Vieillir chez soi, garder ses repères, refuser la rupture. Pour beaucoup de seniors, quitter leur domicile reste inconcevable, même lorsque la dépendance[1] s’installe ou que la sécurité vacille. Dans les familles, une question surgit parfois, douloureuse : peut-on imposer un placement en maison de retraite à un parent qui s’y oppose ? Face à la perte d’autonomie, la tentation de décider « pour le bien » du proche grandit. Mais la loi, elle, verrouille strictement les possibilités. Entre droits fondamentaux et situations d’exception, la frontière s’avère ténue, les démarches encadrées à l’extrême.

Trouver un EHPAD

Le consentement, principe cardinal

En France, le droit de choisir son lieu de vie s’applique à tous les majeurs, sans distinction. 

Consentement libre et éclairé

La loi du 28 décembre 2015 l’a réaffirmé : le consentement libre et éclairé de la personne âgée conditionne toute admission en EHPAD[2] ou résidence médicalisée. Autonomie psychique, capacité de compréhension, faculté d’exprimer un choix – tant qu’elles sont présentes, nul ne peut forcer un placement. 

La signature du contrat de séjour, l’entretien préalable, la remise du livret d’accueil : autant d’étapes pensées pour garantir l’adhésion du futur résident, non l’arracher à son environnement contre sa volonté.

Senior qui est consentant pour un placement en maison de retraite

Respect même en situation de fragilité

Même dans la fragilité ou le handicap, ce principe prévaut. Un senior en fauteuil, porteur d’une maladie chronique, jouit pleinement de ce droit au maintien à domicile tant qu’il sait exprimer ses souhaits. Imposer un enfermement ou une séparation du domicile, même au nom de la sécurité, relève d’une atteinte à l’intégrité, parfois assimilée à la maltraitance

Obligation d’information et protection légale

Le code de l’action sociale et des familles, dans son article L311-4, exige une information claire et complète, sans pression de l’entourage ni précipitation. 

L’objectif : permettre au senior de décider en toute connaissance de cause. 

LIRE AUSSI : Que faut-il faire quand une personne âgée refuse la maison de retraite ?

Quand la loi tolère une exception

Les cas de placement sans consentement relèvent du régime d’exception, jamais de la norme[3]

Altération des facultés mentales et procédure judiciaire

En cas d’altération sévère des facultés mentales (maladie d’Alzheimer évoluée, troubles cognitifs majeurs, perte de discernement) : la question d’un placement peut alors se poser, mais sans raccourci possible. Une procédure judiciaire s’impose, sous la surveillance étroite du juge des tutelles. Aucun membre de la famille, aucun tuteur, même désigné, ne peut franchir seul cette étape.

LIRE AUSSI : Faut-il l’accord de tous les enfants pour placer un parent en EHPAD ?

Tutelle, curatelle renforcée et décision judiciaire

Lorsque le senior ne peut plus défendre ses intérêts, un représentant légal prend le relais. Mais même dans ce cadre, la décision d’entrée en établissement médicalisé nécessite l’aval du juge, sur avis médical circonstancié.

Urgence vitale et rôle des professionnels de santé

Si la vie du senior est en danger (malnutrition, chutes répétées, décompensation médicale), la famille ou le tuteur sollicite un avis médical d’un professionnel de santé, puis saisit le juge des tutelles. Seul ce dernier autorise le placement en l’absence de consentement.

Aucune structure ne peut accueillir un résident sans trace d’un accord (ou d’une décision judiciaire). Médecin traitant, gériatre ou médecin coordonnateur évaluent l’autonomie, attestent de la nécessité d’un encadrement et rédigent un certificat circonstancié servant de base au tribunal.

Les alternatives à l’EHPAD pour préserver le choix

Le placement en établissement médicalisé n’est pas une fatalité. Avant d’envisager cette solution, d’autres dispositifs existent, souvent plus souples, parfois mieux adaptés au projet de vie du senior. Maintien à domicile avec aides renforcées, portage de repas, téléassistance, interventions d’auxiliaires de vie : toute une palette d’accompagnements permet de retarder l’entrée en institution.

  • Résidences services seniors : logements indépendants mais sécurisés, avec prestations à la carte (restauration, surveillance, animations).
  • Colocations seniors ou habitats inclusifs : solution conviviale, idéale contre l’isolement, qui préserve l’autonomie tout en mutualisant l’accompagnement.
  • Accueil familial agréé : hébergement chez un particulier formé, sous le contrôle du conseil départemental, pour une vie quotidienne chaleureuse et personnalisée.
  • Hébergement temporaire ou accueil de jour : périodes de transition, pour évaluer l’adaptation à la vie collective ou soulager ponctuellement les aidants.

Informer, rassurer, accompagner : un dialogue ouvert reste la clé pour désamorcer les tensions. Visiter des établissements, rencontrer les équipes, solliciter l’avis d’un professionnel de santé ou d’un travailleur social, tous ces gestes facilitent parfois l’acceptation progressive de l’idée de placement.

Senior en résidence senior comme alternative à un placement en EHPAD

Procédure légale en cas de refus du parent

Quand le refus persiste, la législation impose un parcours balisé. 

Aucune inscription en EHPAD ne peut s’effectuer sans la signature de la personne concernée, sauf incapacité juridique avérée. 

Si l’état de santé se dégrade, la famille doit consulter le médecin traitant, faire établir un certificat attestant l’impossibilité de rester à domicile, puis engager une procédure de mise sous tutelle[4] ou curatelle[5] via le juge des tutelles. Ce dernier, après audition éventuelle du senior, de ses proches et d’un médecin spécialisé, rendra une décision motivée.

SituationDécisionnaireProcédure 
Senior autonomeLui-mêmeSignature du contrat de séjour
Perte de capacité à déciderJuge des tutelles sur avis médicalMise sous protection juridique, décision judiciaire obligatoire
Situation d’urgence vitaleJuge des tutelles, saisi par le tuteur/familleCertificat médical, audition possible du senior

Sans cette validation, tout placement serait considéré comme une privation de liberté, exposant la famille ou les professionnels à des poursuites pour maltraitance.

Qui paie en cas de placement imposé ?

La question financière pèse lourd, surtout lorsque le placement se fait sans l’adhésion du parent. Les coûts d’un EHPAD varient, souvent entre 2 000 et 4 000 euros mensuels. 

Si les ressources du résident ne suffisent pas, l’aide sociale à l’hébergement (ASH) peut intervenir, sous conditions de ressources. Les enfants ou petits-enfants, désignés comme obligés alimentaires, peuvent être sollicités pour compléter. L’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) aide aussi à couvrir une partie du tarif dépendance.

Il n’existe pas de prise en charge automatique spécifique pour les placements décidés par un juge, mais les règles de l’aide sociale s’appliquent dans tous les cas.

LIRE AUSSI : Obligation alimentaire : Dans quels cas peut-on refuser et comment faire ?

Questions fréquentes sur le placement non consenti

Peut-on forcer un parent à entrer en maison de retraite ? 

Non, sauf incapacité prouvée et décision du juge des tutelles.

Qui décide en cas de perte d’autonomie ? 

Si une mesure de protection juridique existe (tutelle, curatelle), le juge tranche sur la base des éléments médicaux et sociaux.

Quelles solutions si un parent refuse catégoriquement ? 

Renforcer le maintien à domicile, proposer un hébergement temporaire, envisager la médiation familiale ou l’accompagnement d’un assistant social.

Quelles différences entre EHPAD et autres structures ? 

Les EHPAD offrent un encadrement médicalisé 24h/24, alors que les résidences services ou habitats inclusifs privilégient l’autonomie et la vie sociale.

Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.

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