marcher, parler, écrire ou respirer devient progressivement difficile.
Les signes qui doivent alerter
- Une main qui lâche les objets
- Une jambe qui traîne en montant les escaliers
- Fatigue inhabituelle à l’effort
Signes plus caractéristiques :
- Fasciculations : petits tremblements visibles sous la peau
- Crampes fréquentes
- Fonte musculaire (amyotrophie) donnant un aspect émacié
Chez environ un tiers des patients, la maladie commence par des troubles de la parole (dysarthrie), de la déglutition (dysphagie) et une voix nasillarde, plus fréquents chez les femmes et à âge avancé.

Une évolution imprévisible mais généralement rapide
La progression de la maladie varie énormément d’une personne à l’autre. En moyenne, l’espérance de vie après le diagnostic se situe entre 3 et 5 ans, principalement à cause de l’insuffisance respiratoire. Mais environ 15 à 20 % des patients connaissent une stabilisation spontanée, parfois durable.
Le riluzole, seul traitement de référence actuellement, ralentit l’évolution sans stopper la maladie.
La prise en charge repose surtout sur un suivi pluridisciplinaire : kinésithérapie[1] pour maintenir la mobilité, orthophonie pour la parole et la déglutition, assistance respiratoire quand nécessaire, soutien nutritionnel, aménagement du domicile.
La maladie de Parkinson : le cerveau qui manque de dopamine
Parkinson touche environ 160 000 personnes en France, avec 25 000 nouveaux cas chaque année. La maladie survient généralement entre 55 et 65 ans, rarement avant 40 ans.
Origine des troubles moteurs
Le problème se situe dans la substance noire du cerveau, où les neurones produisant la dopamine dégénèrent progressivement. Cette perte entraîne un dysfonctionnement du contrôle des mouvements volontaires et automatiques.
La triade symptomatique reconnaissable
Parkinson se manifeste par trois grands types de troubles moteurs, souvent asymétriques au début (un côté du corps plus touché que l’autre) :
- La bradykinésie, ou lenteur des mouvements, est le signe le plus handicapant. Chaque geste demande un effort conscient. L’écriture devient minuscule (micrographie), un bras ne balance plus en marchant, les pas se raccourcissent et le visage perd son expressivité, donnant l’impression d’un masque figé.
- La rigidité musculaire concerne la nuque, les épaules et les articulations. Les muscles restent contractés, ce qui provoque raideurs et douleurs. La posture change : le corps se penche et se voûte.
- Le tremblement de repos est le symptôme le plus connu, mais absent chez 30 % des patients. Il survient lorsque le membre est au repos et disparaît lors d’un mouvement volontaire. Il touche surtout les mains, les pieds et le menton, et s’aggrave avec le stress ou l’émotion.
Au-delà des troubles moteurs
Parkinson ne se limite pas aux problèmes de mouvement :
- Les troubles du sommeil sont fréquents : insomnie, rêves agités, somnolence diurne.
- Les douleurs musculaires persistent.
- La constipation devient chronique.
- L’apathie, l’anxiété, la dépression[2] touchent beaucoup de patients.
Avec le temps et les traitements à base de lévodopa, d’autres complications peuvent survenir : des fluctuations motrices (alternance de phases où le traitement fonctionne et de phases de blocage) et des dyskinésies (mouvements involontaires induits par le médicament).
Diagnostic : principalement clinique. L’IRM et le scanner sont souvent normaux. Les traitements à base de dopamine ne guérissent pas la maladie, mais améliorent la qualité de vie.
La sclérose en plaques : quand le système immunitaire attaque la myéline
La SEP est une maladie auto-immune, pas neurodégénérative. Le système immunitaire détruit la myéline, qui protège les fibres nerveuses du cerveau et de la moelle épinière. Elle touche surtout les adultes jeunes (20-40 ans), avec prédominance féminine.
Symptômes moteurs et neurologiques
Les troubles moteurs existent bel et bien dans la SEP : faiblesse musculaire, spasticité (raideur), difficultés à la marche, troubles de l’équilibre. Mais ils s’accompagnent presque toujours d’autres manifestations neurologiques.
Troubles sensitifs fréquents
Les troubles sensitifs sont fréquents : engourdissements, fourmillements ou perte de sensibilité.
Les troubles visuels peuvent apparaître dès le début : baisse de vision, vision double, douleur oculaire. La fatigue est souvent intense et invalidante.
Troubles cognitifs et complications
Dans les formes plus évoluées, des troubles cognitifs peuvent apparaître (difficultés de concentration, de mémoire), ainsi que des douleurs neuropathiques chez la moitié des patients.

Une évolution de la SLA par poussées ou progressive
La forme la plus fréquente évolue par poussées. De nouveaux symptômes apparaissent soudainement pendant quelques jours ou semaines, puis la récupération peut être partielle ou totale. D’autres formes progressent de façon continue, sans rémission entre les symptômes.
Le diagnostic repose sur l’IRM, la ponction lombaire et les potentiels évoqués. Les traitements de fond incluent les immunomodulateurs et les anticorps monoclonaux pour ralentir la progression de la maladie.
Comment faire la différence en pratique ?
| Critère | Maladie de Charcot (SLA) | Parkinson | Sclérose en plaques |
|---|---|---|---|
| Âge typique de début | 40-70 ans (moyenne 60 ans) | 55-65 ans | 20-40 ans |
| Symptômes moteurs | Faiblesse progressive, fonte musculaire, fasciculations, crampes | Lenteur, rigidité, tremblement de repos asymétrique | Faiblesse, spasticité, troubles de l’équilibre |
| Troubles sensitifs | Absents | Absents | Fréquents (fourmillements, engourdissements) |
| Troubles cognitifs | Rares (sauf formes spécifiques) | Possibles (tardifs) | Possibles (formes évoluées) |
| Évolution | Rapide (3-5 ans en moyenne) | Lente et progressive | Par poussées ou progressive |
| Atteinte de la parole/déglutition | Fréquente et précoce | Tardive | Possible |
| Système atteint | Motoneurones centraux et périphériques | Substance noire (dopamine) | Myéline du système nerveux central |
| Diagnostic clé | EMG + examen neurologique | Clinique (imagerie normale) | IRM + ponction lombaire |
Les pièges diagnostiques à éviter
Certains signes peuvent prêter à confusion.
Fasciculations vs tremblements : ne pas confondre les mouvements musculaires
Le tremblement, par exemple, évoque immédiatement Parkinson. Mais attention : dans la SLA, les fasciculations (ces tremblements musculaires visibles sous la peau) n’ont rien à voir avec le tremblement de repos parkinsonien. Les fasciculations sont des contractions involontaires du muscle lui-même, pas un tremblement du membre au repos.
Rigidité musculaire : comprendre son origine selon la maladie
La rigidité musculaire existe dans les trois maladies, mais son origine diffère.
- Dans Parkinson, elle vient du déficit en dopamine.
- Dans la SLA, c’est la spasticité liée à l’atteinte des motoneurones centraux.
- Dans la SEP, c’est aussi de la spasticité, mais associée à d’autres signes neurologiques.
Troubles sensitifs : un indicateur clé pour distinguer les maladies
La présence ou l’absence de troubles sensitifs est un élément discriminant majeur. Si vous ressentez des fourmillements, des engourdissements, une perte de sensibilité en plus des troubles moteurs, la SEP devient plus probable. La SLA et Parkinson respectent la sensibilité.
Questions fréquentes
Peut-on avoir deux de ces maladies en même temps ?
C’est extrêmement rare mais théoriquement possible, puisque ces pathologies ont des mécanismes différents. Le risque reste néanmoins statistiquement très faible.
Les troubles moteurs apparaissent-ils toujours dès le début ?
Pas nécessairement. Dans la SEP, les premiers signes peuvent être visuels ou sensitifs, les troubles moteurs n’apparaissant que lors de poussées ultérieures. Dans Parkinson, certains symptômes non moteurs (troubles du sommeil, constipation) peuvent précéder les signes moteurs de plusieurs années.
L’IRM permet-elle de distinguer ces maladies ?
Partiellement. L’IRM est normale dans Parkinson (ce qui aide à éliminer d’autres causes). Elle montre des lésions caractéristiques dans la SEP. Dans la SLA, elle sert surtout à éliminer d’autres pathologies (compressions médullaires, tumeurs). L’électromyogramme (EMG) est plus utile pour confirmer la SLA.
Ces maladies sont-elles héréditaires ?
La plupart des cas sont sporadiques. Environ 10 % des SLA sont héréditaires. Parkinson a parfois une composante génétique mais reste majoritairement sporadique. La SEP n’est pas héréditaire au sens strict, mais une prédisposition génétique existe.
Existe-t-il des facteurs de risque environnementaux ?
Pour la SLA, plusieurs pistes sont étudiées : exposition aux pesticides, métaux lourds, pratique intensive du sport, tabagisme. Pour Parkinson, certains pesticides sont également suspectés. La SEP impliquerait des facteurs environnementaux (déficit en vitamine D, infections virales) combinés à une susceptibilité génétique.
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[1] Kinésithérapie
La kinésithérapie utilise des exercices et des massages pour aider à soulager les douleurs et améliorer la mobilité.
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[2] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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