En ce début février 2026, le dossier du grand âge refait surface, mais pas pour les raisons espérées. Avec le départ annoncé de la ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Charlotte Parmentier-Lecocq, la présentation du plan Grand Âge 2026 initialement prévue le 12 février au ministère de la Santé est de nouveau reportée sine die. Retour sur les travaux en cours et les pistes en attente.
Pourquoi le Plan Grand Âge est une nouvelle fois reporté ?
Ce 4 février, la ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Charlotte Parmentier-Lecocq a annoncé son intention de quitter le gouvernement pour retrouver son siège de députée du Nord (6ᵉ circonscription), laissant derrière elle ses travaux sur le Plan Grand âge.
Parallèlement, un changement au cabinet ministériel (d’après l’arrêté du 9 février 2026) met fin aux fonctions de M. Maxence Forques en tant que chef de cabinet de la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, à compter du 16 février 2026.
Promis dès 2018 par Emmanuel Macron, repoussé plusieurs fois (janvier puis mi-février), ce plan stratégique pour anticiper le vieillissement massif de la France reste en friche. Les professionnels du secteur (EHPAD, services à domicile, fédérations comme Synerpa[2], AD-PA, Fnadepa) dénoncent une « procrastination gouvernementale » qui contraste avec l’urgence démographique. Le Synerpa dénonce “une inconstance inacceptable alors que des centaines de milliers de personnes risquent de se retrouver sans accompagnement digne d’ici 2030-2050.”
Un contexte démographique qui ne peut plus attendre
La France vieillit à un rythme inédit. Selon l’INSEE, les plus de 60 ans représentent déjà plus d’une personne sur quatre (27,7 % en 2024), et les plus de 75 ans devraient atteindre 16,4 % de la population d’ici 2050. Le nombre de personnes en perte d’autonomie – celles nécessitant une aide quotidienne pour se laver, s’habiller, manger ou se déplacer – pourrait doubler pour frôler les 4 millions en 2050, contre un peu plus de 2 millions aujourd’hui.

Depuis 2021, la Cour des comptes alerte sur le retard français en prévention et coordination des acteurs. Le coût annuel de la dépendance[3] avoisine les 30 milliards d’euros (1,4 % du PIB), et les dépenses publiques pourraient doubler d’ici 2060 sans réforme profonde. Des rapports récents (Drees, février 2026) estiment qu’il faudra créer entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires d’ici 2050 dans le secteur pour répondre aux besoins croissants en EHPAD[1], aide à domicile et soins.
Face à cela, le plan grand âge était censé apporter une feuille de route claire : programmation pluriannuelle, dimension territoriale renforcée via les Services publics départementaux de l’autonomie (SPDA), et réponses concrètes sur le financement.
Que contenait le plan Grand Âge 2026 ?
Présenté comme une « feuille de route nationale », le plan annoncé pour janvier 2026 était une stratégie globale pour compléter les avancées récentes, comme la loi « Bien vieillir » d’avril 2024.
Les mesures grand âge déjà actées en 2026
Même sans plan finalisé, plusieurs avancées budgétaires et opérationnelles issues de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2026 et du budget de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) sont déjà lancées et produisent leurs effets dès cette année :

- La branche Autonomie dispose d’un objectif de dépenses porté à 43,6 milliards d’euros en 2026 (contre 42,6 Md€ en 2025), financé notamment par un relèvement de la CSG sur les revenus du capital qui apporte 1,4 à 1,5 milliard d’euros supplémentaires à la branche.
- Le développement de l’habitat intermédiaire est renforcé avec 100 millions d’euros alloués par la CNSA en 2026, dont 47,8 millions spécifiquement dédiés à la modernisation et au soutien des résidences autonomie. Ces solutions permettent à de nombreux seniors de rester dans un logement adapté avec services collectifs (repas, animations, aide légère), sans entrer prématurément en EHPAD.
- Le recrutement de 4 500 soignants supplémentaires en EHPAD est financé dès 2026 (première tranche du plan visant 50 000 d’ici 2030), pour améliorer les ratios d’encadrement et la qualité des soins, un soulagement concret pour les familles face aux listes d’attente et à la fatigue des équipes.
- Les aides à domicile progressent également : poursuite des créations de places en services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), doublement des équipes spécialisées Alzheimer[4] (étendues aux autres maladies neurodégénératives), et renforcement des concours aux départements pour mieux compenser les dépenses d’APA et coordonner localement via les Services publics départementaux de l’autonomie (SPDA).
Ces mesures, déjà budgétées et en déploiement, montrent que des pas concrets sont faits, même si elles restent ponctuelles et limitées sans une vision d’ensemble.
Les mesures en suspens
Avec le report sine die du Plan Grand Âge (confirmé début février 2026 suite au départ annoncé de Charlotte Parmentier-Lecocq), plusieurs chantiers stratégiques essentiels restent bloqués ou sans feuille de route nationale claire :
- Le financement à long terme de la dépendance n’a pas été tranché : le plan devait lancer un débat structuré sur la répartition future des coûts (solidarité nationale, contributions intergénérationnelles, part individuelle, rôle des assurances privées ?). Sans arbitrage, le risque de sous-financement chronique persiste, comme le dénoncent les acteurs du secteur.
- La programmation pluriannuelle fait défaut : au-delà des crédits 2026, il manque une vision échelonnée jusqu’en 2050 pour scaler massivement l’habitat intermédiaire (objectif potentiel de 500 000 places selon certaines projections CNSA) ou moderniser en profondeur les EHPAD (transition énergétique et architecturale à grande échelle).
- La cartographie détaillée des besoins département par département (ou infradépartemental) jusqu’en 2050 n’a pas été finalisée ni publiée, privant les territoires d’un outil précis pour adapter l’offre locale.
- L’attractivité globale des métiers reste sans réponse structurée : au-delà des 4 500 recrutements ponctuels, il manque un plan ambitieux sur la formation, les conditions de travail, les salaires et la rétention pour combler les 150 000 à 200 000 emplois supplémentaires estimés nécessaires d’ici 2050 (Drees, février 2026).
- La prévention et la coordination territoriale avancée attendent toujours une stratégie nationale unifiée : diffusion massive des outils comme ICOPE (prévention OMS), ateliers équilibre anti-chutes, lutte contre l’isolement, et meilleure articulation entre ARS, départements et communes. Les bases existent, mais sans pilotage global, l’impact reste limité.
- Enfin, la simplification des parcours pour les usagers et aidants (fluidification des demandes APA, adaptations logement, crédits d’impôt[5], guichet unique renforcé) n’a pas été priorisée ni généralisée.
Ces points en suspens, soulignés par les fédérations du grand âge (Synerpa, FHF, Petits Frères des Pauvres, AD-PA, Fnadepa), alimentent l’inquiétude : sans ces éléments stratégiques, les mesures ponctuelles risquent de ne pas suffire face à l’urgence démographique.
Le départ de Charlotte Parmentier-Lecocq et l’arrivée d’un nouveau chef de cabinet (successeur de Maxence Forques) pourraient relancer ou au contraire compliquer le dossier. En attendant une nouvelle date (ou un nouveau ministre ?), les professionnels supplient de ne plus reporter : le vieillissement nous concerne tous et il est temps de mettre en place des actes concrets pour préserver la dignité et le choix de vie de nos aînés.
Source : www.legifrance.gouv.fr
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] SYNERPA
Le SYNERPA (Syndicat National des Établissements et Résidences Privés pour Personnes Âgée) est une structure de représentation qui regroupe les établissements privés offrant des services de logement et de soins…
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[3] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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[4] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
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[5] Impôt
L’impôt est une somme d’argent que les citoyens et les entreprises paient régulièrement au gouvernement. Cet argent est utilisé pour financer des services publics comme les écoles, les routes, et…
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