La question peut sembler surprenante, voire dérangeante pour certaines familles. Pourtant, l’utilisation d’objets d’empathie auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer fait de plus en plus partie des approches non médicamenteuses reconnues. Poupées, bébés reborn, peluches sensorielles : ces objets ne sont pas de simples jouets, mais des outils thérapeutiques qui peuvent transformer le quotidien de votre proche. Reste que le choix n’est pas évident. Entre une poupée classique, un bébé reborn ultra réaliste ou une peluche sensorielle, comment savoir ce qui conviendra le mieux ? Et surtout, comment éviter que cette démarche soit perçue comme infantilisante ?

Trouver un EHPAD

Pourquoi ces objets fonctionnent auprès des personnes atteintes d’Alzheimer

Les objets d’empathie pour les personnes atteintes d’Alzheimer[1] agissent sur plusieurs plans. 

Canaliser l’angoisse et l’agitation

Ces objets focalisent l’attention de la personne malade, ce qui permet de canaliser l’angoisse et l’agitation. Tenir une poupée, caresser une peluche, regarder un animal robotisé réagir aux gestes : autant d’actions qui apaisent et détournent l’attention des sources de stress.

LIRE AUSSI : Alzheimer : comment soulager l’agitation vespérale d’un proche

Réactiver des émotions et souvenirs positifs

Ces objets réactivent des émotions positives enfouies. Une femme de 95 ans, atteinte d’une démence de type Alzheimer, retrouve soudainement des gestes maternels oubliés en prenant un bébé reborn dans ses bras. Elle lui parle, le complimente, chantonne. Les mots reviennent, alors qu’elle était silencieuse depuis des semaines. 

Ce n’est pas de la magie, c’est de la réminiscence : l’objet fait resurgir des souvenirs anciens, plus stables que la mémoire récente.

LIRE AUSSI : Alzheimer : une grande étude révèle 4 habitudes simples pour mieux protéger votre mémoire après 60 ans 

Redonner un rôle et un sentiment d’utilité

Ces objets offrent un rôle actif à la personne. Prendre soin d’un poupon ou d’un animal, même factice, redonne une fonction, une utilité. Cette responsabilité, même symbolique, renforce la confiance et l’estime de soi. 

Dans certains établissements, on a constaté une diminution des prises d’anxiolytiques après l’introduction de ces objets dans les routines de soins.

senior Alzheimer prenant soin d'une poupée

LIRE AUSSI : Voici 6 activités thérapeutiques reconnues pour améliorer la vie des patients Alzheimer en EHPAD

Les différents types d’objets : avantages et limites

Tous les objets d’empathie ne se valent pas. Chacun présente des caractéristiques spécifiques qui répondront mieux ou moins bien aux besoins de votre parent.

Les poupées d’empathie classiques

Ces poupées privilégient un visage neutre et naïf plutôt qu’un réalisme poussé. Leur texture est douce, elles sont lestées pour être agréables à porter, et leurs grands yeux ouverts facilitent le contact visuel. 

Le visage non réaliste permet une certaine distance émotionnelle : la personne comprend qu’il s’agit d’un objet, ce qui évite le malaise que peut provoquer un bébé trop réaliste.

Elles existent en différentes tailles et peuvent tenir assises naturellement. L’avantage principal ? Elles permettent de retrouver des gestes familiers (habiller, bercer, porter) sans créer de confusion trop forte avec un véritable nourrisson.

Les bébés reborn

Les bébés reborn sont des poupées ultra réalistes, initialement créées pour le cinéma ou comme objets de collection. Leur fabrication artisanale nécessite entre 30 et 60 heures de travail. Le résultat est bluffant : peau en silicone, veines apparentes, cheveux implantés ou peints, poids réaliste (entre 1,5 kg et 2,8 kg).

Leur réalisme peut provoquer un émerveillement intense chez certaines personnes atteintes d’Alzheimer. On observe des sourires, des paroles tendres, une attention soutenue. Mais ce même réalisme peut aussi générer un rejet ou un malaise, tant chez la personne malade que dans son entourage. 

Pour un usage en établissement, mieux vaut privilégier les modèles à cheveux peints, plus faciles à nettoyer.

Les peluches sensorielles

Sous forme de chat ou de chien, ces peluches douces et lestées offrent une alternative intéressante. Elles améliorent les repères corporels, particulièrement utiles quand la perception du corps est troublée. Certaines contiennent des éléments à manipuler pour stimuler le toucher, d’autres sont chauffantes ou rafraîchissantes grâce à une poche amovible.

L’avantage ? Elles évoquent généralement moins de réticences que les poupées. Un animal de compagnie, même factice, paraît moins infantilisant qu’un poupon. Pour les personnes qui ont eu des animaux domestiques, la connexion émotionnelle peut être immédiate.

Les animaux robotisés

Plus technologiques, ces peluches interactives réagissent aux caresses grâce à des capteurs. Elles bougent, émettent des sons, simulent une présence. Elles conviennent particulièrement aux personnes isolées ou qui ont toujours vécu avec des animaux. Par contre, elles nécessitent un entretien spécifique (nettoyage par brossage, pas d’immersion) et peuvent être moins intuitives pour certaines personnes très désorientées.

Type d’objetAvantagesPoints d’attentionProfil adapté 
Poupée classiqueVisage neutre, distance émotionnelle, facile à nettoyerMoins d’impact émotionnel pour certainsPersonnes sensibles au réalisme excessif
Bébé rebornFort impact émotionnel, réalisme saisissantPeut créer un malaise, entretien délicatPersonnes avec passé maternel/paternel marqué
Peluche sensorielleMoins infantilisante, stimule le toucherMoins d’interaction verbaleAmateurs d’animaux, troubles de la perception
Animal robotiséInteractif, simule une présence vivanteTechnologie parfois complexe, prix élevéPersonnes isolées, anciens propriétaires d’animaux

Comment choisir et introduire l’objet sans infantiliser

Le plus grand piège serait de considérer que toutes les personnes atteintes d’Alzheimer réagiront de la même manière. Certaines vont s’attacher immédiatement à une poupée, d’autres la rejetteront. Certaines préféreront une peluche en tissu, d’autres un bébé reborn très réaliste. Il n’y a pas de règle absolue.

L’idéal ? Tester différents objets et observer les réactions. Votre parent touche-t-il spontanément l’objet ? Son visage s’éclaire-t-il ? Commence-t-il à lui parler ? Ou au contraire, détourne-t-il le regard, se crispe-t-il ? Ces signaux vous indiqueront si l’objet est adapté.

Ensuite, la présentation compte énormément. Ne mentez jamais sur la nature de l’objet. Ne faites pas croire qu’il s’agit d’un vrai bébé ou d’un vrai animal. Vous pouvez simplement dire : « Regarde comme cette poupée est belle » ou « Voici un petit compagnon pour toi ». Respectez l’autonomie de votre parent et validez ses émotions sans le corriger s’il se met à parler à l’objet comme à un être vivant.

Pour les familles, cette démarche peut être difficile à accepter. On peut avoir l’impression de traiter son parent comme un enfant. C’est pourquoi il est essentiel d’expliquer que ces objets ne sont pas des jouets, mais des outils thérapeutiques reconnus. Leur usage vise le bien-être, la communication et la réduction de l’anxiété, pas l’infantilisation.

choix d'une poupée Alzheimer

Intégrer ces objets dans le quotidien

Une fois l’objet choisi, il faut réfléchir aux moments où le proposer. Les transitions sont souvent sources d’angoisse : le lever, la toilette, le coucher. Introduire la poupée ou la peluche à ces moments peut apaiser et distraire. Montrez à votre parent comment interagir avec l’objet, en le tenant vous-même d’abord, en le caressant, en lui parlant doucement.

Ces objets peuvent aussi servir de point de départ pour des conversations. « Tu te souviens quand tes enfants étaient petits ? » « Tu avais un chat, autrefois ? » Les souvenirs positifs remontent parfois plus facilement quand on a quelque chose à tenir, à toucher.

Côté entretien, les poupées et peluches classiques passent généralement en machine à 30-40°C (en protégeant les cheveux si nécessaire). Les animaux robotisés demandent plus de précautions : brossage régulier, nettoyage à la lingette bactéricide, pas d’immersion.

Questions fréquentes

Est-ce que tous les malades d’Alzheimer apprécient ces objets ?

Non. Chaque personne est différente. Certaines ne seront pas du tout réceptives, d’autres vont s’y attacher immédiatement. Il ne faut jamais forcer l’utilisation. Si votre parent rejette l’objet, respectez ce choix et essayez éventuellement un autre type d’objet plus tard.

Mon père a toujours été très pudique. Ne va-t-il pas se sentir humilié ?

C’est une préoccupation légitime. Privilégiez alors une peluche sensorielle ou un animal robotisé plutôt qu’une poupée. Présentez l’objet comme un compagnon, pas comme un bébé. Et surtout, observez sa réaction. S’il semble mal à l’aise, n’insistez pas.

Où se procurer ces objets et à quel prix ?

Les poupées d’empathie classiques et les peluches sensorielles se trouvent dans des boutiques spécialisées en matériel médical ou sur des sites dédiés aux soins des personnes âgées. Comptez entre 50 et 150 euros. Les bébés reborn, plus artisanaux, coûtent entre 150 et 400 euros selon le niveau de personnalisation. Les animaux robotisés varient entre 100 et 200 euros.

Ces objets peuvent-ils remplacer les interactions humaines ?

Absolument pas. Ils sont un complément, pas un substitut. Ils facilitent la communication, apaisent l’anxiété, mais ne remplacent jamais la présence, l’écoute et l’affection d’un proche ou d’un soignant. Ils servent de médiation, de pont entre la personne malade et son entourage.

Que faire si d’autres membres de la famille désapprouvent ?

Expliquez la démarche thérapeutique, partagez des témoignages de professionnels, montrez les effets positifs observés. Si possible, impliquez l’équipe soignante (médecin, psychologue) pour légitimer l’approche. L’essentiel reste le bien-être de votre parent, pas le jugement extérieur.

Note de l’article (1 votes)

Cet article vous a-t-il été utile ?

Notez cet article afin de nous permettre d’améliorer nos contenus.

Avatar auteur, Augustin
Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

Commentaires (0)

Réagissez, posez une question…

Les derniers articles

Articles les plus recherchés

Nos dossiers sur ce thème

La santé du Grand-âge

L'accroissement de la longévité s'accompagne de la multiplication de pathologies propres aux personnes âgées. Nous abordons dans ce dossier intitulé "la santé au grand âge"…

En savoir plus

Face à la maladie d'Alzheimer

Nous avons consacré un dossier spécifique à la maladie d’Alzheimer, pour appréhender à sa mesure ce véritable fléau, qui touche en France 800 000 personnes,…

En savoir plus

Face à la maladie de Parkinson

Affection dégénérative du cerveau la plus courante après Alzheimer, la maladie de Parkinson touche plus de 2 % de la population française de plus de…

En savoir plus