Quand un parent âgé commence à oublier les prénoms de ses petits-enfants, à se perdre dans son quartier ou à confondre les jours, l’entourage emploie souvent le mot « sénilité ». Le médecin, lui, parlera plutôt de « démence » ou, de plus en plus, de « trouble neurocognitif majeur ». Derrière ces étiquettes, il y a des réalités médicales très différentes, et surtout des conséquences concrètes sur le choix d’un EHPAD[1]. Comprendre la distinction permet d’orienter le proche vers la bonne structure, au bon moment.

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Sénilité : un mot du passé, à éviter aujourd’hui

Le terme « sénilité » vient du latin « senilis » (qui appartient au vieillard). Il était utilisé au dix-neuvième siècle pour décrire l’ensemble des changements cognitifs observés chez les personnes de plus de 65 ans, considérés à l’époque comme normaux avec l’avancée en âge.

Aujourd’hui, ce mot a quasiment disparu du vocabulaire médical pour deux raisons : 

  • Il véhicule une connotation péjorative et stigmatisante. Dire d’une personne qu’elle est « sénile », c’est sous-entendre que ses troubles font partie du vieillissement inévitable, alors que ce n’est pas le cas. La démence n’est pas une conséquence normale du vieillissement : elle ne touche pas toutes les personnes âgées. Selon France Alzheimer[2], environ 1,4 million de Français vivent avec une maladie d’Alzheimer ou apparentée, ce qui reste une minorité des seniors.
  • Le terme est imprécis. Il ne distingue pas un simple ralentissement cognitif lié à l’âge (normal et sans gravité) d’une pathologie neurodégénérative grave qui nécessite une prise en charge médicale. Confondre les deux peut retarder le diagnostic de plusieurs mois, voire années.
senior atteinte d'un trouble neurocognitif majeur (TNM)

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Démence : un terme médical en cours d’évolution

« Démence » est le terme historique utilisé en médecine pour désigner un déclin cognitif progressif et durable, affectant la mémoire, le langage, le raisonnement ou le comportement, et retentissant sur l’autonomie. Mais ce mot pose lui aussi problème : dans le langage courant, il évoque la folie ou la perte de raison, ce qui blesse les familles et les patients.

C’est pourquoi la Haute Autorité de Santé (HAS) et les classifications internationales recommandent désormais de parler de « trouble neurocognitif majeur » (TNM), une expression issue du DSM-5 publié en 2013. Le TNM se définit par un déclin cognitif significatif dans un ou plusieurs domaines (mémoire, attention, langage, fonctions exécutives, perception, cognition sociale), avec un retentissement sur la vie quotidienne. Un point important : depuis le DSM-5, les troubles de la mémoire ne sont plus indispensables pour porter le diagnostic.

Les quatre principales causes de troubles neurocognitifs majeurs

Tous les TNM ne se ressemblent pas. Le diagnostic précis du type est essentiel car les traitements, les précautions et le choix de structure varient. Voici les quatre étiologies les plus fréquentes en France.

Type de TNMPart des casSignes typiquesÉvolution
Maladie d’Alzheimer60 à 70 %Troubles de la mémoire récente, désorientation dans le temps et l’espace, troubles du langageLente et progressive sur 8 à 12 ans
TNM vasculaire17 à 30 %Troubles du jugement et de la planification, ralentissement, antécédents d’AVC[3] ou de facteurs de risque cardiovasculaireÉvolution en marches d’escalier, par à-coups
TNM à corps de Lewy10 à 15 %Hallucinations visuelles précoces, fluctuations cognitives, troubles moteurs proches de ParkinsonPlus rapide, sensibilité aux neuroleptiques
TNM fronto-temporal5 à 10 %Changements de personnalité et de comportement, désinhibition, troubles du langageDébut souvent entre 45 et 65 ans

Cette distinction n’est pas théorique. Certains médicaments couramment prescrits aux personnes âgées agitées, comme les neuroleptiques, sont fortement contre-indiqués dans le TNM à corps de Lewy car ils provoquent des réactions graves. Un diagnostic erroné peut avoir des conséquences vitales.

Comment se pose le diagnostic ?

Le parcours diagnostique commence chez le médecin traitant, qui oriente vers une consultation mémoire en hôpital ou en Centre Mémoire de Ressources et de Recherche (CMRR). Plusieurs examens sont combinés.

  • Le MMSE (Mini-Mental State Examination), test de 30 questions qui dure 5 à 10 minutes. Un score entre 24 et 30 est rassurant, un score inférieur à 24 oriente vers un trouble cognitif. Attention : le MMSE seul ne suffit pas à poser un diagnostic.
  • Un examen clinique complet et un interrogatoire de la famille pour évaluer le retentissement quotidien.
  • Une prise de sang pour éliminer une cause réversible (carence en vitamine B12, dysthyroïdie, hyponatrémie).
  • Une IRM cérébrale pour visualiser une atrophie de l’hippocampe (évocatrice d’Alzheimer), des lésions vasculaires ou d’autres anomalies.
  • Un bilan neuropsychologique approfondi, parfois complété par une ponction lombaire ou un examen TEP selon les cas.

La HAS recommande un suivi d’au moins six mois avant de confirmer le diagnostic et d’instaurer un éventuel traitement.

ehpad accueillant des seniors diagnostiqués avec un démence

Pourquoi le diagnostic change le choix d’EHPAD

Une fois le diagnostic posé, la question de la structure se pose souvent : EHPAD classique, EHPAD avec unité protégée, UHR[4], accueil de jour, PASA ? Le bon choix dépend du type de TNM, du stade de la maladie et surtout des troubles du comportement associés.

StructureProfil concernéCaractéristiques
EHPAD classiquePersonne en perte d’autonomie, sans trouble cognitif sévère ni risque de fugueHébergement permanent, soins quotidiens, animations collectives
Unité protégée (UVP ou unité Alzheimer)Personne avec TNM modéré à sévère, risque de déambulation, désorientation importanteUnité fermée et sécurisée, personnel formé, espaces adaptés, généralement 12 à 14 résidents
UHR (Unité d’Hébergement Renforcée)Personne avec troubles du comportement sévères (agressivité, agitation, opposition)Hébergement temporaire, encadrement intensif, équipe pluridisciplinaire renforcée
PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés)Résident d’EHPAD avec troubles modérés capable de participer à des activitésEspace de jour au sein de l’EHPAD, ateliers thérapeutiques, retour en chambre le soir
Accueil de jourPersonne vivant à domicile avec TNM débutant à modéréQuelques jours par semaine, soulagement des aidants, maintien du lien social

L’orientation se décide en concertation entre le médecin coordonnateur de l’EHPAD, le neurologue ou gériatre référent, la famille et la personne quand c’est possible.

Le rôle de la grille AGGIR et du GIR 2

Pour entrer en EHPAD et bénéficier de l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie), la personne est évaluée avec la grille AGGIR[5]. Cette grille classe l’autonomie en six niveaux, du GIR[6] 1 (dépendance[7] totale) au GIR 6 (autonome).

Beaucoup de personnes avec un TNM avancé se retrouvent classées en GIR 2. Ce niveau correspond à deux profils différents : soit une personne grabataire avec fonctions mentales conservées, soit une personne qui se déplace encore mais dont les fonctions cognitives sont fortement dégradées, avec un risque de mise en danger. Le second cas est typique des TNM avancés et oriente vers une unité protégée plutôt qu’un EHPAD classique.

Questions fréquentes

Peut-on encore dire qu’une personne est « sénile » ?

Le terme est désuet, imprécis et perçu comme dévalorisant. Les professionnels parlent de troubles neurocognitifs majeurs ou nomment la pathologie précise (maladie d’Alzheimer, TNM vasculaire, etc.). Dans le langage familial, mieux vaut éviter « sénile » et préférer « ma mère est atteinte d’une maladie d’Alzheimer » ou « il a des troubles cognitifs ».

Les pertes de mémoire liées à l’âge sont-elles forcément le signe d’une démence ?

Non. Avec l’âge, il est normal de mettre plus de temps à retrouver un mot ou un prénom. Ce qui doit alerter, c’est la répétition des oublis, la désorientation dans des lieux connus, les difficultés à effectuer des tâches habituelles ou les changements de comportement. Dans le doute, une consultation chez le médecin traitant permet d’orienter vers un bilan mémoire.

Un EHPAD classique peut-il accueillir une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ?

Oui, au stade débutant ou modéré, surtout si la personne ne présente pas de risque de fugue ni de troubles du comportement marqués. Quand la maladie progresse, un transfert vers une unité protégée du même établissement est souvent proposé. Certains EHPAD disposent à la fois d’un secteur classique et d’une unité protégée pour faciliter cette transition.

Quelle différence entre une unité protégée et une UHR ?

L’unité protégée (parfois appelée unité Alzheimer ou UVP) est un hébergement permanent et sécurisé pour les personnes désorientées avec risque de déambulation. L’UHR (Unité d’Hébergement Renforcée) est un hébergement temporaire destiné à des profils plus complexes avec troubles du comportement sévères : agitation marquée, agressivité, opposition aux soins. Une fois la situation stabilisée, la personne peut rejoindre une unité protégée classique.

Le diagnostic de TNM est-il toujours définitif ?

Pas systématiquement. Certaines causes de troubles cognitifs sont réversibles : carence en vitamine B12, dépression[8] sévère, hypothyroïdie, prise de certains médicaments, hématome cérébral. C’est pourquoi le bilan diagnostique inclut toujours une recherche de causes traitables avant de conclure à un TNM. Un suivi d’au moins six mois est recommandé par la HAS pour confirmer la progression et le type exact.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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