Quand un médecin évoque « une unité spécialisée » pour un parent atteint d’Alzheimer[1], les familles entendent souvent un sigle de plus dans un univers déjà saturé. UHR[2], UVP, PASA, EHPAD classique : derrière ces lettres, ce sont des choix très concrets sur l’environnement architectural, le ratio de personnel, les formations de l’équipe, la sécurité de la déambulation, l’accès au jardin et le surcoût pour la famille. Comprendre ces différences, c’est savoir où orienter son parent au bon moment de la maladie. Voici ce que ça change, au quotidien, pour le résident comme pour l’aidant.

Trouver un EHPAD

Quatre dispositifs, quatre logiques de soin

L’EHPAD[3] généraliste accueille des résidents de tous niveaux de dépendance[4], y compris des personnes atteintes de troubles cognitifs débutants ou modérés. C’est le format le plus répandu en France. Mais à mesure que la maladie progresse, les déambulations nocturnes, l’agressivité, le refus de soins ou le risque de fugue dépassent les capacités d’un service classique. 

Le système français a donc créé trois dispositifs adaptés, chacun avec un cahier des charges différent :

  • Le PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés) est une salle dédiée au sein d’un EHPAD ordinaire, ouverte uniquement en journée. Le résident y rejoint un groupe de 10 à 14 personnes pour des activités thérapeutiques, puis rentre dormir dans sa chambre habituelle. C’est l’option pour les troubles modérés sans risque de fugue.
  • L’UVP (Unité de Vie Protégée) est une petite unité fermée au sein de l’EHPAD, qui héberge jour et nuit 10 à 20 résidents (jamais plus de 25) atteints d’une maladie neurodégénérative. Le périmètre est sécurisé, mais sans cahier des charges réglementaire national. Chaque établissement définit son projet d’unité protégée.
  • L’UHR (Unité d’Hébergement Renforcée) est le dispositif le plus médicalisé, encadré par le décret du 26 août 2016. Elle accueille 12 à 14 résidents présentant des troubles psycho-comportementaux sévères (score NPI-ES supérieur à 8), avec un ratio soignants pour résidents de 1 pour 3 et une équipe formée. C’est la réponse aux situations les plus complexes.
environnement pasa en ehpad

Le ratio de personnel : la différence la plus visible 

  • En EHPAD généraliste, le ratio global d’encadrement tourne autour de 0,6 ETP par résident toutes catégories confondues, avec un personnel soignant proche de 1 aide-soignant pour 10 résidents le jour et 1 pour 30 la nuit dans les meilleurs établissements. Beaucoup d’EHPAD sont en dessous.
  • En UHR, le ratio passe à 1 soignant pour 3 résidents, ce qui transforme radicalement la qualité de la prise en charge. Un résident dont l’agressivité demande deux soignants pour un soin peut être pris en charge sans bloquer toute l’aile. Les déambulations nocturnes sont accompagnées plutôt que contenues médicamenteusement.
  • En UVP, le ratio est généralement renforcé par rapport à l’EHPAD classique, mais sans norme[5] nationale. Les pratiques varient d’un établissement à l’autre.
  • En PASA, l’unité n’héberge pas la nuit. Le ratio compte uniquement pendant les heures d’ouverture (en général de 10h à 17h), avec au minimum un assistant de soins en gérontologie[6] et un personnel paramédical (ergothérapeute, psychomotricien).

L’environnement architectural : un soin invisible

L’architecture est un outil thérapeutique. 

Une UVP ou une UHR repose sur des principes spécifiques : couloirs courts en boucle pour permettre la déambulation sans cul-de-sac, repères visuels colorés, salons en alcôve qui invitent à s’arrêter, jardin thérapeutique sécurisé accessible librement, signalétique adaptée aux troubles cognitifs.

Dans un EHPAD classique, le résident atteint d’Alzheimer cohabite avec des personnes peu dépendantes, dans des espaces conçus pour des adultes autonomes. Le risque de fugue impose des protocoles plus restrictifs (portes verrouillées, bracelet anti-fugue), ce qui peut paradoxalement aggraver l’angoisse du résident. 

En unité spécialisée, la sécurité est intégrée à l’architecture : la porte est invisible ou inaccessible, mais le résident vit librement à l’intérieur d’un périmètre adapté.

Les formations spécifiques de l’équipe

En UHR, et de plus en plus en UVP et PASA, le personnel doit suivre la formation Assistant de soins en gérontologie (ASG). Cette formation continue de 140 heures, organisée sur 20 jours étalés sur 4 à 5 mois, prépare aide-soignants et aides médico-psychologiques à l’accompagnement des personnes atteintes de maladies neurodégénératives. Elle aborde la communication non verbale, la gestion des troubles du comportement sans contention, les techniques d’apaisement et les activités thérapeutiques non médicamenteuses.

Dans le PASA, la présence d’au moins un ASG, d’un ergothérapeute ou d’un psychomotricien est obligatoire. En UHR, c’est toute l’équipe qui est concernée. Cette différence se sent immédiatement dans la qualité des interactions, le ton employé, la manière de proposer un soin ou de gérer un refus.

ergothérapeute en uhr qui assure le suivi des résidents

Les projets thérapeutiques au quotidien

  • En EHPAD classique, l’animation est généralement collective et indifférenciée, avec des ateliers mémoire ouverts à tous les résidents intéressés. C’est utile pour les troubles débutants, mais inadapté aux stades modérés à sévères.
  • En PASA, le projet thérapeutique repose sur des ateliers ciblés : stimulation cognitive, ateliers sensoriels, cuisine thérapeutique, musicothérapie, jardinage adapté. Chaque résident a un planning individualisé sur une à plusieurs journées par semaine.
  • En UVP, l’accompagnement est continu, avec des activités intégrées au rythme de vie : repas pris ensemble dans une cuisine ouverte, balade au jardin, ateliers réminiscence avec objets du passé.
  • En UHR, le projet thérapeutique cible la réduction des troubles psycho-comportementaux. La durée moyenne de séjour est de plusieurs mois à plusieurs années, avec une évaluation régulière par le médecin coordonnateur et le psychiatre. Le critère de sortie est la stabilisation des troubles, suivie d’un retour en EHPAD classique ou en UVP.

Ouverture des portes et accès au jardin

En EHPAD classique, un résident désorienté est souvent confiné à l’intérieur de son aile, voire de sa chambre la nuit, pour éviter les chutes ou les fugues. Cette restriction de mouvement, juridiquement encadrée mais éthiquement problématique, est l’un des facteurs d’aggravation des troubles du comportement.

En unité spécialisée, le principe est inversé. La porte de sortie de l’unité est sécurisée, mais à l’intérieur, le résident circule librement. L’accès au jardin sécurisé est libre, y compris la nuit dans certaines unités. Cette liberté de mouvement réduit l’angoisse, améliore le sommeil et diminue souvent le recours aux médicaments psychotropes.

Tableau comparatif détaillé

DimensionEHPAD généralistePASAUVPUHR
Cadre réglementaireCode de l’action sociale et des famillesDécret 26 août 2016Pas de cahier des charges nationalDécret 26 août 2016
Public cibléTous niveaux de dépendanceTroubles modérés du comportementMaladie neurodégénérative avec risque de fugueTroubles psycho-comportementaux sévères
CapacitéVariable (50 à 150 places)10 à 14 places en journée10 à 20, jamais plus de 2512 à 14 places
HébergementJour et nuitJournée uniquementJour et nuitJour et nuit
Ratio personnelEnviron 0,6 ETP par résidentASG + ergothérapeute en journéeRenforcé sans norme nationale1 soignant pour 3 résidents
Formation équipeVariableASG obligatoireFormation Alzheimer recommandéeFormation ASG généralisée
ArchitectureStandardSalle dédiée au sein de l’EHPADUnité fermée avec jardin sécuriséUnité fermée, déambulation, jardin
Accès au jardinEncadré ou restreintSur les heures d’ouvertureLibre dans le périmètreLibre dans le périmètre
Activités thérapeutiquesCollectives indifférenciéesCiblées, plusieurs jours par semaineIntégrées au rythme de vieProjet thérapeutique intensif
Durée de séjourIllimitéeCompatible avec un séjour EHPAD prolongéIllimitéePlusieurs mois à plusieurs années
Surcoût pour la familleTarif EHPAD de référenceInclus dans le tarifSouvent inclus, parfois supplémentSouvent inclus, parfois supplément modéré

Le surcoût : moins élevé que ce que craignent les familles

Contrairement à une idée répandue, l’admission en UHR ou en UVP n’entraîne pas de doublement du tarif. Le financement des unités spécialisées est en grande partie pris en charge par l’Assurance maladie (tarif soins) et le département (tarif dépendance). Le tarif hébergement, supporté par le résident ou la famille, reste très proche de celui d’un EHPAD classique, parfois identique, parfois majoré de quelques dizaines à une centaine d’euros par mois.

En 2026, l’APA en établissement continue de financer une partie du tarif dépendance, et l’aide sociale à l’hébergement (ASH) reste accessible pour les revenus modestes, sous réserve que l’établissement soit habilité. 

L’expérimentation lancée le 1er juillet 2025 dans 23 départements (fusion tarif soins et tarif dépendance en forfait global) modifie le mode de financement mais pas le reste à charge des familles.

Comment savoir quelle unité demander

Le critère décisif n’est pas le diagnostic d’Alzheimer en soi, mais la sévérité des troubles psycho-comportementaux mesurée notamment par le NPI-ES (échelle neuropsychiatrique en EHPAD). Pour un score inférieur à 8, l’EHPAD classique avec PASA suffit souvent. Au-delà, l’UVP devient pertinente, et au-delà encore, l’UHR s’impose quand la sécurité du résident ou d’autrui est en jeu.

Demandez au médecin traitant et au médecin coordonnateur de l’établissement actuel ou pressenti une évaluation NPI-ES écrite. Si l’établissement visité ne dispose pas d’unité spécialisée, vérifiez l’existence de partenariats avec une UHR du réseau gérontologique départemental. Un transfert organisé est toujours préférable à un changement d’EHPAD complet.

FAQ

Mon parent doit-il absolument être en UHR si on lui diagnostique Alzheimer ?

Non. Le diagnostic seul ne justifie pas une UHR. Le critère décisif est la sévérité des troubles du comportement, mesurée par exemple via le NPI-ES. Pour un Alzheimer débutant, un EHPAD classique avec PASA suffit le plus souvent. L’UHR est réservée aux troubles sévères qui mettent en danger le résident ou l’entourage.

Le tarif d’une UHR est-il beaucoup plus cher qu’un EHPAD classique ?

Non. Le tarif soins est pris en charge par l’Assurance maladie, le tarif dépendance par le département (via l’APA). Le tarif hébergement supporté par la famille reste proche, parfois identique, parfois majoré de 50 à 100 euros par mois selon l’établissement.

Peut-on passer d’un EHPAD classique à une UHR sans changer d’établissement ?

Oui, si l’EHPAD dispose d’une UHR en interne. C’est l’avantage majeur de choisir d’emblée un établissement équipé. Le transfert reste un changement de service, mais évite un déménagement traumatique vers une nouvelle structure.

Combien de temps reste-t-on en UHR ?

Plusieurs mois à plusieurs années. La durée n’est pas réglementairement limitée. Le critère de sortie est la stabilisation des troubles psycho-comportementaux ou, à l’inverse, une perte de mobilité qui rendrait la déambulation impossible. Une sortie vers l’EHPAD classique ou l’UVP est alors envisagée.

Quelle différence entre PASA et UVP ?

Le PASA est un espace de jour, à l’intérieur d’un EHPAD classique, où le résident vient quelques jours par semaine pour des activités adaptées. Il rentre dormir dans sa chambre habituelle. L’UVP est une unité d’hébergement à part entière, où le résident vit jour et nuit, avec un environnement architectural sécurisé. Le PASA s’adresse aux troubles modérés, l’UVP aux troubles plus marqués avec risque de fugue.

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Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

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