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    Le placement en maison de retraite est une démarche qui peut bouleverser la personne âgée et ses proches. Reconnaître la perte d’autonomie et le besoin de prise en charge est difficile en soi. À cela peuvent s’ajouter des désaccords entre les différents membres de la famille. Les points d’achoppement ne manquent pas : bien-fondé de l’entrée en établissement, choix de la maison de retraite ou encore financement du séjour… Une conversation sincère, les conseils de professionnels du secteur ou encore l’aide d’un médiateur familial peuvent alors aider à y voir plus clair au moment de prendre ces décisions ensemble.

    Pourquoi le placement en maison de retraite peut-il susciter des désaccords dans la famille ?

    Le placement en maison de retraite crée souvent des désaccords familiaux. Bien plus qu’une décision pratique concernant un changement de lieu de vie, l’entrée en EHPAD est un processus chargé émotionnellement. Reconnaissance de la perte d’autonomie, réveil de vieilles rancunes ou d’anciens conflits, questions d’argent, opinions divergentes sur l’accompagnement du parent… Autant de points qui peuvent créer des tensions. 

    La peur de la perte d’autonomie

    La dépendance de la personne âgée renvoie ses enfants à leur propre crainte de vieillir et d’avoir besoin d’aide à leur tour. Cette peur peut entraîner un rejet du parent (Badey-Rodriguez, 2005) et parfois un déni de ses besoins.  

    L’épuisement, la culpabilité et le ressentiment 

    La décision du placement en EHPAD intervient parfois lorsque le maintien à domicile a atteint ses limites. Les proches aidants sont souvent déjà au bord de l’épuisement. Ils peuvent éprouver un sentiment de culpabilité face à leur « incapacité » à rendre à leur parent tout ce qu’il a fait pour eux. 

    Ce sentiment peut aussi se doubler d’un ressentiment à l’égard du senior et des autres membres de la famille moins présents. Cette ambivalence émotionnelle rend les discussions sur le placement particulièrement difficiles et propices aux malentendus.

    Aidante épuisée et proche discutant du placement en Ehpad avec leur mère âgée

    Le réveil de tensions anciennes 

    En vieillissant, le parent perd sa place de protecteur. Cette inversion des rôles est également susceptible de réactiver d’anciens conflits non réglés. Elle peut alimenter chez les enfants des désirs inconscients de « vengeance » ou, au contraire, des attitudes trop protectrices et infantilisantes.

    L’entrée en maison de retraite risque alors de réveiller des tensions familiales sous-jacentes ou des rivalités entre frères et sœurs. La jalousie et des colères enfouies contre le parent lui-même peuvent refaire surface. Le placement semble agir comme un catalyseur qui fait ressurgir des émotions intenses. 

    Des divergences d’opinions 

    Même dans une famille « unie », tout le monde n’a pas la même vision de la meilleure façon d’accompagner la personne âgée.

    Pour certains, le maintien à domicile doit être poursuivi à tout prix, en s’impliquant davantage ou en multipliant les aides externes. Cette opinion peut être liée au souhait de respecter le désir du parent ou une promesse qui lui a été faite. Elle peut aussi découler d’opinions négatives à l’encontre des établissements.  

    Pour les autres membres de la famille, la prise en charge en maison de retraite s’impose pour assurer la sécurité et le bien-être de leur parent. Face à une situation qu’ils jugent urgente, ils envisagent parfois une entrée en EHPAD sans le consentement de leur proche. Ils peuvent alors se heurter au refus du senior ou à l’opposition d’autres membres de la famille.

    Des désaccords sur l’organisation et le financement

    Même quand la nécessité du placement en EHPAD fait l’unanimité, des désaccords peuvent surgir autour du choix de l’établissement

    Qui s’occupera des démarches ? Faut-il chercher une maison de retraite dans la ville du parent ou opter pour un rapprochement avec l’un des enfants, et lequel ? Qui rendra visite au parent ? Comment répartir le coût du séjour ? 

    Le financement est souvent l’un des points les plus délicats. Le reste à charge, l’éventuelle participation des enfants au titre de l’obligation alimentaire, la vente du logement ou les questions d’héritage peuvent faire l’objet de divergences. Derrière ces désaccords financiers, il y a parfois aussi des émotions plus anciennes : reconnaissance envers un parent qui a beaucoup donné, sentiment d’injustice ou colère dans le cas inverse.

    LIRE AUSSI:  L’accueil en maison de retraite

    Comment gérer les désaccords familiaux autour de l’entrée en maison de retraite ?

    L’entrée en maison de retraite est déjà une étape difficile pour la personne âgée. Il est donc important de limiter autant que possible les désaccords familiaux afin de concentrer l’attention sur le soutien dont a besoin le senior pour faire face à cette transition. 

    Anticiper l’entrée en maison de retraite

    Idéalement, il est recommandé d’avoir une conversation avec votre parent autour de sa prise en charge future en cas de perte d’autonomie. 

    Personne n’a réellement envie d’évoquer une entrée en maison de retraite alors que tout semble aller parfaitement. La majorité des seniors désirent en effet vieillir chez eux le plus longtemps possible. Mais la perte d’autonomie est une possibilité à ne pas ignorer pour y faire face plus facilement si elle devait survenir.  

    Il est donc judicieux d’avoir une discussion familiale, au cours de laquelle la personne âgée peut exprimer ses souhaits et inquiétudes. Chaque proche peut alors exposer ses capacités de soutien et ses limites. Le but : mieux définir ensemble les situations dans lesquelles le placement pourrait devenir la meilleure solution et le rôle de chacun dans le processus.

    Évaluer la situation à l’aide de professionnels 

    Qu’une conversation ait eu lieu en amont ou non, il peut rester des désaccords sur le moment où un placement en EHPAD s’impose réellement. 

    Si la perte d’autonomie s’installe petit à petit, vous avez probablement déjà organisé le maintien à domicile de diverses manières. Aménagement du logement, services d’aide à la personne, accueil de jour et autres solutions sont déjà en place. Un proche aidant assiste la personne âgée quotidiennement… 

    Il est parfois difficile de déterminer soi-même jusqu’où on peut vraiment maintenir une personne âgée à domicile. Résultat : les opinions sur la question peuvent diverger. 

    Un avis professionnel s’avère alors utile :

    • les auxiliaires de vie intervenant au domicile peuvent témoigner des difficultés qu’elles observent au quotidien, de l’évolution de la situation du senior ou de l’épuisement de l’aidant ;
    • le médecin traitant apporte un regard professionnel neutre sur l’état de santé et les besoins du senior ;
    • l’équipe médico-sociale du département a pour rôle d’évaluer le niveau de dépendance (GIR) de la personne âgée, dans le cadre d’une demande d’APA. Elle prépare un plan d’aide personnalisé à domicile, mais peut aussi indiquer quand les solutions proposées deviennent insuffisantes et le placement en EHPAD plus adapté ;
    • l’assistante sociale de l’hôpital peut accompagner les proches lorsque l’entrée en EHPAD est envisagée après une hospitalisation ou lorsque le retour à domicile paraît difficile.

    Communiquer en gardant à l’esprit le bien-être du senior

    Une réunion de famille est souvent nécessaire pour évoquer les besoins du parent et mettre les différentes opinions sur la table

    Lorsqu’une discussion tourne à la dispute, il est facile de perdre de vue l’essentiel : le bien-être du parent âgé. Aussi difficile que cela puisse être, les proches doivent parfois mettre leurs différends de côté pour trouver une solution dans son intérêt. 

    • Concentrez-vous avant tout sur les éléments sur lesquels tout le monde s’accorde. Une base commune facilite les échanges.
    • Partez de la situation réelle : état de santé actuel, sécurité à domicile, fatigue de l’aidant, aides déjà mises en place et limites constatées.
    • Impliquez la personne âgée dans la discussion. Même si elle présente des troubles cognitifs, il est important de lui expliquer la situation aussi simplement que possible.
    • Laissez chacun exprimer ce qu’il peut réellement prendre en charge, qu’il s’agisse des démarches d’admission, des visites, du suivi du parent ou des aspects financiers.
    • Veillez à distinguer les inquiétudes concrètes des tensions plus anciennes. Certaines réactions vives ne portent pas seulement sur l’entrée en maison de retraite, mais aussi sur l’histoire familiale.
    • Prévoyez plusieurs échanges si nécessaire. Une décision aussi sensible se prend rarement sereinement en une seule discussion.
    • Abordez clairement la question du financement : coût prévisible du séjour, aides mobilisables, ressources du parent âgé et participation possible de chaque proche. Faire le point sur ces éléments permet d’éviter que les inquiétudes financières ne se transforment en accusations. 
    LIRE AUSSI:  La présence indispensable des proches
    Personne âgée et ses enfants en séance de médiation familiale pour gérer les désaccords familiaux autour du placement en EHPAD

    Recourir à la médiation familiale en cas de blocage

    Si vous ne parvenez pas à résoudre les conflits, il peut être bénéfique de recourir à la médiation familiale lors du placement en EHPAD

    Un tiers neutre, le médiateur familial, peut vous guider dans vos discussions autour de l’accompagnement de la personne âgée. Il est formé pour faciliter la communication et l’écoute, en désamorçant les tensions et en réduisant les échanges conflictuels entre les proches. 

    Les avantages de la médiation familiale 

    La médiation familiale permet notamment de :

    • recentrer les décisions sur les besoins du parent âgé, plutôt que sur les reproches ou les conflits anciens ;
    • apaiser les échanges, en évitant que les discussions ne tournent à l’affrontement ;
    • gagner du temps, lorsque l’état de santé du senior impose de trouver rapidement une solution adaptée ;
    • clarifier la place de chacun, notamment pour les démarches, les visites, le suivi du parent ou le financement du séjour ;
    • préserver les relations familiales, en évitant que le parent âgé se retrouve pris entre plusieurs positions opposées ;
    • limiter le recours à une solution judiciaire, lorsque le désaccord porte sur l’organisation de la prise en charge, l’obligation alimentaire ou une éventuelle mesure de protection juridique.

    Comment trouver un médiateur familial?

    Plusieurs organismes proposent des services de médiation familiale : 

    • un service spécifique de médiation pour aidants et aidés, proposé par le réseau Unaf/Udaf dans de nombreux départements français. Pour en connaître les coordonnées, consultez notamment l’annuaire du site dédié Médiation pour aidants et aidés ;
    • votre CAF ;
    • des associations réunies au sein de la Fenamef (Fédération Nationale de la Médiation et des Espaces familiaux).  

    Bon à savoir : les tarifs des services soutenus par la CAF font l’objet d’un barème national, avec une participation selon les revenus du bénéficiaire (de 2 € à 131 € la séance). En cabinet libéral, le prix varie de 50 € à 150 € de l’heure.

    Surmonter les désaccords lors du placement en EHPAD peut être particulièrement délicat. La dynamique familiale est souvent ébranlée par ce changement significatif. Une communication ouverte et le soutien de professionnels peuvent faciliter le processus et ainsi adoucir la transition pour la personne âgée. 

    Infographie sur les désaccords familiaux liés au placement en Ehpad : causes et solutions

    Questions fréquentes 

    Qui décide du placement en maison de retraite en cas de désaccord familial ? 

    En cas de désaccord familial, la décision doit rester centrée sur la volonté et l’intérêt de la personne âgée. Si celle-ci est en mesure d’exprimer un choix libre et éclairé, la famille ne peut pas décider à sa place. Les proches peuvent toutefois l’aider à évaluer les solutions et à organiser les démarches. Lorsque le senior n’est plus capable d’exprimer sa volonté, une mesure de protection juridique peut être nécessaire. Le représentant légal intervient alors selon les pouvoirs prévus.

    Que faire en cas de désaccord sur l’obligation alimentaire pour payer l’EHPAD ?

    Si les obligés alimentaires ne parviennent pas à s’entendre sur leur participation aux frais de séjour en EHPAD, ils peuvent recourir à la médiation familiale. En cas d’échec, le juge aux affaires familiales peut être saisi pour fixer la contribution de chacun. Cette démarche peut être engagée par le parent âgé, un obligé alimentaire ou le conseil départemental dans le cadre de l’ASH.

    Sources 

    Badey-Rodriguez, C. (2005). L’entrée en institution un bouleversement pour la dynamique familiale. Gérontologie et société28(112), 105-114.

    Code de l’action sociale et des familles. Articles L. 311-3, L. 311-4 et L. 311-5-1 (consentement à l’entrée en EHPAD).

    Code de procédure civile. Articles 1530 à 1541 (médiation familiale).

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    Avatar auteur, Yaël Ankri
    Yaël Ankri,Yaël, rédactrice chez Cap Retraite et ancienne auxiliaire de vie. Elle conçoit des contenus bienveillants dédiés à la santé et au quotidien des seniors.

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