Depuis novembre 2024, les retraités du secteur privé subissent un gel inédit de leur pension complémentaire Agirc-Arrco. Cette décision, prolongée au moins jusqu’à fin octobre 2026, touche 14 millions de personnes. En parallèle, le gouvernement a imposé un gel partiel des pensions de base à partir de janvier 2026 pour les montants supérieurs à 1 400 euros. Pour la première fois depuis 1987, la mécanique d’indexation sur l’inflation, censée protéger le pouvoir d’achat, est mise à l’arrêt. Une situation qui pèse lourd, en particulier pour les résidents d’EHPAD[1], déjà confrontés à des budgets de plus en plus serrés.
Une décision budgétaire dans un contexte de tension financière
Le 17 octobre 2025, faute d’accord entre les partenaires sociaux, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco a acté le gel de la valeur du point à 1,4386 € pour toute l’année 2026. Du côté des pensions de base, le Sénat a restreint la revalorisation à une minorité de retraités, laissant les pensions supérieures à 1 400 € inchangées malgré une inflation prévue à 0,9 %. Ce verrouillage a pour objectif d’enrayer la dégradation des finances publiques, alors que le déficit de la Sécurité sociale demeure supérieur à 6 % du PIB.
Les réserves financières de l’Agirc-Arrco, en baisse de 15 % entre 2023 et 2024, traduisent la pression démographique : ratio cotisants/retraités en chute, rendement des placements inférieur aux prévisions. Les arbitrages politiques, eux, s’inscrivent dans la logique des restrictions budgétaires européennes et de la croissance molle.

Pertes concrètes : combien manquent sur le compte des retraités ?
Avec une inflation qui ne faiblit pas totalement (+2,2 % en 2025, +0,9 % attendus en 2026), la stagnation des pensions engendre mécaniquement une perte de pouvoir d’achat. Côté Agirc-Arrco, le gel prive les retraités d’une hausse attendue de 0,6 %. Pour la base, la revalorisation de 0,9 % n’a pas été appliquée sur les pensions dépassant 1 400 €, ce qui pénalise la majorité des foyers.
| Pension nette mensuelle | Retraite de base | Perte annuelle (base) | Retraite complémentaire | Perte annuelle (complémentaire) | Perte totale annuelle |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 400 € | 980 € | 106 € | 420 € | 30 € | 136 € |
| 2 300 € | 1 150 € | 124 € | 1 150 € | 83 € | 207 € |
| 2 800 € | 1 400 € | 151 € | 1 400 € | 101 € | 252 € |
| 4 000 € | 1 440 € | 155 € | 2 560 € | 185 € | 340 € |
Ces montants représentent une perte mensuelle de 11 à 28 euros, qui s’accumule d’année en année si le gel se prolonge. Pour un couple, la facture grimpe vite. Les retraités modestes, eux, voient partir l’équivalent d’un mois d’alimentation en pouvoir d’achat perdu.
Qui paie le prix fort ? Les profils les plus exposés
Plus la part de la pension complémentaire Agirc-Arrco dans le revenu total est importante, plus l’impact du gel se fait sentir.
Les anciens salariés du privé, dont la complémentaire pèse jusqu’à la moitié de la pension, se retrouvent en première ligne.
La situation des nouveaux retraités, entrés dans le système en 2026, s’avère encore plus difficile : leur pension de départ, non revalorisée, restera durablement amputée.
Les retraités proches du seuil de 1 400 € subissent de plein fouet la double peine : base et complémentaire coincées, aucune compensation.
Les familles, souvent sollicitées pour soutenir un parent en maison de retraite, voient aussi leur budget mis sous tension.
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En EHPAD, la mécanique du déficit s’accélère
L’EHPAD, déjà synonyme de frais élevés, devient un casse-tête financier pour de nombreux résidents. Les tarifs d’hébergement, de soins et de dépendance[2] progressent plus vite que les pensions. L’augmentation annuelle, entre 2 et 3 %, se heurte à des revenus qui stagnent. Les franchises médicales, probablement revues à la hausse en 2026, viendront alourdir encore le reste à charge (jusqu’à 200 € de plus par an pour les seniors les plus fragiles).
La réduction d’impôt[3] de 25 % sur les frais d’EHPAD, plafonnée à 2 500 € par an, ne concerne que les retraités imposables. Les résidents non-imposables en EHPAD n’en bénéficient pas, malgré l’abandon du projet de crédit d’impôt universel.
Résultat : une part croissante des résidents doit solliciter l’aide sociale à l’hébergement (ASH) auprès des départements.
Les établissements, eux, enregistrent davantage d’impayés. Les départements, déjà sous pression pour financer l’ASH, risquent d’être confrontés à un afflux de demandes. L’équilibre financier des EHPAD, fragilisé par la progression des coûts de fonctionnement (salaires, énergie, alimentation), s’en retrouve menacé.
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Pourquoi ce gel ? Les rouages d’une mesure exceptionnelle
Derrière la décision de geler les pensions, plusieurs niveaux d’arbitrage. Les partenaires sociaux gestionnaires de l’Agirc-Arrco ont préféré préserver les réserves du régime, et limiter la dégradation du ratio cotisants/retraités, plutôt qu’accorder une faible revalorisation. Les représentants de l’État, eux, cherchent à réaliser rapidement des économies : 1,9 milliard attendus pour 2026, avec la perspective d’une sous-indexation durable jusqu’en 2030.
La mécanique de calcul habituelle – inflation hors tabac moins 0,4 % pour la complémentaire ; indexation sur les prix pour la base – a été temporairement suspendue. Le débat politique est vif, certains parlementaires dénoncent une mesure injuste pour les femmes seules, les retraités modestes, les familles déjà fragilisées par l’inflation.

Quels scénarios pour 2027 et après ?
L’incertitude domine. Trois options se dessinent :
- une revalorisation partielle dès 2027 (indexation sur une fraction de l’inflation, puis rattrapage progressif sur trois ans),
- un maintien du gel jusqu’en 2027 avec une hausse très limitée ensuite,
- le scénario redouté, à savoir de nouvelles restrictions : augmentation de la durée de cotisation, réduction de la valeur du point, hausse des cotisations, voire remise à plat du système.
Le prochain cycle de négociations Agirc-Arrco, prévu pour mars 2026, sera crucial. L’absence de rétroactivité sur le gel rend cependant improbable un rattrapage intégral. Les retraités devront s’adapter, souvent au prix de sacrifices ou d’arbitrages budgétaires difficiles.
Budget à l’épreuve : quelles stratégies pour limiter la casse ?
Face à la perte de pouvoir d’achat, plusieurs leviers existent, mais aucun miracle.
Pour les futurs retraités, la vérification du relevé de carrière (info-retraite.fr) et l’optimisation du nombre de trimestres restent essentiels. L’épargne retraite individuelle (PER, assurance vie) prend tout son sens, surtout pour ceux qui disposent d’une marge de manœuvre financière.
Pour les retraités en EHPAD ou à domicile, la demande d’aides sociales via le CCAS[4] (ASH, APA) peut alléger le reste à charge. Les comparateurs de mutuelles aident à choisir une couverture adaptée, notamment pour limiter l’impact des nouvelles franchises médicales. Enfin, la simulation des droits et des impôts (impots.gouv.fr, mes-aides.gouv.fr) permet d’anticiper les évolutions du budget familial.
Repères et chiffres clés
- 14 millions de retraités privés concernés par le gel Agirc-Arrco
- Pertes annuelles : de 136 € à 340 € selon la pension
- Coût moyen EHPAD : souvent supérieur à 2 000 €/mois
- Inflation 2026 prévue : 0,9 %
- ASPA 2026 : 1 043,59 €/mois (seul), 1 620,18 € (couple)
- Réduction d’impôt EHPAD : 25 % des frais, max 2 500 €/an, réservée aux imposables
- Création de postes en EHPAD : +4 500 en 2026, +50 000 d’ici 2030
FAQ pratique
Comment vérifier si je suis concerné par le gel ?
Consultez votre notification de pension Agirc-Arrco ou votre dernier relevé de compte. Si votre pension complémentaire n’a pas été revalorisée depuis novembre 2024, et que votre pension de base dépasse 1 400 €, le gel s’applique.
Quelles aides solliciter pour un parent en EHPAD ?
Contactez le CCAS de la commune. La demande d’ASH (Aide sociale à l’hébergement) et d’APA (Allocation personnalisée d’autonomie) peut réduire le reste à charge. Pensez à vérifier l’éligibilité à la réduction d’impôt si le résident ou sa famille est imposable.
Comment limiter l’impact des franchises médicales ?
Comparez les mutuelles et privilégiez les contrats intégrant le dispositif « 100 % Santé ». Certaines complémentaires couvrent mieux les nouveaux forfaits ou proposent des remboursements spécifiques pour les soins courants.
Le gel sera-t-il rattrapé ?
À l’heure actuelle, aucune revalorisation rétroactive n’est prévue. Les négociations de 2026 pourraient aboutir à une hausse partielle, mais les pertes subies en 2025-2026 resteront effectives.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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[3] Impôt
L’impôt est une somme d’argent que les citoyens et les entreprises paient régulièrement au gouvernement. Cet argent est utilisé pour financer des services publics comme les écoles, les routes, et…
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[4] CCAS
Le CCAS est un organisme local qui aide les habitants en difficulté, notamment les personnes âgées, en leur offrant des services sociaux et des aides financières.
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