Pour seize millions de retraités français, l’automne 2025 a tenu en haleine. À l’origine, un article du projet de loi de finances 2026 qui prévoyait de remplacer l’historique abattement de 10 % sur les pensions par un montant forfaitaire de 2 000 euros. La promesse affichée par l’exécutif : 1,2 milliard d’euros d’économies budgétaires. Le risque, pour près de 40 % des foyers de retraités : une hausse sèche de leur impôt[1] sur le revenu. Adopté en février 2026, le compromis final maintient l’abattement de 10 %, simplement revalorisé. Récit d’un sauvetage parlementaire qui s’est joué à quelques voix près, avec des conséquences concrètes sur la feuille d’impôt des seniors.
Un abattement vieux de cinquante ans, devenu un totem fiscal
L’abattement de 10 % sur les pensions de retraite existe depuis 1978. Sa logique initiale : compenser, pour les retraités, l’abattement de 10 % pour frais professionnels dont bénéficient les actifs sur leurs salaires. Cinquante ans plus tard, la justification a évolué. Plus personne ne parle de frais professionnels pour des retraités, mais le mécanisme est devenu un marqueur fiscal puissant, défendu de manière transpartisane par les associations de retraités.
En 2026, le dispositif s’applique automatiquement sur les pensions déclarées au printemps. L’administration fiscale retranche 10 % du total des pensions du foyer, avec un plancher de 454 euros par pensionné et un plafond de 4 439 euros par foyer fiscal. Selon la Cour des comptes, le coût annuel pour l’État atteint environ 4,5 milliards d’euros.

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Octobre 2025 : l’article 6 met le feu aux poudres
Le projet de loi de finances pour 2026, présenté à l’automne 2025, contient un article 6 lourd de conséquences. Le gouvernement propose de remplacer l’abattement proportionnel par un montant forfaitaire de 2 000 euros par retraité, plafonné. L’objectif est purement budgétaire : 1,2 milliard d’euros de recettes supplémentaires.
Très vite, les simulations montrent l’impact. Selon les estimations diffusées à l’automne, 39 % des foyers de retraités seraient perdants, contre seulement 12 % de gagnants (principalement les très petites pensions). Les associations de retraités, syndicats et plusieurs élus locaux montent au créneau.
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21 octobre 2025 : la Commission des finances dégaine
Premier coup d’arrêt en commission. Le 21 octobre 2025, la Commission des finances de l’Assemblée nationale supprime l’article 6 du projet de budget. Le rapporteur général reconnaît que la mesure passerait mal politiquement, dans un contexte de pouvoir d’achat des seniors déjà sous tension après les revalorisations modestes des pensions complémentaires.
13 novembre 2025 : vote en séance, large rejet
Le 13 novembre 2025, l’Assemblée nationale en séance publique confirme le verdict. Les députés rejettent la suppression de l’abattement à une majorité écrasante : 213 voix pour la suppression de l’article 6, 17 voix contre, 3 abstentions. Le vote est qualifié de transpartisan : la gauche, le centre et une large partie de la droite refusent la réforme.
Nuit du 29 au 30 novembre 2025 : tentative de compromis au Sénat
Le débat se déplace au Sénat. Le rapporteur général Jean-François Husson propose une voie médiane : conserver le principe des 10 %, mais abaisser le plafond pour cibler les pensions les plus élevées. La sénatrice Christine Lavarde fait adopter un amendement fixant un seuil intermédiaire à 3 000 euros de plafond, contre 4 439 euros actuellement.
Le texte sénatorial est adopté dans la nuit du 29 au 30 novembre 2025. Mais cette piste sera finalement abandonnée lors de la navette parlementaire, faute d’accord en commission mixte paritaire.

Février 2026 : la loi de finances promulguée, abattement maintenu
La loi de finances 2026 est promulguée en février 2026. L’abattement de 10 % est maintenu dans sa forme historique, simplement revalorisé de 0,9 % conformément au barème de l’impôt sur le revenu. Les seuils 2026 deviennent :
- Plancher minimum par pensionné : 454 euros
- Plafond maximum par foyer fiscal : 4 439 euros
- Taux : inchangé à 10 % du montant des pensions déclarées
Chronologie du sauvetage
| Date | Étape | Décision |
|---|---|---|
| 26 novembre 2024 | Sénat PLF 2025 | Premier débat sur le plafond, sans accord |
| Septembre 2025 | PLF 2026 | Article 6 propose un forfait de 2 000 euros |
| 21 octobre 2025 | Commission des finances AN | Suppression de l’article 6 en commission |
| 13 novembre 2025 | Vote en séance AN | Suppression confirmée (213 voix contre 17) |
| 29-30 novembre 2025 | Sénat | Amendement plafond 3 000 euros adopté |
| Janvier 2026 | Commission mixte paritaire | Compromis sénatorial abandonné |
| Février 2026 | Promulgation | Abattement maintenu à 10 %, plafond 4 439 euros |
Quel gain réel selon le revenu du foyer ?
Le gain d’impôt lié au maintien de l’abattement varie fortement selon le revenu du foyer et son taux marginal d’imposition. Plus le taux marginal est élevé, plus l’économie est importante. À l’inverse, pour un foyer non imposable, le gain réel est nul, car l’abattement ne crée pas un crédit d’impôt remboursable.
| Pension brute mensuelle | Pension annuelle | Abattement 10 % | Gain estimé (TMI 11 %) | Gain estimé (TMI 30 %) |
|---|---|---|---|---|
| 1 200 euros | 14 400 euros | 1 440 euros | 0 euro (non imposable) | Non concerné |
| 1 800 euros | 21 600 euros | 2 160 euros | 237 euros | Non concerné |
| 2 500 euros | 30 000 euros | 3 000 euros | 330 euros | 900 euros |
| 3 500 euros | 42 000 euros | 4 200 euros | 462 euros | 1 260 euros |
| 4 500 euros | 54 000 euros | 4 439 euros (plafonné) | 484 euros | 1 320 euros |
- Pour un foyer de retraités modeste imposé à la tranche à 11 %, le gain annuel se situe entre 200 et 400 euros environ.
- Pour un foyer aux revenus confortables imposé à 30 %, le gain peut dépasser 1 200 euros par an.
- Les très petites pensions n’enregistrent aucun gain réel, faute d’impôt à acquitter au départ.
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Pourquoi le dossier reviendra forcément sur la table
Le sauvetage de février 2026 ne ferme pas définitivement le débat. Trois raisons rendent le retour du sujet quasiment inévitable.
D’abord, la trajectoire budgétaire. Avec un déficit public au-dessus des seuils européens et un besoin de financement durable du système de retraite, l’abattement de 10 % reste l’une des dépenses fiscales les plus visibles. À 4,5 milliards d’euros annuels, il représente un gisement potentiel pour les prochains budgets.
Ensuite, la question d’équité. Les opposants à l’abattement actuel soulignent qu’il bénéficie davantage aux pensions élevées, en valeur absolue. Un retraité touchant 3 500 euros mensuels économise mécaniquement plus qu’un retraité à 1 500 euros, alors même que le besoin de soutien fiscal est moins criant.
Enfin, la pression européenne sur les recettes. Plusieurs rapports de Bruxelles invitent la France à élargir l’assiette fiscale plutôt qu’augmenter les taux. L’abattement de 10 % est un candidat naturel à une réforme partielle, par exemple par l’abaissement du plafond plutôt que par sa suppression.
Ce qu’il faut faire avant la déclaration 2026
Pour les retraités, la déclaration de revenus 2025 (déposée au printemps 2026) bénéficie pleinement de l’abattement. Quelques vérifications restent utiles. Le montant des pensions doit correspondre aux relevés annuels des caisses (régime général, Agirc-Arrco, fonction publique, etc.). En cas de pension de réversion perçue dans l’année, vérifier que son montant est bien intégré au foyer fiscal du bénéficiaire.
Pour les foyers proches du seuil d’imposition, l’abattement peut faire la différence entre imposable et non imposable, avec des conséquences en cascade sur la taxe d’habitation pour les résidences secondaires, sur les exonérations de CSG, ou sur l’éligibilité à certaines aides sociales soumises à condition de revenu fiscal de référence.
FAQ
L’abattement de 10 % est-il définitivement sauvé ?
Pour la déclaration 2026 (revenus 2025) et donc l’impôt payé en 2026, oui. La loi de finances promulguée en février 2026 confirme le maintien. Pour les exercices suivants, rien n’est garanti : le sujet peut revenir dans n’importe quel projet de loi de finances ultérieur.
Qui décide du plafond chaque année ?
Le plafond est fixé par la loi de finances annuelle. En 2026, il est de 4 439 euros par foyer fiscal. Il est revalorisé chaque année selon le même indice que le barème de l’impôt sur le revenu, soit 0,9 % au titre de 2026.
L’abattement s’applique-t-il aux pensions de réversion ?
Oui. La pension de réversion est traitée fiscalement comme une pension de retraite. Elle bénéficie donc de l’abattement de 10 %, intégrée à la base imposable du foyer fiscal du bénéficiaire.
Faut-il faire une démarche pour bénéficier de l’abattement ?
Non. L’abattement est appliqué automatiquement par l’administration fiscale au moment du calcul de l’impôt. Le contribuable n’a aucune case à cocher dans sa déclaration en ligne.
Le gouvernement peut-il revenir à la charge en 2027 ?
Politiquement, oui. Techniquement, il faudrait un nouveau projet de loi de finances. Le débat resterait alors entre suppression, plafonnement plus strict (piste sénatoriale du seuil à 3 000 euros) ou maintien à l’identique. Les associations de retraités appellent à une vigilance accrue lors du dépôt du prochain PLF à l’automne 2026.
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[1] Impôt
L’impôt est une somme d’argent que les citoyens et les entreprises paient régulièrement au gouvernement. Cet argent est utilisé pour financer des services publics comme les écoles, les routes, et…
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