À presque 2,30 euros le litre de gazole dans certaines zones, la flambée des prix à la pompe causée par la guerre en Iran fragilise une fois de plus les aides à domicile. Ces professionnels dépendent du carburant pour intervenir chaque jour au domicile des personnes âgées dépendantes. Or quand son coût s’envole sans compensation, c’est tout le système d’accompagnement au maintien à domicile qui s’écroule : en plus de réduire les tournées et les interventions, les familles se retrouvent sans solution pour assurer la sécurité de leurs proches. Décryptage.
Hausse du carburant : les aides à domicile particulièrement exposées
Contrairement à de nombreux salariés, les aides à domicile ne peuvent pas télétravailler.
Un métier 100 % en déplacement
Les aides à domicile doivent honorer plusieurs interventions par jour, souvent dispersées sur un large secteur géographique, en milieu rural comme en périphérie urbaine. En France, ce sont quelque 700 000 professionnels qui sillonnent chaque jour les routes pour intervenir auprès des personnes âgées ou en situation de handicap. Certains parcourent plus de 200 kilomètres par journée de travail.
100 % de frais professionnels à charge
Pour les aides à domicile, le surcoût du carburant est donc une charge structurelle incontournable, qui s’ajoute à celui de leur véhicule, de son entretien, de leur assurance personnelle et professionnelle.

Ainsi, quand le prix à la pompe s’envole, elles doivent l’assumer… jusqu’à ne plus pouvoir.
“La direction a décidé de nous augmenter de 2 centimes le kilomètre. C’est une honte, car on est obligé de puiser dans nos économies pour pouvoir aller travailler. On paie déjà notre voiture – notre outil de travail -, l’entretien, l’assurance, le gasoil et l’assurance professionnelle sont à notre charge.”
Laetitia, représentante syndicale CGT, aide à domicile
Aide à domicile : un secteur démuni d’indemnités
“L’État a refusé par trois fois un agrément pour augmenter nos salaires de 60 euros par aide à domicile, et les revendications de la CGT à 60 centimes le kilomètre.”
Lucie, syndicaliste
Des frais kilométriques obsolètes
Avec environ 0,35 €/km d’indemnités kilométriques, le montant perçu par la plupart des professionnels du secteur est inchangé, malgré l’envolée des prix à la pompe.
Le Synerpa[1] souligne que certains professionnels se retrouvent en fin de mois dans l’incapacité d’assumer le coût de leurs trajets.
Des salaires gelés
Si les quelques ajustements consentis restent symboliques, la revalorisation salariale reste bloquée depuis plusieurs mois.
Les fédérations du secteur alertent :
- Adédom qualifie la situation de « très critique ». L’AD-PA évoque des « conséquences dramatiques ».
- La Fédésap résume “ ni les salariés ni les structures ne sont en capacité d’absorber cette charge supplémentaire”.
Les tarifs des SAD plafonnés
À cela s’ajoute le plafonnement à +2 % des tarifs des services autonomie à domicile (SAD), très en dessous de la réalité des coûts.
Des associations comme l’ADMR font état de surcoûts atteignant 20 000 à 30 000 euros par mois pour certaines structures. Résultat, des professionnels ont déjà suspendu leur activité, notamment ceux qui travaillent en chèque emploi-service, pour qui l’équation économique ne tient plus.
Exclus du “prêt flash carburant”
Autre injustice : les aides à domicile ne sont pas éligibles au « prêt flash carburant » mis en place par le gouvernement, qui permet aux entreprises affectées d’emprunter entre 5 000 et 50 000 euros à taux préférentiel.
Ce dispositif est réservé aux professions pour lesquelles le carburant représente plus de 5 % du chiffre d’affaires : transporteurs routiers, taxis et VTC, agriculteurs et pêcheurs.
Cette exclusion a été pointée au Sénat le 31 mars 2026 : “les infirmiers libéraux travaillent à perte sur une partie de leurs tournées”. La sénatrice du Pas-de-Calais Amel Gacquerre en séance publique au ministre au Handicap.
Cette réalité vaut tout autant pour les aides à domicile…
Flambée du carburant : quelles conséquences pour le maintien à domicile ?
Faute de pouvoir couvrir l’ensemble de ses trajets, le professionnel doit soit réorganiser ses tournées, soit cesser son activité…

Des tournées sous pression
Pour les familles dont un proche bénéficie d’une aide à domicile, les répercussions se ressentent, notamment dans l’arbitrage du professionnel :
- Certaines visites peuvent être décalées, raccourcies ou regroupées.
- Les actes prioritaires (toilette, prise de médicaments, surveillance) sont maintenus contrairement aux interventions de confort ou de lien social.
Un risque de réduction de l’offre
Si des professionnels cessent leur activité faute de rentabilité, l’offre se réduit. Un risque décuplé dans les zones rurales et périurbaines, où la densité d’intervenants est déjà faible et les distances importantes.
“Sans intervention à domicile, des centaines de milliers de Français ne seront plus accompagnés pour les actes essentiels de la vie quotidienne, et ne pourront plus vivre chez eux.”
Marie-Reine Tillon, présidente de l’UNA
Les pouvoirs publics : des réponses en deçà de l’urgence
Face à la mobilisation du secteur, plusieurs initiatives émergent.
Des mesures structurelles
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 10 avril une série de mesures pour réduire la dépendance[2] aux énergies fossiles, dont :
- 50 000 véhicules électriques supplémentaires à loyer modéré, ciblant explicitement les aides à domicile, les aides-soignantes et les infirmières
- Des engagements sur la transition énergétique du secteur médico-social
Or ces idées ne répondent pas à l’urgence terrain (accéder à un véhicule électrique prend des mois).
Un soutien départemental
Certains départements comme le Finistère annoncent un soutien exceptionnel pour revaloriser les indemnités kilométriques des aides à domicile tant que les prix du carburant resteront élevés. Cette initiative appelle, selon les acteurs du secteur, à un mouvement national pour obtenir des mesures spécifiques et temporaires de la part de l’État.
Face à la hausse du carburant, les réclamations unanimes des fédérations (revaloriser les indemnités kilométriques, prendre en charge les surcoûts et garantir l’accès au carburant pour les services médico-sociaux sur l’ensemble du territoire…) restent sans réponse nationale. Pour les familles, la priorité est d’anticiper les prochaines semaines : maintenir le contact avec le prestataire, identifier des relais ponctuels de proches pour les actes de confort.
Source : entreprendre.service-public.gouv.fr
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[1] SYNERPA
Le SYNERPA (Syndicat National des Établissements et Résidences Privés pour Personnes Âgée) est une structure de représentation qui regroupe les établissements privés offrant des services de logement et de soins…
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[2] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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