Le GIR 4, niveau de perte d’autonomie ouvrant droit à l’APA, marque le seuil d’entrée dans la dépendance[2] soutenue. La personne âgée peut encore se déplacer à l’intérieur de son logement, mais elle a besoin d’aide pour la toilette, l’habillage, parfois la préparation des repas. À ce stade, la question revient toujours dans les familles : faut-il maintenir un parent à domicile avec des aides, ou anticiper l’entrée en EHPAD[3] ? Au-delà de l’aspect humain, l’arbitrage financier pèse lourd. Voici un comparatif complet pour 2026, à profil identique.

Trouver un EHPAD

Le profil de référence retenu pour le comparatif

Pour rendre la comparaison équitable, nous avons retenu un profil concret : Madame L., 84 ans, veuve, vit dans un T3 en province (Bretagne). 

  • Elle perçoit une retraite de 1 600 euros par mois
  • Elle est classée GIR[1] 4 après évaluation par l’équipe APA du conseil départemental. 
  • Elle a deux enfants, tous deux salariés en région parisienne, qui ne peuvent intervenir au quotidien

La question est de savoir si elle reste chez elle avec des aides, ou si elle entre en EHPAD à 30 minutes de chez ses enfants.

senior en GIR ayant des difficultés à marcher

LIRE AUSSI : Maintien à domicile : jusqu’où est-ce vraiment possible en 2026 ? (et quand ça ne suffit plus)

Scénario 1 : maintien à domicile avec aides

Pour mesurer l’intérêt financier du maintien à domicile, il faut tenir compte à la fois des aides publiques et des dépenses qui continuent de peser sur le budget du senior.

Comment l’APA finance les heures d’aide à domicile en GIR 4

Le plan d’aide APA en GIR 4 a un plafond mensuel de 811,52 euros en 2026. Pour Madame L., l’équipe médico-sociale évalue ses besoins à 25 heures d’aide à domicile par mois (toilette, ménage, courses, préparation des repas), soit environ 700 euros au tarif moyen d’un service d’aide à domicile prestataire (28 euros de l’heure). À cela s’ajoutent 50 euros par mois pour la téléassistance et 60 euros pour les portages de repas occasionnels. Le plan d’aide total atteint 810 euros, juste sous le plafond GIR 4.

Madame L. participe au plan d’aide via le ticket modérateur APA, calculé sur ses ressources :

  • Avec 1 600 euros de retraite, sa participation tourne autour de 15 à 20 % du plan, soit environ 140 euros par mois. 
  • Le reste, 670 euros, est pris en charge par le département au titre de l’APA.

Logement, santé, crédit d’impôt : le coût réel restant à la charge du senior

Madame L. peut aussi mobiliser le crédit d’impôt[4] services à la personne. Les dépenses d’aide à domicile (y compris la part APA, mais déduction faite des aides perçues) ouvrent droit à un crédit d’impôt de 50 % dans la limite de 12 000 euros par an, majoré de 1 500 euros par membre du foyer de plus de 65 ans. Pour Madame L., le plafond utile est de 13 500 euros. En pratique, elle déclare environ 1 680 euros de dépenses annuelles à sa charge (après APA), soit 840 euros de crédit d’impôt restitués par l’administration fiscale, soit 70 euros de gain mensuel.

Côté logement, Madame L. continue de payer son loyer ou ses charges de propriété, sa taxe d’habitation supprimée pour les retraités modestes, son entretien, ses assurances, son énergie. Comptons 700 euros par mois en moyenne. L’APL peut atteindre 150 euros par mois si elle est locataire et modeste, sinon zéro si elle est propriétaire et au-dessus des plafonds. Pour notre profil, supposons-la propriétaire sans APL.

Ses frais santé (mutuelle, restes à charge médicaux, kinésithérapie[5] partielle) sont estimés à 130 euros par mois après remboursement de l’Assurance Maladie et complémentaire.

Scénario 2 : entrée en EHPAD habilité ASH en province

Dans un EHPAD habilité ASH en Bretagne, le tarif hébergement moyen 2026 tourne autour de 2 100 euros par mois

  • Le tarif dépendance GIR 3-4 est de 14,36 euros par jour, soit 430 euros par mois. 
  • L’APA en établissement prend en charge la différence entre ce tarif et le ticket modérateur GIR 5-6 (180 euros), soit environ 250 euros pris en charge. 
  • Madame L. règle les 180 euros du ticket modérateur.

Elle bénéficie de l’APL en EHPAD pour un montant estimé à 150 euros par mois (logement conventionné). Sa facture brute est donc de 2 100 + 180 – 150 soit 2 130 euros à la charge directe avant retraite. Avec 1 600 euros de retraite, le manque s’élève à 530 euros par mois.

À ce stade, deux options : 

  • Soit Madame L. mobilise une épargne pour couvrir le différentiel pendant quelques années
  • Soit elle demande l’ASH, qui prend en charge le manque, mais en activant la solidarité familiale (obligation alimentaire des deux enfants) et la récupération sur succession.

Tableau comparatif détaillé

Poste mensuelDomicile avec APA GIR 4EHPAD habilité ASH
Loyer ou charges logement700 euros0 (inclus tarif hébergement)
Tarif hébergement EHPAD02 100 euros
Aide à domicile (avant APA)810 euros plan d’aide0
APA versée670 euros250 euros
Reste APA à charge140 euros180 euros ticket modérateur
APL estimée0 (propriétaire)150 euros
Crédit d’impôt services personne70 euros mensualisés0
Frais santé personnels130 euros130 euros
Alimentation et dépenses courantes350 euros0 (inclus)
Argent de poche / vie socialelibre (résiduel)variable
Total mensuel à charge résident1 250 euros environ2 260 euros
Avec retraite de 1 600 eurosexcédent 350 eurosdéficit 660 euros
Décision financièreSoutenable seuleNécessite épargne ou ASH

Trois critères pour arbitrer au-delà du chiffre

L’écart est net : à profil identique en GIR 4, le domicile est nettement plus économique, à condition que le logement soit déjà payé (propriétaire ou loyer modeste) et que les besoins ne dépassent pas le plafond APA. Mais le coût direct ne dit pas tout.

  • La robustesse du plan d’aide. Si l’aidant principal tombe malade, part en vacances, ou si Madame L. fait une chute, le maintien à domicile vacille. L’EHPAD apporte une continuité 24h/24.
  • L’évolution probable de la dépendance. Un GIR 4 stable autorise le domicile pendant plusieurs années. Un GIR 4 qui bascule vers GIR 3 ou GIR 2 dans les 12 à 24 mois rend l’EHPAD inévitable à terme, et il vaut parfois mieux anticiper que de gérer dans l’urgence.
  • L’isolement social. Dans certains cas, l’EHPAD apporte une vie collective qui compense le surcoût. Une personne âgée socialement isolée à domicile peut décliner plus vite cognitivement qu’une résidente en EHPAD avec ateliers et repas partagés.
isolement du senior accentuant la dapendance

Quatre conseils opérationnels pour le passage à l’acte

  • Demandez une évaluation APA gratuite au département, même si vous n’êtes pas sûr de la demander. L’évaluation détaille les besoins et chiffre le plan, c’est une base de décision objective.
  • Comparez systématiquement deux EHPAD habilités ASH dans un rayon de 30 kilomètres autour du logement. Les tarifs varient de 300 à 800 euros entre établissements voisins.
  • Étudiez le scénario hybride hébergement temporaire. Beaucoup d’EHPAD acceptent des séjours d’une à six semaines. Cela permet de tester la formule avant un engagement long, ou de soulager un aidant.
  • Anticipez le volet patrimonial avec un notaire avant toute demande d’ASH. La récupération sur succession peut amputer significativement l’héritage, et certaines stratégies d’anticipation (donation-partage, démembrement) doivent être mises en place plusieurs années avant pour produire effet.

FAQ

Le plafond APA GIR 4 de 811,52 euros est-il national en 2026 ?

Oui, ce plafond est fixé nationalement par décret et reconduit en 2026. Tous les départements appliquent le même plafond, mais le contenu du plan d’aide validé peut varier selon l’évaluation locale.

Le crédit d’impôt services à la personne est-il cumulable avec l’APA ?

Oui, mais uniquement sur la part des dépenses qui reste à charge du contribuable, déduction faite de l’APA versée. On ne peut pas obtenir un crédit d’impôt sur de l’argent public déjà versé.

L’APL est-elle compatible avec l’APA à domicile ?

Oui, totalement. L’APL aide à payer le loyer, l’APA finance les services. Ce sont deux aides distinctes qui peuvent se cumuler.

Quel délai pour entrer en EHPAD habilité ASH en province ?

Variable, généralement entre 2 et 12 mois selon les territoires. Les EHPAD publics affichent les listes d’attente les plus longues, les EHPAD associatifs habilités ASH sont souvent plus accessibles.

Vaut-il mieux vendre la maison pour financer l’EHPAD ?

Question patrimoniale individuelle à arbitrer avec un notaire. Vendre tôt permet de placer le capital et de générer un revenu complémentaire, mais peut réduire la base de l’ASH si la trésorerie reste mobilisable. Une consultation notariale dédiée est indispensable.

Article relu par l’équipe éditoriale avec le concours d’un contributeur expert médico-social chez Cap Retraite. Son expérience de terrain et sa connaissance des dispositifs d’aide et d’accompagnement permettant d’apporter un regard fiable et pertinent aux lecteurs.

Note de l’article (1 votes)

Cet article vous a-t-il été utile ?

Notez cet article afin de nous permettre d’améliorer nos contenus.

Avatar auteur, Augustin
Augustin,Augustin , rédacteur chez Cap Retraite et expert digital. Il crée des contenus à impact social dédiés au grand âge et aux familles aidantes.

Commentaires (0)

Réagissez, posez une question…

Les derniers articles

Articles les plus recherchés

Nos dossiers sur ce thème

Perte d'autonomie

Prévenir la dépendance est primordial pour bien vieillir. Si la perte d’autonomie s’installe, il existe des solutions pour garantir une bonne qualité de vie.

En savoir plus

Maintien à domicile

Le maintien à domicile au grand âge est un défi. Pour le relever en toute sécurité, il doit être préparé minutieusement.

En savoir plus

Accidents et chutes à domicile

Les chutes sont un véritable fléau pour les personnes âgées. Les accidents à domicile peuvent être évités en prenant des mesures adaptées.

En savoir plus

Aménagement du domicile

Adapter son logement au vieillissement permet de continuer à vivre à domicile en toute sécurité. La perte d’autonomie impose divers aménagements.

En savoir plus