Chaque année, autour de juin, l’administration fiscale transmet les nouveaux avis d’imposition. Et pour des millions de retraités, cette ligne discrète qui s’appelle le revenu fiscal de référence (RFR) déclenche une mécanique silencieuse : la révision du taux de CSG prélevé sur la pension. Pour les familles qui financent une chambre d’EHPAD[1] à plusieurs milliers d’euros par mois, un basculement d’un taux à l’autre représente parfois 30, 50 ou 80 euros mensuels en plus ou en moins. Sur une année pleine, l’addition pèse lourd dans le calcul du reste à vivre.
Comprendre comment fonctionnent les quatre taux de la CSG retraite, savoir quels seuils s’appliquent en 2026 et anticiper les leviers patrimoniaux disponibles, c’est se donner les moyens de préserver le budget mensuel d’un proche placé en établissement. Ce guide fait le point sur les règles en vigueur, les montants exacts et les marges de manœuvre concrètes.
Les quatre taux de CSG retraite en 2026
La Contribution sociale généralisée appliquée aux pensions de retraite n’est pas uniforme. Elle suit un barème à quatre étages, modulé selon les ressources du foyer. Plus précisément, elle dépend du revenu fiscal de référence et du nombre de parts fiscales.
- Le premier étage est celui de l’exonération totale, à 0 %. Il concerne les retraités aux revenus modestes, qui ne paient ni CSG, ni CRDS, ni CASA sur leur pension.
- Le deuxième étage applique un taux réduit de 3,8 %,
- Le troisième un taux médian de 6,6 %,
- Le quatrième le taux normal de 8,3 %.
À ces prélèvements s’ajoutent la CRDS (0,5 %) et la CASA (0,3 %) à partir du taux médian, ce qui porte le prélèvement total à 9,1 % au taux normal.
Pour les retraités domiciliés en Guadeloupe, en Martinique, à la Réunion ou en Guyane, les seuils sont majorés, ce qui se traduit souvent par un taux plus favorable à revenu égal.

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Les seuils de RFR applicables en 2026
Pour déterminer le taux de CSG prélevé sur les pensions versées en 2026, l’administration s’appuie sur le revenu fiscal de référence de l’année 2024, indiqué sur l’avis d’imposition reçu en 2025. Le barème a été revalorisé de 1,8 % par rapport à 2025, pour tenir compte de l’évolution moyenne des prix à la consommation.
Voici les seuils en vigueur pour la France métropolitaine.
| Parts fiscales | Exonération (0 %) | Taux réduit (3,8 %) | Taux médian (6,6 %) | Taux normal (8,3 %) |
|---|---|---|---|---|
| 1 part | Jusqu’à 13 048 € | 13 049 à 17 057 € | 17 058 à 26 472 € | 26 473 € et plus |
| 1,5 part | Jusqu’à 16 532 € | 16 533 à 21 612 € | 21 613 à 33 538 € | 33 539 € et plus |
| 2 parts | Jusqu’à 20 016 € | 20 017 à 26 167 € | 26 168 à 40 604 € | 40 605 € et plus |
| 2,5 parts | Jusqu’à 23 500 € | 23 501 à 30 722 € | 30 723 à 47 670 € | 47 671 € et plus |
| 3 parts | Jusqu’à 26 984 € | 26 985 à 35 277 € | 35 278 à 54 736 € | 54 737 € et plus |
Chaque demi-part supplémentaire au-delà de 3 parts ajoute 3 484 € au seuil d’exonération, 4 555 € au seuil du taux réduit et 7 066 € au seuil du taux normal.
Pourquoi le taux peut changer autour du mois de juin
Le taux de CSG est en principe fixé pour l’année civile à partir du RFR de l’avant-dernière année. Les caisses de retraite reçoivent les données fiscales au cours du premier semestre, et le nouveau taux s’applique en général sur la pension de janvier (versée fin janvier ou début février), parfois avec un effet rétroactif visible sur le bulletin de pension du printemps. Pour la retraite complémentaire, le calage intervient le plus souvent début mars.
Mais c’est en juin que l’avis d’imposition de l’année en cours parvient au foyer. Ce document confirme le RFR utilisé pour 2026 et il sert aussi de référence pour les ajustements ultérieurs. Si le RFR figurant sur l’avis modifie la situation par rapport à l’année précédente, la caisse procède à une régularisation, à la hausse ou à la baisse.
Dans certains cas, le passage à un taux supérieur n’intervient qu’après plusieurs années consécutives de dépassement des seuils. Un revenu exceptionnel sur une seule année (vente d’un bien, retrait d’épargne important, prime de départ) ne suffit donc pas à enclencher le passage au taux du dessus. Cette règle de stabilité, prévue par le Code de la sécurité sociale, est précieuse pour les familles qui doivent piloter le budget d’un parent en EHPAD.
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L’impact concret sur le reste à vivre
Prenons un exemple chiffré. Madame Lefèvre, 84 ans, perçoit 1 950 € de pension brute par mois. Hébergée en EHPAD pour 2 750 € mensuels, elle doit puiser dans son épargne pour compléter. Si son RFR la place au taux médian de 6,6 %, le prélèvement social total atteint environ 144 € par mois. Si une succession récente fait passer son foyer fiscal au taux normal de 8,3 % deux années de suite, le prélèvement total grimpe à 178 € : un écart de 34 € qui se cumule sur douze mois, soit plus de 400 € de moins par an pour régler la facture de l’établissement.
À l’inverse, un retraité qui bascule du taux normal vers le taux médian (par exemple après la disparition d’un conjoint et la réorganisation patrimoniale qui s’ensuit) peut récupérer plusieurs dizaines d’euros par mois. Sur deux ans, cela représente parfois un mois entier de loyer en résidence senior.

Les leviers patrimoniaux pour anticiper
Le principe clé est simple : le taux de CSG de 2026 dépend du RFR de 2024, et le taux de 2027 dépendra du RFR de 2025. Tout ce qui agit sur le RFR doit donc être anticipé avec deux ans d’avance. Voici les principaux leviers utilisés par les familles bien conseillées.
- Le calendrier des retraits d’épargne. Les plus-values sur valeurs mobilières, les rachats partiels d’assurance-vie au-delà des abattements, les ventes de parts de SCPI ou de fonds entrent dans le RFR. Étaler ces opérations sur plusieurs années, ou les regrouper sur une année où le foyer est déjà au taux normal, permet d’éviter un basculement durable.
- L’arbitrage des contrats d’assurance-vie. Après huit ans de détention, un couple bénéficie d’un abattement annuel de 9 200 € sur les intérêts retirés. Programmer des rachats partiels dans cette limite chaque année plutôt qu’un gros retrait isolé évite d’alourdir le RFR ponctuellement.
- La gestion des revenus fonciers. Travaux déductibles, déficit foncier reportable, choix entre micro-foncier et régime réel : ces options modifient le RFR. Une consultation chez un conseiller patrimonial avant de lancer des travaux dans un bien locatif peut faire basculer le taux du parent en EHPAD.
- Les donations et démembrements. Transmettre la nue-propriété d’un bien immobilier à ses enfants réduit les revenus fonciers futurs perçus par le parent, et donc son RFR. Cette stratégie demande une vraie réflexion familiale et un acte notarié, mais elle structure la dépense d’hébergement sur le long terme.
- Le rachat de trimestres ou les cotisations Madelin. Pour ceux qui sont encore en activité ou en cumul emploi-retraite, certaines cotisations sont déductibles et abaissent le RFR.
Vérifier son taux et signaler une erreur
Le taux de CSG appliqué figure sur le décompte de pension trimestriel envoyé par la caisse de retraite (Carsat, Agirc-Arrco, Ircantec, MSA, services de l’État selon le régime). En cas de doute ou de changement de situation, il faut contacter directement la caisse, lettre recommandée à l’appui en cas de litige persistant.
Bon à savoir : un changement de situation familiale (veuvage, divorce, prise en compte d’un enfant à charge) modifie le nombre de parts fiscales et peut entraîner une révision favorable. Il est donc utile de signaler rapidement ces évolutions au service des impôts pour qu’elles soient intégrées au calcul du RFR.
FAQ
Mon RFR a dépassé le seuil sur l’avis 2025, vais-je payer plus de CSG en 2026 ?
Pas forcément. Le dépassement doit être confirmé sur deux années consécutives. Si le RFR 2023 était sous le seuil, le passage au taux supérieur n’est pas immédiat. La caisse de retraite applique la règle de stabilité automatiquement.
Quand le nouveau taux de CSG est-il appliqué sur la pension ?
Le calage intervient en général en janvier ou février pour la retraite de base, et en mars pour la complémentaire. Les régularisations consécutives à l’avis d’imposition reçu en juin peuvent générer un ajustement sur les pensions de l’été ou de l’automne.
L’EHPAD est-il déductible du RFR ?
Les frais d’hébergement et de dépendance[2] ouvrent droit à une réduction d’impôt[3] (25 %, plafonnée à 10 000 € de dépenses), mais cela n’affecte pas directement le RFR. En revanche, la pension alimentaire versée par les enfants à un parent en EHPAD est déductible du revenu imposable des enfants, ce qui peut influer sur leur propre situation.
Mon parent vit dans un DOM, les seuils sont-ils différents ?
Oui. Les seuils applicables en Guadeloupe, Martinique, Réunion et Guyane sont majorés. À RFR égal, un retraité ultramarin peut être placé dans une tranche inférieure à celle d’un retraité métropolitain. Les barèmes spécifiques sont publiés par les caisses de retraite.
Puis-je contester mon taux de CSG ?
Oui, en saisissant d’abord la caisse de retraite par courrier recommandé avec l’avis d’imposition à l’appui. Si la réponse ne convient pas, la commission de recours amiable puis le tribunal judiciaire restent compétents. Pour les erreurs sur le RFR lui-même, la réclamation se fait auprès du service des impôts des particuliers.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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[3] Impôt
L’impôt est une somme d’argent que les citoyens et les entreprises paient régulièrement au gouvernement. Cet argent est utilisé pour financer des services publics comme les écoles, les routes, et…
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