Le compte rendu d’IRM cérébrale de votre père ou de votre mère mentionne une « atrophie hippocampique cotée selon l’échelle de Scheltens », avec un score visuel compris entre 0 et 4. La famille découvre souvent ces termes au moment le plus angoissant du parcours diagnostique, parfois dans une enveloppe remise sans explication à la sortie du cabinet de radiologie. Voici ce que recouvre cette échelle, ce qu’elle suggère, et surtout ce qu’elle ne dit pas. Un score Scheltens, à lui seul, n’est jamais un diagnostic.
Qu’est-ce que l’hippocampe et pourquoi l’observe-t-on en IRM
L’hippocampe est une petite structure en forme de cheval de mer, située dans la profondeur du lobe temporal, à droite et à gauche du cerveau. Il joue un rôle central dans la mémoire des faits récents : c’est lui qui consolide ce que votre parent a fait ce matin, où il a posé ses clés, le prénom de la nouvelle aide à domicile.
Lorsque l’hippocampe perd du volume, on parle d’atrophie hippocampique. Cette atrophie peut être observée par une IRM cérébrale, examen d’imagerie sans rayons X qui produit des coupes très fines du cerveau.
En 1992, le neuroradiologue néerlandais Philip Scheltens a proposé une cotation visuelle simple pour quantifier cette atrophie sur les coupes coronales d’IRM. Cette échelle, appelée aussi MTA score pour Medial Temporal lobe Atrophy, va de 0 à 4. Le radiologue regarde trois éléments : la largeur de la fissure choroïdienne, la taille de la corne temporale du ventricule latéral, et la hauteur de la formation hippocampique elle-même.

Les cinq grades de l’échelle de Scheltens
Le tableau suivant résume la cotation visuelle, dans une formulation simplifiée pour les proches. Il ne remplace en aucune façon la lecture du compte rendu par un neurologue ou un gériatre.
| Score | Description de l’image IRM | Lecture courante |
|---|---|---|
| Score 0 | Aucune atrophie. Hippocampe de volume normal, fissure choroïdienne fine, corne temporale étroite. | Image typique d’un cerveau jeune ou d’un sujet âgé sans atteinte mémoire. |
| Score 1 | Discrète fente au niveau de la fissure choroïdienne. Volume hippocampique conservé. | Peut être observé dans le vieillissement normal, surtout après 75 ans. |
| Score 2 | Atrophie modérée. Élargissement plus net de la fissure choroïdienne et de la corne temporale, hippocampe légèrement aminci. | Compatible avec un vieillissement avancé, mais aussi rencontré dans les premiers stades de la maladie d’Alzheimer. |
| Score 3 | Atrophie marquée. Réduction visible de la hauteur de l’hippocampe. | Forte présomption en faveur d’une maladie neurodégénérative, surtout avant 75 ans. |
| Score 4 | Atrophie sévère. La structure hippocampique est très réduite, parfois presque effacée. | Très évocateur d’une maladie d’Alzheimer[1] évoluée, mais d’autres causes restent possibles. |
Pour interpréter un score, l’âge de la personne compte énormément. Un score 2 chez un patient de 60 ans n’a pas la même valeur qu’un score 2 chez une personne de 88 ans. C’est ce que les neurologues appellent l’ajustement à l’âge.
Ce qu’un score Scheltens ne dit pas
C’est ici que beaucoup de familles se trompent. Un score 3 ou 4 ne signifie pas automatiquement que votre parent a la maladie d’Alzheimer. Et un score 0 ou 1 ne garantit pas qu’il n’a aucun trouble cognitif débutant. L’échelle de Scheltens est un indice, pas un verdict.
Plusieurs raisons expliquent cette prudence :
- l’atrophie hippocampique peut être causée par d’autres pathologies que la maladie d’Alzheimer : démence à corps de Lewy, démence fronto-temporale dans certaines variantes, séquelles d’épilepsie temporale, anciennes encéphalites, traumatismes crâniens, alcoolisme chronique, hypoxie cérébrale ;
- certaines maladies d’Alzheimer débutent par une atteinte d’autres régions du cerveau, sans atrophie hippocampique nette au début ;
- la cotation visuelle dépend du radiologue qui la réalise, avec une variabilité d’un examinateur à l’autre.
Les recommandations françaises pour le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, mises à jour en mars 2025 par les centres mémoire, rappellent qu’aucun examen pris isolément ne suffit. Le diagnostic repose toujours sur un faisceau d’arguments.

Avec quoi le neurologue croise-t-il l’IRM
Pour poser un diagnostic, le médecin spécialiste combine plusieurs sources d’information. L’IRM cérébrale, et donc le score de Scheltens, n’est qu’un élément parmi d’autres.
- L’examen clinique et l’interrogatoire de l’entourage, pour préciser l’ancienneté et la nature des troubles (mémoire, langage, orientation, comportement).
- Les tests neuropsychologiques, comme le MMSE, le MoCA, ou un bilan plus approfondi en consultation mémoire, qui mesurent objectivement les fonctions cognitives.
- Les biomarqueurs du liquide céphalorachidien, dosés par ponction lombaire dans certains cas : protéine tau totale, tau phosphorylée, peptide amyloïde Abêta 42 et ratio Abêta 42/40. Une signature biologique peut confirmer ou écarter une maladie d’Alzheimer avec une bonne fiabilité.
- L’imagerie métabolique par TEP, parfois utilisée pour visualiser les dépôts amyloïdes ou les anomalies du métabolisme du glucose dans le cortex.
- Le bilan biologique sanguin, pour éliminer les causes traitables de troubles cognitifs : carence en vitamine B12, hypothyroïdie, hyponatrémie, syphilis, VIH.
Les biomarqueurs sanguins p-tau217 et p-tau181 commencent à apparaître dans la pratique clinique en 2026, avec des recommandations internationales publiées en 2025 par l’Alzheimer’s Association. Ils ne remplacent pas encore complètement la ponction lombaire mais peuvent l’éviter chez certains patients.
Que faire avec un compte rendu d’IRM en main
Première règle, ne jamais interpréter seul un compte rendu d’imagerie. Les termes employés par le radiologue (atrophie marquée, élargissement ventriculaire, leucopathie modérée) sont techniques et n’ont de sens que rapportés à la clinique de votre parent. Un score Scheltens 3 chez une personne de 82 ans qui se débrouille seule à la maison, fait ses courses et joue au bridge avec ses amies n’a pas le même poids qu’un score 3 chez quelqu’un qui ne reconnaît plus son conjoint.
Deuxième règle, demander une consultation mémoire ou une consultation de neurologie spécialisée. En France, il existe environ 500 consultations mémoire labellisées et 28 centres mémoire de ressources et de recherche, accessibles avec une prescription du médecin traitant. Le délai est variable, de quelques semaines à plusieurs mois selon les régions.
Troisième règle, apporter tous les documents lors de la consultation : compte rendu d’IRM, CD de l’examen pour relecture, ordonnances en cours, bilan sanguin récent, et surtout un récit chronologique des troubles rédigé par un proche. C’est souvent l’entourage qui décrit le mieux la maladie débutante.
Si le diagnostic se précise
Lorsque l’ensemble du bilan oriente vers une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée, plusieurs questions pratiques se posent rapidement pour la famille : information du patient et des proches, mise en place d’une aide à domicile, dossier APA pour l’allocation personnalisée d’autonomie, démarches éventuelles auprès de la MDPH, mesure de protection juridique (habilitation familiale, curatelle[2], tutelle[3]) si nécessaire. Le médecin traitant, le neurologue ou le gériatre orientent vers une assistante sociale ou une plateforme d’accompagnement des aidants.
La maladie d’Alzheimer n’est pas une fatalité immédiate. Les traitements actuels ne guérissent pas la maladie mais peuvent ralentir l’évolution, traiter les troubles associés (anxiété, dépression[4], troubles du sommeil), et surtout accompagner la perte progressive d’autonomie. De nouvelles molécules anti-amyloïdes sont en cours d’évaluation en Europe en 2026.
FAQ
Le score Scheltens peut-il s’aggraver d’une IRM à l’autre ?
Oui, dans le cadre d’une maladie neurodégénérative évolutive, l’atrophie peut progresser, en général lentement sur plusieurs années. Les IRM de suivi sont parfois demandées pour comparer, mais ce n’est pas systématique.
Mon parent a un score 1 à 80 ans, dois-je m’inquiéter ?
Un score 1 à cet âge est très fréquent et souvent compatible avec un vieillissement normal. Ce qui compte, c’est l’existence ou non de plaintes mémoire ou de modifications du comportement signalées par l’entourage.
L’IRM est-elle douloureuse ou dangereuse pour une personne âgée ?
L’IRM est indolore et n’expose pas aux rayons X. Elle peut être anxiogène (bruit, espace confiné). Une légère sédation est possible si nécessaire. Les contre-indications principales sont les pacemakers anciens et certains implants métalliques, à signaler au radiologue.
Faut-il refaire une IRM tous les ans ?
Non. Le suivi d’un trouble cognitif est avant tout clinique et neuropsychologique. L’IRM est répétée seulement si la situation clinique change ou si le médecin a besoin de comparer l’évolution.
Peut-on demander une seconde lecture du compte rendu ?
Oui. Vous pouvez demander au neurologue ou à la consultation mémoire de relire les images sur le CD remis par le centre d’imagerie. Une seconde lecture est parfois utile en cas de doute diagnostique.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. Toute interprétation d’une IRM cérébrale et toute orientation diagnostique relèvent d’un neurologue, d’un gériatre ou d’un médecin de consultation mémoire.
✅ Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.
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[1] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
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[2] Curatelle
La curatelle est une mesure qui aide une personne vulnérable à gérer ses affaires, tout en lui permettant de garder une certaine indépendance.
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[3] Tutelle
La tutelle est un mesure de protection judiciaire où une personne est désignée pour prendre soin des affaires personnelles et financières d’une personne qui ne peut plus le faire elle-même…
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[4] Dépression
La dépression est un état de tristesse profonde et prolongée, où une personne perd l’intérêt pour les activités et se sent épuisée, qui est très fréquent chez les seniors.
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