La fin de vie en EHPAD concerne désormais une part majoritaire des décès des personnes âgées dépendantes. Aujourd’hui, environ une personne sur quatre décédée en France était résidente d’un EHPAD[1] au moment de son décès. Pourtant, l’offre de soins palliatifs intégrée à l’EHPAD reste hétérogène. Entre LISP (Lits Identifiés de Soins Palliatifs), USP (Unités de Soins Palliatifs) hospitalières et EMSP (Équipes Mobiles de Soins Palliatifs), les familles ont du mal à se repérer. La stratégie décennale 2024-2034 et la loi de mai 2026 changent la donne, en imposant à chaque EHPAD un volet palliatif structuré.
USP, LISP, EMSP : trois dispositifs à ne pas confondre
Pour comprendre ce qui existe en EHPAD, il faut d’abord distinguer trois dispositifs de soins palliatifs aux logiques très différentes.
| Dispositif | Lieu | Public | Durée |
|---|---|---|---|
| USP (Unité de Soins Palliatifs) | Hôpital, environ 10 lits dédiés | Situations palliatives les plus complexes | Séjours limités, parfois temporaires |
| LISP (Lits Identifiés Soins Palliatifs) | Service hospitalier non spécialisé ou parfois EHPAD | Patients en fin de vie ou en situation palliative intermédiaire | Souvent jusqu’au décès |
| EMSP (Équipe Mobile de Soins Palliatifs) | Se déplace en EHPAD, à domicile, en service hospitalier | Tous patients en situation palliative | Intervention ponctuelle ou suivie |
- L’USP est la structure spécialisée la plus dense, mais elle est rare et hospitalière. Elle accueille les situations de fin de vie les plus complexes (symptômes réfractaires, demandes anticipées, sédation profonde et continue). Les EHPAD ne disposent généralement pas d’USP, celles-ci étant des unités hospitalières spécialisées.
- Le LISP est un lit identifié au sein d’un service ou d’un établissement non spécialisé, qui ouvre droit à un financement majoré et à une compétence renforcée du personnel. Quelques EHPAD disposent de LISP, mais leur nombre reste limité.
- L’EMSP est une équipe pluridisciplinaire (médecin, infirmier, psychologue) qui se déplace pour conseiller et appuyer les équipes soignantes. C’est le dispositif le plus fréquent en EHPAD.

État des lieux : ce qui existe vraiment en EHPAD en 2026
Avant la réforme de 2026, les chiffres étaient les suivants : 69 % des EHPAD avaient signé une convention avec une EMSP, contre 51 % en 2011. La progression est nette mais insuffisante. Près d’un tiers des EHPAD n’avaient aucune convention formalisée avec une équipe spécialisée.
Pour les LISP, l’intégration en EHPAD reste minoritaire. La majorité des LISP sont implantés dans les services hospitaliers (médecine, gériatrie[2], oncologie). Dans de très rares situations, certains établissements médico-sociaux adossés à un établissement hospitalier peuvent bénéficier d’une organisation proche des LISP, mais ceux-ci restent quasi exclusivement implantés à l’hôpital.
La répartition territoriale est inégale. En région Hauts-de-France par exemple, environ 500 LISP sont identifiés dans des établissements, principalement hospitaliers.
La stratégie décennale 2024-2034
Lancée en avril 2024, la stratégie décennale des soins d’accompagnement vise à transformer en profondeur l’offre de soins palliatifs en France. Elle est dotée de 1,1 milliard d’euros sur dix ans, dont une part substantielle est fléchée vers le médico-social.
Les principales orientations qui concernent les EHPAD sont les suivantes :
- Renforcement de la qualité de la prise en charge palliative en EHPAD et établissements médico-sociaux, avec des financements dédiés au renforcement de l’offre médico-sociale.
- Recrutement de 6 000 ETP supplémentaires pour améliorer l’encadrement palliatif des résidents.
- Création progressive d’unités de soins palliatifs supplémentaires : 11 USP nouvelles en 2024, 9 en 2025, avec un objectif de couverture de tous les départements.
- Développement des « maisons d’accompagnement », structures intermédiaires entre l’hôpital et l’EHPAD pour les fins de vie qui ne relèvent ni d’un soin hospitalier aigu ni d’une simple prise en charge gériatrique.

La loi de mai 2026 : ce qui change pour les EHPAD
La loi du 26 mai 2026 introduit un volet relatif à l’accompagnement et aux soins palliatifs dans le projet d’établissement des EHPAD.
Volet palliatif obligatoire dans le projet d’établissement
Chaque EHPAD doit désormais inclure un volet palliatif formalisé dans son projet d’établissement. Ce volet décrit les modalités d’accompagnement de la fin de vie, la coopération avec les équipes spécialisées, la formation continue, et la place des directives anticipées des résidents.
Convention avec une EMSP
Les EHPAD doivent organiser leur coopération avec une équipe mobile de soins palliatifs (EMSP) de leur territoire, notamment par le biais de conventions ou d’autres modalités de partenariat. La convention formalise les conditions d’intervention : délais de réponse, modalités de saisine, articulation avec les soignants de l’EHPAD.
Formation continue encouragée
La loi renforce la formation des professionnels aux soins palliatifs et prévoit un enseignement spécifique dans le cadre de la formation initiale et continue. L’objectif est de relever le niveau général de compétence en matière de soulagement de la douleur, de communication en fin de vie, d’accompagnement des familles.
Plan Personnalisé d’Accompagnement (PPA)
Le PPA peut intégrer les souhaits du résident concernant sa fin de vie, notamment les directives anticipées et la personne de confiance, lorsqu’ils ont été exprimés. Le PPA est révisé régulièrement et tracé dans le dossier médical.
Comment identifier un EHPAD bien équipé pour les soins palliatifs
Plusieurs critères concrets permettent d’évaluer la capacité d’un EHPAD à accompagner la fin de vie.
Existence d’une convention EMSP active
Demander à voir la convention et identifier l’EMSP partenaire. Vérifier le délai moyen d’intervention (idéalement moins de 48 heures pour une demande non urgente) et la fréquence des passages.
Présence de LISP ou de compétence interne
La présence d’une coopération avec une EMSP ou de professionnels disposant d’une formation complémentaire en soins palliatifs constitue un bon indicateur de la capacité de l’établissement à accompagner la fin de vie. À défaut, vérifier si l’EHPAD compte au moins une infirmière ou un médecin titulaire d’un diplôme universitaire en soins palliatifs.
Formation effective du personnel
Au-delà des formations obligatoires, demander combien d’aides-soignants et d’infirmiers ont suivi une formation approfondie aux soins palliatifs (au-delà du module obligatoire).
Politique de fin de vie tracée
Le PPA est-il rédigé pour tous les résidents ? Les directives anticipées sont-elles systématiquement abordées à l’admission ? L’établissement organise-t-il des réunions éthiques en cas de situation complexe ?
Accompagnement des proches
L’EHPAD propose-t-il un soutien psychologique aux familles ? Les visites sont-elles facilitées en fin de vie (chambre individuelle, possibilité de dormir sur place) ? Un référent fin de vie est-il identifié dans l’équipe ?
Limites du système et points de vigilance
Malgré les avancées, plusieurs limites subsistent en 2026 :
- La rareté des USP hospitalières reste un problème : tous les départements ne sont pas encore couverts, et les transferts vers les USP les plus proches peuvent être complexes pour des résidents très fragiles.
- Le recrutement des 6 000 ETP prévus par la stratégie décennale est attendu à moyen terme. Sur le court terme, les EHPAD continuent de faire avec leurs effectifs actuels.
- La formation continue est de qualité variable selon les organismes. Demander la nature et la durée de la formation suivie est légitime.
- Enfin, la qualité de l’accompagnement palliatif peut varier d’un établissement à l’autre. La signature d’une convention EMSP ne garantit pas, à elle seule, un accompagnement de qualité.
Questions fréquentes
Tous les EHPAD peuvent-ils accompagner la fin de vie ?
En théorie oui, depuis la loi de mai 2026 qui impose un volet palliatif à tous les établissements. En pratique, la qualité de l’accompagnement varie fortement. Visiter l’EHPAD, lire le projet d’établissement et interroger l’équipe sur ces sujets reste essentiel.
Mon proche peut-il être transféré en USP s’il est en EHPAD ?
Oui, sur indication médicale, en cas de situation palliative complexe (symptômes réfractaires, demande de sédation profonde et continue). en lien avec le médecin traitant, le médecin coordonnateur de l’EHPAD et l’équipe hospitalière concernée.
L’EMSP intervient-elle gratuitement ?
Oui, les EMSP relèvent du financement public hospitalier. Aucun reste à charge n’est demandé au résident ni à sa famille pour leur intervention.
Les directives anticipées sont-elles vraiment respectées en EHPAD ?
Le PPA facilite désormais la prise en compte des souhaits du résident concernant sa fin de vie. Pour s’en assurer, faire connaître les directives anticipées au médecin coordinateur et à la personne de confiance désignée à l’admission est important.
Existe-t-il des EHPAD « spécialisés » en soins palliatifs ?
Pas formellement. Certains EHPAD investissent davantage que d’autres dans la compétence palliative (LISP, formation, équipe étoffée), mais aucune labellisation officielle « EHPAD spécialisé palliatif » n’existe à ce jour. Les « maisons d’accompagnement » prévues par la stratégie décennale pourraient à terme combler ce vide.
Sources : Données DREES 2015, ARS 2022, Loi n° 2026-404 du 26 mai 2026 visant à garantir l’égal accès de tous à l’accompagnement et aux soins palliatifs.
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