L’habilitation familiale, alternative aux mesures judiciaires

Pour représenter un proche dans l’incapacité de prendre soin de ses intérêts personnels, il existe aujourd’hui un dispositif légal plus simple que les mesures judiciaires : l’habilitation familiale. Délivrée par le juge des tutelles du tribunal d’instance, elle permet de protéger un proche dont les facultés physiques ou mentales sont diminuées, sans les contraintes de la curatelle et de la tutelle. Découvrez quand et comment demander une habilitation familiale.

L’habilitation familiale, alternative aux mesures judiciaires

Pourquoi faire une demande d’habilitation familiale ?

L’habilitation familiale est entrée en vigueur le 26 février 2016, dans le cadre de la réforme du droit des familles. Elle est née d’un constat fait par les autorités : les demandes de mesures judiciaires rebutent les familles des personnes vulnérables et engorgent les tribunaux.

Les mesures de protection juridique classiques (sauvegarde de justice, curatelle et tutelle) visent à assurer la protection d’un majeur hors d’état de manifester sa volonté. Les proches hésitent néanmoins à y recourir, car elles impliquent une certaine formalité et l’intervention du juge des tutelles au fil de la mesure. Le tuteur et le curateur (en cas de curatelle renforcée) ont en outre plusieurs obligations : établir un inventaire des biens de la personne protégée, remettre un compte de gestion annuel…

L’habilitation familiale permet plus facilement à un membre de la famille de représenter un proche dont les facultés mentales ou corporelles sont dégradées, au point qu’il :

  • n’est plus capable de pourvoir seul à ses intérêts,
  • n’est plus en état de manifester sa volonté.

Une fois l’habilitation délivrée, le juge n’intervient plus (sauf pour les actes de donation de nature à modifier le patrimoine).

Qui peut être habilité par le juge des tutelles ?

Seuls les membres suivants de la famille peuvent demander une habilitation familiale :

  • les descendants (fils, fille, petits-enfants…),
  • les ascendants (parents, grands-parents…),
  • un frère ou une sœur,
  • le conjoint, le concubin ou un partenaire de Pacs.

Le « parent ou allié, entretenant avec le majeur des liens étroits et stables », qui peut faire une demande de mise sous protection juridique alors qu’il ne fait pas partie de la liste susmentionnée, est exclu du dispositif de l’habilitation familiale.

Comment faire la demande d’habilitation familiale ?

La personne qui souhaite demander une habilitation familiale pour un proche doit s’adresser au juge des tutelles, au tribunal d’instance.

Elle peut demander cette autorisation de deux façons :

  • directement,
  • en s’adressant au Procureur de la République.

Comme pour la procédure des mesures de protection juridique, il faut joindre à la demande d’habilitation familiale un certificat médical circonstancié. Attention, seul un médecin figurant sur la liste établie par le procureur de la République a le droit d’établir un tel certificat. Il pourra néanmoins s’adresser au médecin traitant pour avoir plus d’informations sur la personne à protéger.

Dans votre requête, vous devez expliquer pourquoi vous demandez l’autorisation d’exercer l’habilitation familiale. Un modèle de demande d’habilitation peut être téléchargé sur le site gouvernemental Service-public.

Plusieurs documents doivent être joints à la demande d’habilitation familiale :

  • copie intégrale de l’acte de naissance du proche à protéger,
  • certificat médical circonstancié,
  • justificatif de domicile du proche à protéger,
  • copie de la pièce d’identité du demandeur,
  • justificatif du lien de parenté entre la personne demandant l’habilitation familiale et celle à protéger,
  • mandat de protection future rédigé par le proche (le cas échéant).

Comment le juge instruit-il la demande d’habilitation familiale ?

Le délai de mise en place de l’habilitation familiale est variable.

L’instruction d’une requête d’habilitation familiale comprend plusieurs étapes :

  • l’audition du requérant et de la personne à protéger (dans la mesure du possible) ;
  • la vérification de l’accord ou de l’absence d’opposition à la mesure d’habilitation familiale et au choix de la personne habilitée par les autres membres de la famille qui sont eux-mêmes autorisés à faire une telle demande ;
  • le choix de la personne habilitée et la définition de l’étendue de l’habilitation familiale, statués par le juge qui vérifie que le dispositif est conforme aux intérêts patrimoniaux et personnels de la personne protégée.

Quelle protection offre l’habilitation familiale ?

En fonction des besoins et de l’intérêt de la personne à protéger, le juge des tutelles décide si l’habilitation familiale est générale ou limitée.

  • L’habilitation familiale générale : la personne désignée par le juge peut accomplir toutes les catégories d’actes d’administration (conclusion d’un bail…) et de disposition (vente immobilière…) des biens du proche protégé, ainsi que tous les actes relatifs à sa personne. Pour les actes de donation (à titre gratuit), il faudra néanmoins saisir le juge. L’habilitation familiale générale est mentionnée en marge de l’acte de naissance.
  • L’habilitation familiale limitée : la personne habilitée peut accomplir le même type d’actes que pour une habilitation générale, mais sa mission est limitée à certains actes définis par le juge. Elle devra respecter les règles d’intervention définies pour la curatelle et la tutelle.

Tableau récapitulatif :

 Actes d’administration et de disposition des biensActes relatif à la personneActes de donation
Habilitation familiale généraleTousTousSaisir le juge
Habilitation familiale limitéeSeuls les actes définis par le jugeActes définis par le jugeSaisir le juge

Quelle est la durée d’une mesure d’habilitation familiale ?

C’est le juge des tutelles qui fixe la durée de l’habilitation familiale à portée générale. Elle dure au plus 10 ans et peut être renouvelée sous présentation d’un certificat médical circonstancié.

Si l’état de santé de la personne protégée n’est pas susceptible de s’améliorer, le juge peut renouveler l’habilitation familiale pour 20 ans supplémentaires maximum.

L’habilitation familiale limitée à un acte se termine après que l’acte a été accompli.

La mesure d’habilitation familiale prend fin dans l’un des cas suivants :

  • décès de la personne protégée,
  • jugement de mainlevée prononcé par le juge (si l’habilitation familiale n’est plus nécessaire ou risque de porter atteinte aux intérêts et aux droits de la personne, ou que ses conditions ne sont plus satisfaites),
  • absence de renouvellement à l’issue de la période d’habilitation fixée par la décision du juge,
  • accomplissement du ou des actes qui ont donné lieu à la délivrance de l’habilitation familiale,
  • ouverture d’une mesure de protection judiciaire : sauvegarde de justice, curatelle ou tutelle.
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