Le syndrome de Diogène, souvent associé à un mode de vie profondément négligé, révèle un trouble du comportement complexe où s’entremêlent accumulation compulsive d’objets et de détritus, et, dans certains cas, une préoccupation paradoxale pour la propreté, connue sous le nom de syndrome de Diogène « propre ».

Loin d’être de simples habitudes, ces comportements sont le reflet d’un mal-être psychologique profond. Ce phénomène, qui touche principalement les personnes âgées, soulève des questions importantes sur les meilleures stratégies d’intervention et de soutien. Plongez dans l’univers de ce syndrome fascinant et découvrez les mesures à adopter pour venir en aide à ceux qui en souffrent.

Comment reconnaître une personne atteinte de diogène propre ? 

Le Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM 5) définit le syndrome de diogène par un ensemble de critères.

Un rapport inhabituel avec les objets 

En général, les personnes atteintes du syndrome de Diogène souffrent du trouble d’accumulation compulsive, également appelé « syllogomanie« . Elles entassent de manière excessive, désordonnée et involontaire des objets inutiles à leur domicile. 

Contrairement à celles vivant dans des conditions insalubres, où le désordre entraîne une détérioration notable de l’hygiène, les personnes atteintes de Diogène propre accumulent des objets dans un environnement sain et maintiennent une bonne hygiène personnelle. Elles rencontrent toutefois une difficulté persistante à se séparer de certains objets, quelle que soit leur réelle valeur. 

senior atteint de syndrome de diogène propre

Dans des cas exceptionnels, elles peuvent développer une obsession pour la propreté, allant jusqu’à nettoyer leur domicile à la javel tous les jours ou vivre dans un espace entièrement vide, en retirant même les portes et les fenêtres de leur logement. 

À noter que le besoin incontrôlé de posséder des objets divers se distingue ainsi des troubles obsessionnels compulsifs poussant les personnes à collectionner de manière exagérée.

Un isolement social important

Que ce soit par obsession de la propreté ou par attachement excessif aux objets, les personnes atteintes du syndrome de Diogène propre se sentent souvent incomprises, voire rejetées. Par crainte du jugement et de l’intervention extérieure, elles s’isolent volontairement et coupent les liens sociaux, refusant toute aide et empêchant les autres d’entrer chez elles. Bien qu’elles puissent parfois reconnaître la nature problématique de leur comportement, elles ne remettent pas toujours en question leurs habitudes et refusent souvent de les changer.

Leur déni de la réalité et leur manque de conscience des dangers liés à leur environnement compliquent leurs relations sociales et professionnelles.

Un profil fragile 

Le syndrome de Diogène est fréquemment observé chez les personnes :  

  • âgées de plus de 60 ans, en proie à l’anxiété, à la morosité et à l’isolement social, dont une majorité de femmes, en raison de leur espérance de vie plus longue.
  • souffrant de troubles psychiatriques tels que la schizophrénie, la bipolarité, la psychose ou les troubles obsessionnels compulsifs.
  • ayant vécu des événements traumatiques ou des changements majeurs dans leur vie, tels que le décès d’un être cher, un déménagement, la perte d’un animal de compagnie ou un manque affectif durant l’enfance.

Les sentiments manifestés pouvant être des obstacles

  • Déni et sentiment d’intrusion : Les personnes atteintes de ce syndrome nient souvent la gravité de la situation et perçoivent l’intervention extérieure comme une intrusion dans leur vie privée.
  • Peur du changement et sentiment d’abandon : La modification de son environnement familier peut effrayer la personne à aider et lui donner l’impression d’être abandonnée.
  • Manque de motivation : Les personnes atteintes peuvent manquer de motivation pour changer leurs habitudes et ne pas avoir conscience du danger que représente leur situation.

Quelles solutions pour aider les personnes atteintes de Diogène propre ? 

En raison du déni caractéristique des personnes atteintes du syndrome de Diogène propre, ce trouble est souvent négligé. L’absence de signalement formel et de plainte entraîne un manque de reconnaissance par les autorités légales et aucune mesure spécifique n’est établie par la loi pour y faire face.

Ne pas intervenir sans consentement

Jean-Claude Montfort, spécialiste du syndrome de Diogène, affirme que ce comportement n’est ni considéré comme une maladie ni comme un trouble psychique. Il n’existe pas de traitement ni de possibilité de guérison, ce qui signifie que toute tentative d’intervention risque de provoquer une récidive rapide.

aider un proche atteint du syndrome de diogène propre

Imposer un tri brutal et non consenti pourrait entraîner un stress majeur pour la personne, voire la perte d’appétit, l’arrêt de la prise de médicaments ou même des pensées suicidaires.

Un travail en réseau

Aider une personne atteinte du syndrome de Diogène demande de la patience et du temps. Pour soutenir un proche dans cette situation, divers intervenants peuvent être sollicités, notamment les professionnels de la santé tels que les psychologues et les infirmiers, ainsi que les curateurs et les membres de la famille.

Une approche consiste à établir une relation de confiance avec l’un de ces intervenants afin d’effectuer une première visite des lieux. Ensuite, des réunions de concertation peuvent être organisées avec tous les acteurs impliqués pour : 

  • comprendre la situation dans son ensemble,
  • discuter des meilleures approches pour gérer le tri, l’évacuation des objets et les éventuelles thérapies pour traiter le trouble.

Il est important de désigner un intervenant principal tout en prenant des décisions de manière collaborative.

Une prise en charge médicale

Tout signalement est prétexte à passer un bilan psychologique et médical. Cependant, l’approche reste difficile et délicate face à un individu souvent dans le déni et la réclusion. Pour éviter toute friction et comportement imprévisible, la patience et la douceur sont requises. Dans le cas où le diagnostic révèle une maladie liée au syndrome, plusieurs options sont recommandées : 

  • Une hospitalisation en gériatrie dans le cas de trouble lié à l’alcoolisme, démence fronto-temporale comme la maladie d’Alzheimer… Pour potentiellement intégrer une maison de retraite ou un Ehpad afin d’apporter un encadrement sécurisé, des activités sociales et une prise en charge personnalisée sur le long terme.
  • Un séjour en psychiatrie si le médecin décèle un trouble paranoïaque ou une maladie schizophrénique.

Une thérapie douce 

Si aucun trouble n’est diagnostiqué, la situation reflète un choix de vie et aucune intervention médicale n’est obligatoire en vertu de la loi française. Cependant, des thérapies comportementales et cognitives (TCC), dispensées par des psychologues cliniciens spécialisés.

Ces thérapies cherchent à modifier les comportements en aidant la personne à abandonner ses pratiques habituelles afin d’améliorer ses conditions de vie à domicile. L’objectif est de rompre avec les schémas mentaux inconscients en remplaçant les habitudes d’accumulation ou de propreté excessive par des choix conscients et apaisants. La gestion du trouble implique de justifier le tri en se fixant un objectif créatif, préservant ainsi le contrôle et la valorisation des objets en leur attribuant un emplacement spécifique et une fonction définie. La priorité est donnée à la prise en charge des objets et des situations présentant un risque pour la santé de la personne.

Plus le repérage est signalé tôt, plus il sera possible d’évaluer le développement du syndrome et de trouver des solutions simples à mettre en place pour les accompagnateurs et moins stressantes pour l’habitant. 

Le syndrome de Diogène propre est un trouble comportemental méconnu qui suscite des inquiétudes et des questions au sein de l’entourage concernant la santé et la sécurité de la personne atteinte. Si l’un de vos proches âgés présente des symptômes de ce syndrome, contactez un organisme spécialisé avant d’envisager l’intervention d’une société de nettoyage. Ces spécialistes vous apporteront des conseils avisés pour évaluer la meilleure option d’accompagnement : un suivi continu à domicile ou une intégration dans un établissement adapté.

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Commentaires (6)

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  1. Muriel Mouilleron

    Suite à divers problèmes graves tout au long de ma vie et sans m’en rendre compte, à le retraite j’ai « développé » le syndrome de Diogène propre. Maintenant j’essaye de m’en sortir seule. Je sais que le chemin sera long, mais je suis motivée. Ce qui est important, c’est de comprendre où on en est, et pourquoi, à partir de là on peut travailler sur soi. Je suis sur la bonne voie, j’espère y arriver.

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  2. Adeline Sibony

    Article informatif sur le syndrome de Diogène propre et des conseils pour soutenir un proche concerné. Utile pour comprendre et agir

    Répondre
  3. eliane castiel

    tres instructif

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