Prendre la décision d’entrer en EHPAD chamboule tout un équilibre. Pas seulement affectif. Les familles, les proches, la personne âgée elle-même font face à une question lourde de conséquences : comment payer les frais sans se démunir, sans voir disparaître en quelques années l’épargne de toute une vie ? Beaucoup pensent qu’il faut vendre la maison, consommer jusqu’au dernier euro, perdre tout contrôle sur ses choix. Des solutions existent pourtant, souvent méconnues, parfois techniques.
Le coût d’un EHPAD : un équilibre fragile entre revenus, aides et patrimoine
Un EHPAD[1] (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) accueille des personnes généralement dès 60 ans, ayant besoin d’aide au quotidien. Les prestations englobent hébergement, repas, soins, activités, blanchisserie. Un tarif qui peut rapidement dépasser les 2 000 à 3 500 € mensuels, en fonction de la localisation, du niveau de dépendance[2], du standing. La facture, pour beaucoup, surpasse largement la pension de retraite et les revenus courants.
Le règlement s’articule autour de trois principaux axes :
- Le tarif hébergement : il regroupe l’accueil, l’entretien, la restauration, l’animation.
- Le tarif dépendance : calculé selon la grille AGGIR[3], il reflète l’accompagnement nécessaire au quotidien.
- Le tarif soins : couvert par l’Assurance maladie, il englobe les soins médicaux et paramédicaux.

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Mobiliser les ressources : pensions, retraites, caisses complémentaires
Premier réflexe, mobiliser l’ensemble de ses revenus : pension principale, retraite complémentaire, allocations diverses. Les caisses de retraite peuvent intervenir, parfois au-delà du simple versement mensuel. Certaines proposent des aides sociales ponctuelles ou régulières pour faciliter l’entrée en établissement, financer une partie de l’hébergement, ou réduire le reste à charge.
Un point à ne pas négliger : chaque caisse applique ses propres critères, ses plafonds de ressources, ses modalités de demande. Un dossier solide, bien documenté, permet d’optimiser toutes les possibilités.
- L’Assurance retraite (régime général) dispose d’aides individuelles, parfois pour le maintien à domicile, mais aussi pour l’entrée en structure.
- La MSA (agriculteurs) et les caisses des fonctionnaires ont des dispositifs spécifiques.
- Les régimes complémentaires (Agirc-Arrco, IRCANTEC, etc.) ou certaines mutuelles mettent en place des aides, rarement automatiques, presque toujours sous condition de ressources.
Se rapprocher du service social de sa caisse, déposer des demandes, suivre l’évolution : une démarche incontournable, souvent longue mais parfois décisive.
Les aides publiques : multiplier les leviers, réduire le reste à charge
Quand les revenus ne suffisent pas, plusieurs dispositifs prennent le relais. L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) en établissement prend en charge une partie du tarif dépendance. Elle s’adresse aux personnes évaluées en GIR[4] 1 à 4. Le montant dépend du niveau de dépendance et des ressources, la demande s’effectue auprès du conseil départemental.
Pour le tarif hébergement, les aides au logement (APL ou ALS) interviennent, sous réserve que l’EHPAD soit conventionné. Elles allègent sensiblement la facture dans certains cas, mais ne couvrent jamais la totalité.
Reste la clé de voûte : l’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH). Cette aide départementale joue un rôle pivot lorsque toutes les autres ressources et aides ne suffisent pas. Le département prend alors en charge, totalement ou partiellement, le reste à payer. Les conditions d’attribution varient selon les départements, mais la règle de base reste la suivante : toutes les ressources doivent d’abord être mobilisées, sans obligation immédiate de vendre la résidence principale.

ASH et patrimoine : préserver sa maison, étaler les contributions
Contrairement à une idée reçue, l’obtention de l’ASH ne contraint pas à vendre ou louer immédiatement sa maison. Si le bénéficiaire possède une résidence principale, il peut la conserver tant qu’elle n’est pas occupée par un tiers ou transformée en résidence secondaire. L’ASH n’est pas versée tant qu’il existe un patrimoine mobilisable autre que la résidence principale (par exemple : résidences secondaires, placements importants).
La récupération de l’ASH intervient après le décès, sur la succession, à partir du premier euro. Les héritiers peuvent décider du mode de remboursement, sans être contraints de vendre la maison si d’autres solutions existent. En cas de retour à meilleure fortune — héritage, vente ultérieure, don — l’ASH peut être récupérée.
Une subtilité : le département examine l’existence de donations réalisées dans les dix années précédentes, pour éviter les transferts de patrimoine visant à échapper à la récupération.
Le rôle des proches et l’obligation alimentaire : solidarité encadrée
En France, la solidarité familiale s’exprime aussi dans la loi. Obligés alimentaires — enfants, petits-enfants, parfois gendres et belles-filles — peuvent être sollicités pour contribuer aux frais. Cette participation reste proportionnelle aux ressources de chacun. Le conseil départemental propose un montant, mais, en cas de désaccord, le juge aux affaires familiales statue.
Il est possible d’organiser un partage équitable, d’exclure certains membres en justifiant d’une situation particulière, de prévoir des contributions adaptées à la réalité de chaque famille.
Si les proches prennent le relais et paient la différence entre les revenus et le coût réel, il n’est pas obligatoire de solliciter l’ASH. La maison peut alors être conservée, ni vendue ni louée, et le patrimoine préservé tant que les ressources familiales le permettent.
Autres leviers : location, viager, alternatives à la vente
Pour compléter le financement, plusieurs stratégies peuvent être envisagées avant d’utiliser ses économies. Mettre en location la maison : les loyers viennent diminuer le reste à charge, sans pour autant se séparer de son bien. La vente en viager constitue une autre option : la personne âgée perçoit une rente à vie, conserve l’usufruit de son logement, et peut ainsi compléter ses revenus réguliers.
Dans les deux cas, si les sommes dégagées restent insuffisantes, l’ASH peut intervenir pour prendre en charge le complément, selon les modalités habituelles.
La vente pure et simple du bien immobilier n’est envisagée, au regard du droit, qu’en dernier recours ou selon la stratégie patrimoniale de la famille. Une fois le produit de la vente utilisé pour payer l’EHPAD, il devient possible de demander l’ASH, dont les mêmes règles de récupération sur succession s’appliquent.
Précautions, démarches administratives et accompagnement
Chaque situation requiert une analyse fine. Avant toute démarche, il reste essentiel de :
- Évaluer précisément le montant du reste à charge, après déduction des aides mobilisables.
- Comparer les EHPAD grâce aux annuaires et comparateurs officiels (CNSA, pour-les-personnes-agees.gouv.fr), en tenant compte des tarifs, des prestations, des conditions d’admission.
- Déposer toutes les demandes d’aides possibles en parallèle : APA, APL/ALS, aides des caisses de retraite, ASH.
- Constituer un dossier administratif complet : justificatifs de ressources, relevés bancaires, avis d’imposition, détail des placements et patrimoines.
- Anticiper la question de la caution solidaire : ne pas signer d’engagement sans connaître la part exacte de l’obligation alimentaire.
- Se faire accompagner par une assistante sociale, le CCAS[5], le service social de la caisse de retraite, ou un point d’information local.
Les démarches peuvent être faites par un proche habilité, via une procuration ou une habilitation familiale, notamment pour les personnes en perte d’autonomie cognitive.
Questions pratiques : repères et astuces pour ne pas se tromper
Peut-on conserver sa maison en entrant en EHPAD ?
Oui, la vente ou la location immédiate ne sont pas obligatoires pour obtenir l’ASH. La résidence principale peut être conservée, sauf si le patrimoine financier ou d’autres biens immobiliers le permettent.
Les aides sont-elles cumulables ?
L’APA, l’aide au logement et l’ASH peuvent se cumuler. Les aides des caisses de retraite et des mutuelles viennent en complément, sur dossier.
Les proches sont-ils toujours sollicités ?
Les obligés alimentaires peuvent être sollicités, mais leur contribution reste modulable selon les ressources et la situation familiale.
Que se passe-t-il au décès du résident ?
Le département récupère les sommes versées au titre de l’ASH sur la succession. La maison n’a pas à être vendue si les héritiers peuvent rembourser autrement.
Où trouver des informations fiables ?
Les plateformes officielles (pour-les-personnes-agees.gouv.fr, annuaires CNSA), les services sociaux des caisses de retraite, ou le CCAS constituent des points d’entrée solides.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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[3] AGGIR
L’AGGIR est un système de mesure utilisé pour évaluer la capacité des personnes âgées à accomplir seules les tâches de la vie quotidienne. En fonction des résultats, elles sont regroupées…
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[4] GIR
Le GIR (Groupe Iso-Ressources) est un outil qui sert à évaluer le niveau d’autonomie des personnes âgées, en les classant selon leur besoin d’aide pour les activités quotidiennes.
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[5] CCAS
Le CCAS est un organisme local qui aide les habitants en difficulté, notamment les personnes âgées, en leur offrant des services sociaux et des aides financières.
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