Face au coût d’un EHPAD français, qui tourne autour de 2 600 euros mensuels en moyenne en 2026 et dépasse 4 000 euros à Paris, l’option d’une maison de retraite à l’étranger revient régulièrement dans les conversations familiales. Espagne, Tunisie, Thaïlande : trois destinations souvent citées, avec des promesses de soleil, de service hôtelier et de tarifs allégés. Mais derrière les brochures et les vidéos YouTube, les vrais chiffres et les vraies contraintes méritent un examen lucide. Voici ce qu’il faut savoir avant d’envisager un départ.

Trouver un EHPAD

Pourquoi l’idée séduit en 2026

Trois facteurs poussent les familles à regarder ailleurs : 

  • Le reste à charge en EHPAD français reste élevé, souvent supérieur à 2 000 euros par mois une fois déduites l’APA et les aides au logement, ce qui dépasse la pension moyenne. 
  • La liste d’attente dans certains départements peut atteindre plusieurs mois, voire un an pour les EHPAD[1] habilités à l’aide sociale. 
  • La qualité de l’accueil est devenue un sujet sensible depuis les enquêtes sur certains groupes privés français.

Les destinations étrangères mettent en avant des tarifs inférieurs, un climat plus clément, et parfois un personnel proportionnellement plus nombreux. La promesse est attirante. Reste à confronter ces arguments à la réalité administrative, sanitaire et humaine.

senior cherchant un EHPAD en espagne pour sa retraite

Espagne : la proximité européenne

L’Espagne est l’option la plus proche, géographiquement et juridiquement. Aucune barrière de langue insurmontable pour beaucoup de familles, des vols directs et économiques, et surtout une couverture santé européenne pour les retraités français qui s’installent durablement.

Côté tarifs, le marché privé espagnol affiche une moyenne nationale autour de 2 000 euros par mois en 2025, avec une hausse de 3,77 % par rapport à 2024 selon le rapport Inforesidencias. Les écarts régionaux sont importants : 4 000 euros mensuels au Gipuzkoa (Pays Basque) contre 1 320 euros à Ávila, en Castille-León. La Communauté de Madrid, la Catalogne et le Pays Basque sont en haut de la fourchette, l’Estrémadure et certaines provinces rurales en bas.

Les résidences publiques ou conventionnées sont plus abordables (700 à 1 200 euros par mois selon les revenus du résident), mais l’accès est conditionné à des critères d’évaluation par les services sociaux espagnols, et les places restent rares pour un étranger fraîchement installé.

Tunisie : l’option francophone

La Tunisie a vu se développer ces dernières années une offre dédiée aux retraités français, sur la côte de Tunis, à Hammamet, Sousse ou Djerba. La langue française est largement parlée, le décalage horaire est nul ou très faible selon la saison, les vols sont fréquents et la convention bilatérale de sécurité sociale France-Tunisie de 2003 organise une coordination entre les deux régimes.

Les tarifs annoncés varient sensiblement selon le standing. Une résidence services seniors démarre autour de 1 500 à 2 200 euros par mois pour une personne seule. Une maison de retraite médicalisée de gamme moyenne se situe plutôt entre 1 500 et 3 000 euros mensuels. Les établissements haut de gamme dits cinq étoiles affichent des tarifs de 2 500 à 4 000 euros par mois, parfois davantage pour des suites avec accompagnement renforcé.

Avantage clé : la convention bilatérale prévoit que la France peut couvrir les soins de santé des retraités français installés en Tunisie, sous conditions. Cela limite le risque financier en cas d’hospitalisation, à condition d’avoir formalisé son inscription auprès de la Caisse nationale d’assurance maladie tunisienne via le formulaire dédié.

LIRE AUSSI : L’accueil en maison de retraite en Tunisie : une bonne place au soleil ?

Thaïlande : l’éloignement assumé

La Thaïlande attire pour son coût de la vie, son climat tropical et l’image d’une vie quotidienne plus douce. Bangkok, Phuket, Pattaya, Hua Hin, Koh Samui : la communauté française expatriée y est déjà installée. Mais les contraintes administratives sont autrement plus lourdes.

Le visa retraite (Non-Immigrant O-A pour un an renouvelable ou le visa O-X pour un long séjour pouvant aller jusqu’à cinq ou dix ans selon les profils) impose des conditions financières précises qui varient selon le type et peuvent évoluer régulièrement. 

Par ailleurs, une assurance santé est exigée pour certains visas, notamment le O-A et le O-X. Ses conditions (plafonds de remboursement, couverture minimale, acceptation des assureurs) sont régulièrement révisées par l’administration thaïlandaise, ce qui impose de vérifier les règles en vigueur au moment de la demande.

Côté résidence, l’offre proprement médicalisée pour seniors étrangers reste limitée et concentrée dans quelques pôles. Les tarifs varient énormément selon le niveau de service. Pour une vie autonome en location individuelle, un budget mensuel de 1 500 à 2 500 euros tout compris est cité régulièrement par les retraités installés. Pour une prise en charge avec soins, infirmière à temps plein, repas et services hôteliers, les fourchettes annoncées par les établissements oscillent entre 2 000 et 4 000 euros mensuels.

Point critique : il n’existe pas de convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et la Thaïlande. Les soins médicaux ne sont donc pas pris en charge par l’Assurance maladie française. Une assurance santé internationale privée devient indispensable, avec un coût qui grimpe sensiblement après 70 ou 75 ans.

seniors dans un EHPAD en tunisie

LIRE AUSSI : Voici les 4 meilleurs pays pour profiter pleinement de sa retraite

Tableau comparatif des trois destinations

CritèreEspagneTunisieThaïlande 
Tarif mensuel résidence privée moyenne2 000 à 2 200 euros (haut de gamme jusqu’à 4 000 euros)1 500 à 3 000 euros (haut de gamme jusqu’à 4 000 euros)2 000 à 4 000 euros pour une structure médicalisée
Statut administratifÉtat membre UE, libre circulationVisa long séjour, carte de résident sous conditionsVisa retraite Non-Immigrant O-A ou O-X, conditions financières strictes
Couverture santéCarte européenne d’assurance maladie puis transfert vers le système espagnol (carte SIP), prise en charge française possible pour les retraitésConvention bilatérale France-Tunisie de 2003, soins pris en charge sous conditionsAucune convention bilatérale, assurance santé internationale obligatoire
Versement de la pension CNAVSans restriction, virement bancaire en euros ou en devisesSans restriction, virement bancaireSans restriction, virement bancaire
Agirc-ArrcoVersée sans restrictionVersée sans restrictionVersée sans restriction
Distance et fréquence des vols vers la France2 heures, vols quotidiens2 à 3 heures, vols quotidiens11 à 12 heures de vol, vols quotidiens depuis Paris
Langue d’usageEspagnol, anglais parfois, français rareFrançais très répandu, arabeThaï, anglais dans le tourisme, français rare

Retraite et transférabilité : ce qui suit, ce qui reste

La pension de base versée par la CNAV ainsi que la retraite complémentaire Agirc-Arrco se versent sans difficulté à l’étranger, sur un compte bancaire local ou français. Un certificat de vie doit être adressé chaque année aux caisses de retraite, désormais largement dématérialisé via le portail info-retraite.fr.

Attention en revanche : la retraite complémentaire Agirc-Arrco n’a pas d’équivalent à l’étranger et n’entre dans aucune convention bilatérale. Les périodes éventuellement travaillées dans le pays d’accueil (peu probable à la retraite, mais à signaler si activité partielle) ne donneront pas lieu à des points Agirc-Arrco supplémentaires.

Côté fiscalité, les conventions bilatérales fiscales définissent dans quel pays la pension est imposée. 

  • Pour l’Espagne et la Tunisie, la pension publique française reste imposable en France ; les retraites du privé sont imposables dans le pays de résidence. 
  • Pour la Thaïlande, des modifications fiscales récentes ont durci la fiscalité des résidents étrangers sur les revenus rapatriés, un point à clarifier avec un conseiller fiscal avant tout départ définitif.

Couverture santé : le critère qui peut tout faire basculer

C’est probablement le sujet le plus décisif :

  • En Espagne, la prise en charge française des soins continue pour le retraité, via le formulaire S1 ou son équivalent, et les soins urgents sont couverts par la carte européenne d’assurance maladie. Le système de santé espagnol est de bon niveau, l’accès aux soins est bon dans les grandes villes.
  • En Tunisie, la convention bilatérale organise une prise en charge française des soins, mais le système de santé tunisien dépend très fortement de l’établissement choisi. Les cliniques privées de Tunis et de la côte affichent des standards proches du secteur privé français, à des tarifs nettement inférieurs ; les hôpitaux publics présentent des disparités importantes.
  • En Thaïlande, le système privé est techniquement excellent dans les grandes villes (Bangkok, Chiang Mai, Phuket disposent d’hôpitaux internationaux réputés). Il est aussi entièrement à la charge du patient ou de son assurance. Sans assurance internationale solide, le moindre épisode lourd (chirurgie, AVC[2], soins palliatifs) peut représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Les risques qu’on minimise au début

Trois angles morts reviennent dans les retours d’expérience :

  • L’isolement familial. En Espagne ou en Tunisie, les enfants peuvent venir un week-end ou pour les vacances scolaires. En Thaïlande, la distance, le décalage horaire et le coût des billets espacent fortement les visites. Le sentiment d’éloignement s’accentue avec l’âge et la perte d’autonomie.
  • La qualité réelle de l’établissement. Les standards d’autorisation et de contrôle varient fortement d’un pays à l’autre. Une visite préalable sur place, l’échange avec des résidents déjà installés, la vérification des autorisations administratives locales sont indispensables. Le label « 5 étoiles » n’a aucune valeur juridique.
  • Le retour en France. Si l’état de santé impose un rapatriement, la procédure peut s’avérer complexe et coûteuse selon le pays. L’inscription dans un EHPAD français demande des délais, et l’absence de domicile fiscal récent en France peut compliquer l’accès à certaines aides.

En pratique avant de décider

Quelques étapes incontournables : 

  • se faire chiffrer le tarif réel par l’établissement choisi, en français et par écrit, avec la liste exacte des prestations comprises ; 
  • vérifier la convention bilatérale santé applicable et faire les démarches auprès de l’Assurance maladie française avant le départ ; 
  • consulter un conseiller fiscal pour anticiper la situation après installation ; 
  • visiter l’établissement plusieurs fois, à des moments différents ; 
  • conserver une adresse postale en France pour les démarches administratives en cours.

Questions fréquentes

La pension française est-elle versée intégralement à l’étranger ?

Oui, la pension de base de la CNAV et la retraite complémentaire Agirc-Arrco sont versées sans réduction à un retraité installé à l’étranger. Un certificat de vie annuel doit être fourni aux caisses, en général par voie dématérialisée.

Peut-on cumuler APA et résidence à l’étranger ?

Non. L’allocation personnalisée d’autonomie (APA) est versée uniquement aux personnes résidant en France, qu’elles soient à domicile ou en EHPAD. Le départ définitif à l’étranger met fin au versement.

Faut-il garder un domicile en France ?

Conserver une adresse de référence en France n’est pas obligatoire, mais beaucoup de retraités installés à l’étranger gardent un point d’attache (chez un enfant, dans un logement loué) pour simplifier les démarches administratives, la fiscalité et un éventuel retour. La domiciliation fiscale doit toutefois correspondre à la réalité de la résidence principale.

Que se passe-t-il si l’état de santé se dégrade gravement ?

Le retraité peut être rapatrié en France, à condition d’organiser le transport (souvent via une assurance rapatriement) et de trouver une place dans un établissement médicalisé. Le retour ne rouvre pas automatiquement les droits APA, qui demandent un nouveau dossier auprès du département du nouveau domicile.

Les soins reçus à l’étranger sont-ils remboursés par la complémentaire santé française ?

Cela dépend du contrat. Les contrats classiques couvrent en général les soins inopinés à l’étranger pendant un séjour, mais pas une installation durable. Pour les retraités installés à l’étranger sans convention bilatérale (Thaïlande notamment), une assurance santé internationale dédiée est généralement indispensable.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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