Alors que l’inflation continue de peser sur le pouvoir d’achat des Français, une nouvelle étude vient éclairer les pratiques financières d’une catégorie de population souvent considérée comme privilégiée : les seniors. Combien les retraités parviennent-ils réellement à économiser chaque mois ? Les résultats de cette enquête apportent des réponses concrètes et nuancées.
Un effort d’épargne qui varie considérablement selon les profils
Contrairement aux idées reçues, tous les seniors ne roulent pas sur l’or. L’étude met en lumière des disparités importantes au sein de cette tranche d’âge. Si certains retraités disposent de revenus confortables leur permettant de constituer une épargne significative, d’autres peinent à joindre les deux bouts une fois leurs charges fixes réglées.
Les données collectées révèlent que le montant moyen épargné par les plus de 60 ans oscille de manière significative. Cette moyenne masque toutefois des réalités très différentes selon le niveau de pension perçu, la situation familiale et le patrimoine déjà constitué au cours de la vie active.

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Les motivations qui poussent les seniors à épargner
Pourquoi les retraités continuent-ils à mettre de l’argent de côté alors qu’ils ne sont plus en activité professionnelle ? Plusieurs raisons expliquent ce comportement financier qui pourrait sembler paradoxal à première vue.
Préparer la transmission du patrimoine et soutenir les proches
La première motivation concerne la transmission patrimoniale. Nombreux sont les seniors qui souhaitent laisser un héritage à leurs enfants et petits-enfants. Dans un contexte économique tendu où les jeunes générations peinent à accéder à la propriété, cette préoccupation prend une dimension particulière.
Anticiper les dépenses de santé et le coût de la dépendance
La crainte de dépenses de santé imprévues constitue également un moteur puissant de l’épargne chez les personnes âgées. Avec l’avancée en âge, les risques de problèmes médicaux augmentent, et le reste à charge peut rapidement devenir conséquent malgré la couverture de l’Assurance maladie et des complémentaires santé.
Enfin, l’éventualité d’une entrée en établissement spécialisé ou le recours à une aide à domicile représente une source d’inquiétude majeure. Les tarifs pratiqués dans les EHPAD[1] et le coût des auxiliaires de vie incitent de nombreux retraités à constituer une réserve financière en prévision de cette période de dépendance[2] potentielle.
Des stratégies d’épargne qui évoluent avec l’âge
L’étude souligne également que les comportements d’épargne ne restent pas figés tout au long de la retraite. Les jeunes retraités, souvent encore en bonne santé et disposant de revenus relativement stables, tendent à maintenir un rythme d’épargne soutenu hérité de leur vie active.
À mesure que les années passent, les priorités se modifient. Les dépenses de santé augmentent progressivement, tandis que certains postes budgétaires diminuent naturellement, comme les frais de transport ou de loisirs. Cette évolution impacte directement la capacité d’épargne des personnes concernées.
Les seniors les plus âgés adoptent généralement une approche plus prudente de leur patrimoine. Plutôt que de chercher à faire fructifier leur capital, ils privilégient la sécurité et la liquidité de leurs placements pour pouvoir faire face à toute éventualité.

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L’impact du niveau de vie antérieur sur l’épargne des retraités
Sans surprise, le parcours professionnel et le niveau de revenus perçus durant la vie active influencent considérablement la capacité d’épargne à la retraite.
- Les anciens cadres et professions libérales, qui bénéficient généralement de pensions plus élevées, disposent d’une marge de manœuvre financière plus importante.
- À l’inverse, les retraités ayant exercé des métiers moins rémunérateurs ou ayant connu des carrières hachées se retrouvent souvent dans l’impossibilité de mettre quoi que ce soit de côté. Pour eux, la retraite rime davantage avec gestion serrée du budget qu’avec constitution d’une épargne de précaution.
Cette fracture sociale au sein de la population senior mérite une attention particulière des pouvoirs publics. Elle interroge sur l’efficacité du système de retraite à garantir un niveau de vie décent à l’ensemble des personnes ayant cessé leur activité professionnelle.
Les placements privilégiés par les épargnants seniors
Quand ils parviennent à dégager un surplus budgétaire, vers quels produits financiers les retraités se tournent-ils ? L’étude apporte des éclairages intéressants sur les préférences de cette catégorie d’épargnants.
Le livret A et les autres livrets réglementés demeurent les supports favoris des seniors. La garantie de l’État, la disponibilité permanente des fonds et l’absence de risque de perte en capital correspondent parfaitement à leurs attentes de sécurité.
L’assurance-vie conserve également une place de choix dans le patrimoine des retraités. Ce placement présente l’avantage de combiner une relative sécurité avec des avantages fiscaux non négligeables, notamment en matière de transmission.
Les investissements plus risqués, comme les actions en direct ou les produits structurés, séduisent davantage les seniors disposant d’un patrimoine conséquent et d’une culture financière développée. Ils ne représentent toutefois qu’une minorité au sein de cette population.
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Un contexte économique qui complique la donne
L’inflation persistante observée ces dernières années a profondément modifié l’équation budgétaire des retraités. La hausse des prix de l’énergie, de l’alimentation et des services a grignoté une partie significative de leur pouvoir d’achat.
Malgré les revalorisations des pensions intervenues pour compenser partiellement cette érosion, de nombreux seniors ont dû revoir leurs habitudes d’épargne à la baisse. Certains ont même été contraints de puiser dans leurs économies pour maintenir leur niveau de vie.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité d’une partie de la population âgée face aux soubresauts économiques. Elle rappelle l’importance de politiques publiques adaptées pour protéger le niveau de vie des retraités les plus modestes.
Les disparités territoriales en matière d’épargne
Le lieu de résidence joue également un rôle non négligeable dans la capacité d’épargne des seniors.
- Les retraités vivant dans les grandes métropoles font face à des coûts de logement et de vie quotidienne généralement plus élevés que ceux installés en zone rurale.
- Paradoxalement, c’est souvent dans les territoires où le coût de la vie est moindre que l’on trouve les pensions les plus faibles, en raison de parcours professionnels moins rémunérateurs. Cette double peine limite considérablement les possibilités d’épargne pour ces populations.
- Les retraités ayant fait le choix de s’installer dans des régions attractives du Sud de la France ou sur le littoral bénéficient parfois d’un meilleur équilibre entre leurs revenus et leurs dépenses, sous réserve d’être propriétaires de leur logement.
Quelles perspectives pour l’épargne des seniors de demain ?
Les générations qui arrivent progressivement à la retraite présentent des profils différents de leurs aînés. Les réformes successives du système de retraite, la précarisation de certaines carrières et l’évolution des modes de vie dessinent un paysage en mutation.
Les futurs retraités devront probablement composer avec des pensions relatives plus faibles que celles de leurs prédécesseurs. Cette réalité les incitera sans doute à prolonger leur activité professionnelle ou à développer des sources de revenus complémentaires.
La question de l’épargne des seniors s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur le financement de la protection sociale et la solidarité intergénérationnelle. Elle appelle des réponses collectives pour garantir à chacun une retraite digne et sereine.
Ce que révèle cette étude sur notre société
Au-delà des chiffres bruts, cette enquête sur l’épargne des seniors nous renseigne sur les valeurs et les préoccupations de cette génération. Le souci de transmettre, la peur de la dépendance et le désir d’autonomie financière transparaissent clairement dans les comportements observés.
Elle met également en évidence les inégalités persistantes qui traversent notre société, y compris parmi les personnes ayant achevé leur parcours professionnel. Le mythe du retraité aisé vivant confortablement de sa pension ne correspond pas à la réalité vécue par une partie significative de cette population.
Ces constats invitent à repenser notre approche collective du vieillissement et de la solidarité entre générations. Ils rappellent que derrière les moyennes statistiques se cachent des situations individuelles très diverses, nécessitant des réponses adaptées et nuancées.
Source : Odoxa pour Groupama, Baromètre sur l’épargne des seniors, 2025
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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