L’errance, aussi appelée déambulation, fait partie des symptômes comportementaux les plus déstabilisants de la maladie d’Alzheimer. Elle concerne près de 60 % des personnes à un stade modéré à sévère de la maladie. Ce besoin compulsif de marcher, parfois pendant des heures, expose à un risque réel de fugue, de chute ou de mise en danger. Les EHPAD[2] ont progressivement adapté leur architecture, leur équipement et leur organisation pour transformer ce symptôme en activité bénéfique grâce à des parcours sécurisés. Voici comment ces unités fonctionnent en 2026.

Trouver un EHPAD

Comprendre l’errance dans Alzheimer

L’errance n’est pas un comportement aléatoire. Elle traduit souvent une recherche : retrouver un domicile passé, un proche disparu, un repère perdu. Elle peut aussi exprimer un besoin physiologique non identifié (faim, soif, douleur, besoin d’aller aux toilettes), un excès d’énergie, une anxiété, ou simplement l’envie de bouger. Y répondre par la contention ou l’enfermement aggrave la confusion. La bonne pratique recommandée par la Haute Autorité de Santé consiste au contraire à canaliser cette activité dans un environnement sûr.

Lorsqu’elle est libre, l’errance entraîne plusieurs risques : 

  • sortie inopinée de l’établissement, 
  • chute dans des escaliers, 
  • intrusion dans la chambre d’autres résidents, 
  • perte de poids par dépense énergétique excessive, 
  • troubles du sommeil et épuisement. 
description de l'errance dans la maladie d'alzheimer

LIRE AUSSI : Alzheimer : 6 signes qu’il est temps d’envisager un accueil en Ehpad

Les différentes unités sécurisées en EHPAD

UnitéPublicCapacitéVocation principale
PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés)Troubles cognitifs modérés12 à 14 places de jourActivités thérapeutiques en journée
UVP / UP (Unité de Vie Protégée)Troubles cognitifs modérés à sévères avec risque de fugue10 à 20 placesHébergement permanent sécurisé
UHR (Unité d’Hébergement Renforcée)Troubles sévères avec comportements perturbateurs12 à 14 placesPrise en charge intensive temporaire

L’architecture d’un parcours sécurisé

Le concept clé est la déambulation en boucle. Au lieu de couloirs en impasse qui provoquent des comportements de butée et d’anxiété, les unités sécurisées sont conçues avec un cheminement circulaire. La personne revient toujours à un point de repère sans avoir l’impression d’être enfermée.

Les éléments architecturaux clés

  • Couloirs en boucle, larges (au moins 1,80 m) avec main courante continue
  • Zones de repos intermédiaires (banc, fauteuil, alcôve) tous les 10 à 15 mètres
  • Sols antidérapants, sans changement brusque de couleur ou de matière
  • Éclairage homogène (les zones sombres provoquent des hallucinations visuelles)
  • Signalétique adaptée : pictogrammes simples, photos personnelles sur les portes des chambres
  • Repères visuels colorés pour différencier les espaces (salon, salle à manger, salle de bain)
  • Portes coupe-feu et portes de service masquées par des trompe-l’œil

Le jardin thérapeutique clos

L’accès libre à un jardin extérieur sécurisé est un élément central. Conçu en boucle également, il offre des chemins doux, des bancs ombragés, des plantes non toxiques et stimulantes pour les sens (lavande, menthe, romarin, fleurs colorées). Il permet la déambulation au grand air sans risque de fugue. La présence d’un poulailler, d’un potager ou d’animaux de médiation est de plus en plus fréquente.

Les dispositifs anti-fugue

Les dispositifs techniques complètent l’architecture pour éviter les sorties inopinées tout en préservant la dignité des résidents.

Les portes et issues sécurisées

Les portes d’accès sont équipées de digicodes, de serrures à carte ou de poignées spéciales nécessitant une manipulation complexe. Les sorties peuvent être temporisées (ouverture après 5 secondes d’appui) ou simplement masquées visuellement (peinture, trompe-l’œil, miroir).

Les bracelets et badges électroniques

Le bracelet anti-fugue, discret et étanche, déclenche une alerte si le résident franchit une zone définie. Il ne géolocalise pas en permanence mais signale le passage d’une frontière. Son usage est strictement encadré : il nécessite l’information de la famille et idéalement le consentement du résident quand c’est encore possible. Il vient en complément, jamais en remplacement, d’une surveillance humaine.

Les capteurs intelligents

Les nouvelles générations d’EHPAD intègrent des capteurs au sol ou au plafond qui détectent les mouvements nocturnes, les chutes, ou l’absence prolongée dans la chambre. Ils permettent une veille humaine plus ciblée et moins intrusive.

ehpad équipé de dispositif anti-chute pour les seniors

La formation du personnel, condition essentielle

Aucun parcours architectural ne fonctionne sans une équipe formée. Les EHPAD équipés d’unités sécurisées disposent d’aides-soignants ayant suivi la formation d’Assistant de Soins en Gérontologie[4] (ASG), de psychomotriciens, d’ergothérapeutes et d’un psychologue. La formation porte sur la communication non verbale, la gestion des troubles du comportement, les approches non médicamenteuses (musicothérapie, art-thérapie[5], méthode Montessori adaptée), et la prévention de l’épuisement professionnel.

L’approche humaniste insiste sur le respect du rythme : on ne force pas un résident à s’asseoir s’il a besoin de marcher. On l’accompagne, on lui propose une activité en marchant, on l’oriente vers le jardin.

Comment trouver un EHPAD équipé d’un parcours sécurisé

Voici les critères à vérifier lors de la visite :

  • Présence d’une UVP, UHR[3] ou unité protégée identifiée et nommée
  • Architecture en boucle de déambulation observable
  • Jardin clos accessible librement en journée
  • Signalétique adaptée et repères visuels personnalisés
  • Ratio d’encadrement renforcé, présence de nuit
  • Équipe pluridisciplinaire incluant ergothérapeute et psychomotricien
  • Politique formalisée sur la contention et les psychotropes
  • Programme d’activités thérapeutiques non médicamenteuses
  • Formation ASG des aides-soignants
  • Lien avec l’association France Alzheimer[1] locale

Questions fréquentes

Le bracelet anti-fugue est-il obligatoire en unité sécurisée ?

Non. Il est utilisé seulement en complément, après évaluation individuelle et information de la famille. La sécurisation architecturale et l’accompagnement humain restent prioritaires.

Une personne Alzheimer peut-elle sortir de l’établissement avec sa famille ?

Oui, les sorties accompagnées sont possibles et même encouragées. Elles doivent être planifiées avec l’équipe pour adapter le traitement, prévoir une fiche d’identification et anticiper le retour.

Que faire si mon proche refuse d’aller en unité protégée ?

Le refus est fréquent en début de maladie. La consultation conjointe avec le neurologue, le médecin traitant et l’équipe de l’EHPAD permet d’expliquer les bénéfices. Un séjour d’essai en accueil de jour ou en hébergement temporaire peut faciliter la transition.

Une unité sécurisée empêche-t-elle totalement la fugue ?

Aucun dispositif n’est infaillible à 100 %. Mais la combinaison architecture, équipement, formation et vigilance réduit considérablement le risque. La meilleure prévention reste un cadre apaisant qui réduit l’envie de partir.

Faut-il privilégier une UHR ou une UVP ?

L’UVP convient aux personnes désorientées avec risque de fugue mais sans grande agitation. L’UHR est réservée aux résidents présentant des troubles du comportement sévères. Le neurologue et le médecin coordonnateur orientent vers la structure adaptée.

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Augustin,Rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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