Quand un proche parkinsonien vit en EHPAD, la famille reste un acteur essentiel de la vigilance médicamenteuse. Les traitements antiparkinsoniens sont efficaces, mais ils provoquent des effets secondaires parfois discrets, parfois alarmants, qui peuvent passer inaperçus dans le quotidien d’un établissement. Cet article résume les grandes classes de médicaments utilisées, les effets indésirables à connaître, et la conduite à tenir. Il n’a pas vocation à se substituer à l’avis du neurologue ou du médecin coordonnateur : toute décision thérapeutique relève d’eux seuls.
Les quatre grandes classes de médicaments antiparkinsoniens
Le traitement de la maladie de Parkinson repose sur plusieurs classes de médicaments, chacune agissant à différents niveaux du système dopaminergique et présentant des profils d’efficacité et de tolérance spécifiques.
La lévodopa (L-Dopa) : le traitement de référence
La lévodopa, associée à un inhibiteur enzymatique (bensérazide ou carbidopa), est le médicament le plus efficace contre les symptômes moteurs de Parkinson. Elle est commercialisée sous les noms Modopar, Sinemet, Stalevo (avec entacapone). Selon la Haute Autorité de Santé et la Revue du Praticien, la dopa-thérapie est le traitement le mieux toléré chez les sujets âgés, ce qui en fait la référence en EHPAD[1].
Effets indésirables fréquents à connaître :
- nausées et vomissements (surtout en début de traitement),
- hypotension orthostatique (vertiges au lever),
- hallucinations visuelles, somnolence.
À plus long terme, apparaissent des fluctuations motrices (alternance entre phases « on » actives et phases « off » bloquées) et des dyskinésies (mouvements involontaires souvent en pic de dose).

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Les agonistes dopaminergiques
Ils miment l’action de la dopamine sur les récepteurs cérébraux : pramipexole (Sifrol), ropinirole (Requip), rotigotine (Neupro, patch), piribédil (Trivastal). Ils sont plus utilisés chez les patients plus jeunes pour retarder l’apparition des dyskinésies de la L-Dopa.
Chez les personnes âgées, leur usage est plus restreint. Les recommandations professionnelles invitent les cliniciens à éviter ou limiter les agonistes dopaminergiques chez les patients de plus de 70 ans, en raison du risque accru d’effets indésirables : somnolence diurne sévère, hallucinations, confusion.
Le principal point de vigilance concerne les troubles du contrôle des impulsions, qui touchent environ 20 % des patients sous agonistes : jeu pathologique, achats compulsifs, hyperphagie, hypersexualité, comportements répétitifs. Ces troubles passent souvent inaperçus dans un EHPAD où l’expression peut être plus discrète (collectionnite, demandes répétitives, agitation).
Les IMAO-B : sélégiline, rasagiline, safinamide
Les inhibiteurs de la monoamine oxydase B (sélégiline, rasagiline, safinamide) ralentissent la dégradation de la dopamine cérébrale. Ils sont utilisés seuls aux stades précoces ou en complément de la L-Dopa. Le principal effet indésirable est le syndrome confusionnel, et comme tous les dopaminergiques, ils exposent à des hallucinations et à l’hypotension orthostatique.
La sélégiline nécessite une vigilance particulière chez les personnes présentant certaines maladies cardiovasculaires, notamment une hypertension artérielle mal contrôlée.
Les anticholinergiques
Le trihexyphénidyle (Artane), le bipéridène (Akineton) restent prescrits pour les tremblements résistants. Ils sont fortement déconseillés chez les personnes âgées en raison de leur impact cognitif : troubles de la mémoire, confusion, sécheresse buccale, rétention urinaire, constipation.
Leur usage en EHPAD est devenu rare et doit alerter la famille : un avis du neurologue est légitime pour réévaluer la pertinence du traitement.
Les effets indésirables à surveiller au quotidien
Les traitements de la maladie de Parkinson peuvent entraîner plusieurs effets indésirables qu’il est essentiel de surveiller au quotidien pour prévenir les complications et adapter la prise en charge.
1. L’hypotension orthostatique et les chutes
L’hypotension orthostatique est la baisse de tension brutale au lever, fréquente avec tous les dopaminergiques. Elle provoque vertiges, malaises, parfois chutes graves. La chute est la première cause d’hospitalisation chez les résidents parkinsoniens en EHPAD.
Signes à signaler à l’équipe :
- vertiges au lever du lit,
- étourdissements en se levant d’un fauteuil,
- sensation d’évanouissement,
- voile noir devant les yeux.
Demandez à l’équipe soignante de prendre la tension assis puis debout (test d’hypotension orthostatique). Une pression artérielle qui chute de plus de 20 mmHg en se levant est anormale et justifie un avis médical.
2. Les hallucinations et confusions
Les hallucinations visuelles (voir des personnes, des animaux, des ombres) concernent jusqu’à 30 % des patients sous traitement dopaminergique, surtout à un stade avancé. Elles s’accompagnent parfois de délire (sensation d’être volé, persécuté, en danger). Les confusions nocturnes sont particulièrement fréquentes.
Signaler immédiatement au médecin coordonnateur. La conduite n’est pas systématiquement d’arrêter le traitement (cela aggraverait les symptômes moteurs), mais le neurologue peut ajuster les doses, réduire un agoniste dopaminergique, ou ajouter un antipsychotique adapté.
3. Les dyskinésies et fluctuations motrices
Les dyskinésies sont des mouvements involontaires (balancements, contorsions) qui surviennent en pic de dose de L-Dopa, généralement après plusieurs années de traitement. Les fluctuations motrices désignent l’alternance entre phases « on » (mobilité retrouvée) et phases « off » (blocage). La personne peut sembler en pleine forme à 10h et bloquée à 12h.
L’équipe d’EHPAD doit connaître les horaires précis de prise des médicaments (à 30 minutes près), car un retard peut déclencher une phase « off » prolongée.
Famille : vérifiez que les horaires sont respectés, surtout en cas de week-end ou de changement d’équipe.
4. La somnolence diurne excessive
Tous les dopaminergiques peuvent provoquer une somnolence diurne, parfois sous forme d’endormissements brutaux (« attaques de sommeil »). Les agonistes dopaminergiques sont plus en cause que la L-Dopa. Signaler des endormissements inhabituels (au repas, en activité, lors de visites) au médecin coordonnateur. Un ajustement de doses peut être nécessaire.
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5. Les troubles du contrôle des impulsions
Touchant principalement les patients sous agonistes dopaminergiques, ils se manifestent par des comportements compulsifs : achats répétés, demandes alimentaires incessantes, agitation autour de l’argent, comportements sexuels inappropriés, jeu (parfois en ligne pour les résidents plus autonomes).
En EHPAD, ces troubles se traduisent souvent par une « personnalité qui change » : un résident calme qui devient envahissant, exigeant, dépensier.
C’est l’un des effets indésirables les plus sous-diagnostiqués. Une réévaluation du traitement par le neurologue est généralement justifiée, avec souvent une diminution ou un arrêt progressif de l’agoniste dopaminergique. Jamais d’arrêt brutal.
6. La constipation et les troubles digestifs
La constipation est un symptôme central de Parkinson, aggravé par certains médicaments (anticholinergiques, opioïdes éventuels). Elle peut conduire à des occlusions intestinales graves. Une surveillance du transit, une hydratation suffisante, une activité physique adaptée et parfois un traitement laxatif (prescrit par le médecin) sont nécessaires.

Tableau récapitulatif : médicaments et effets à surveiller
| Classe | Exemples | Effets indésirables principaux | Vigilance famille |
|---|---|---|---|
| L-Dopa | Modopar, Sinemet, Stalevo | Nausées, hypotension, hallucinations, dyskinésies, fluctuations motrices | Horaires de prise très précis, vertiges au lever |
| Agonistes dopaminergiques | Sifrol, Requip, Neupro, Trivastal | Somnolence, hallucinations, troubles du contrôle des impulsions | Changements de comportement, achats compulsifs, somnolence |
| IMAO-B | Sélégiline, rasagiline, safinamide | Confusion, hallucinations, hypotension | Confusion, troubles tensionnels |
| Anticholinergiques | Artane, Akineton | Troubles cognitifs, confusion, sécheresse, rétention urinaire | Pertinence à réévaluer chez le sujet âgé |
| Inhibiteurs COMT | Entacapone, opicapone | Diarrhées, coloration des urines | Selles anormales, déshydratation |
Le rôle de la famille face au traitement
La famille n’a pas vocation à se substituer aux soignants, mais elle est souvent la première à percevoir des changements subtils : « papa n’est plus tout à fait lui-même », « elle est plus somnolente depuis quinze jours », « il achète des choses qu’il n’achetait jamais ». Ces observations sont précieuses et méritent d’être transmises au médecin coordonnateur lors d’un rendez-vous formel.
- Tenir un petit carnet d’observations entre deux visites : changements d’humeur, somnolence, hallucinations, chutes, transit. Quelques lignes datées valent mieux qu’une longue conversation hors contexte.
- Demander un rendez-vous médical de bilan régulièrement, au moins une fois par an, avec le médecin coordonnateur et idéalement avec le neurologue traitant.
- Vérifier la coordination avec le neurologue : toute modification importante du traitement antiparkinsonien doit être discutée avec le neurologue qui suit le patient. Le médecin coordonnateur de l’EHPAD ne doit pas ajuster seul les doses de L-Dopa ou d’agoniste.
- Connaître les horaires de prise et signaler tout retard ou oubli. Une prise de L-Dopa décalée d’une heure peut transformer une journée.
- Ne jamais demander d’arrêt brutal d’un traitement dopaminergique : cela peut provoquer un syndrome malin (fièvre, raideur extrême, complications graves).
Ressources fiables pour aller plus loin
- France Parkinson : association de référence, fiches pratiques sur les traitements et leurs effets indésirables.
- Vidal : base de données médicamenteuses grand public, fiches par médicament.
- Haute Autorité de Santé (HAS) : recommandations de bonne pratique sur la prise en charge de Parkinson.
- Ameli.fr : informations sur la prise en charge ALD et le remboursement des traitements.
- Inserm : actualités de la recherche sur Parkinson.
Foire aux questions
Mon parent prend plus de 8 médicaments. Est-ce normal ?
La polymédication est fréquente chez les résidents parkinsoniens âgés, mais elle augmente le risque d’interactions et d’effets indésirables. Une révision médicamenteuse annuelle, conduite par le médecin coordonnateur en lien avec le neurologue et idéalement un pharmacien clinicien, est recommandée. N’hésitez pas à la demander.
L’équipe peut-elle décaler les horaires de prise selon l’organisation de l’EHPAD ?
Non, pas sans accord du neurologue. Les médicaments antiparkinsoniens, en particulier la L-Dopa, ont une durée d’action courte et des fenêtres thérapeutiques étroites. Décaler une prise de 30 minutes peut déclencher une phase « off ». Les horaires sont fixés sur ordonnance et doivent être respectés strictement.
Mon parent voit des personnes qui n’existent pas. C’est grave ?
Les hallucinations visuelles sont fréquentes sous traitement dopaminergique, surtout à un stade avancé ou en cas de troubles cognitifs. Elles méritent un avis médical rapide pour évaluer leur retentissement et envisager un ajustement de traitement par le neurologue. Ne pas attendre, mais ne pas paniquer : c’est un effet connu et géré médicalement.
Que faire si je constate des achats ou comportements inhabituels ?
Demandez un rendez-vous avec le médecin coordonnateur et signalez précisément les comportements observés. Les troubles du contrôle des impulsions sont un effet indésirable connu des agonistes dopaminergiques. Une réévaluation du traitement par le neurologue est généralement la première étape, jamais un arrêt brutal.
Le médecin coordonnateur peut-il modifier le traitement Parkinson ?
Le médecin coordonnateur de l’EHPAD assure la coordination des soins, mais les modifications du traitement antiparkinsonien spécifique relèvent du neurologue traitant. En cas d’urgence (hallucinations sévères, syndrome confusionnel aigu), un avis téléphonique au neurologue ou un passage aux urgences peut être nécessaire avant tout ajustement.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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