Santé visuelle des seniors en Ehpad : les opticiens arrivent !
Maisons de retraite

Publié le 04/02/2019 . Mis à jour le 13/02/2019

Publié le 4 Fév. 2019 . Mis à jour le 13 Fév. 2019

Les opticiens pourront maintenant se déplacer pour effectuer des examens de réfraction en Ehpad. Le but : améliorer la santé visuelle des personnes âgées accueillies en établissement. Cette nouvelle loi, adoptée fin janvier par le Sénat, arrive à point : des chercheurs de Bordeaux ont dévoilé que les troubles de la vue des seniors français sont très mal corrigés.

Santé visuelle des seniors en Ehpad : les opticiens arrivent !

Comment corriger des troubles de réfraction en Ehpad ?

Il sera bientôt possible de faire venir l’opticien en Ehpad pour réaliser des examens de réfraction auprès des résidents. Une proposition de loi visant à améliorer la prise en charge de la santé visuelle des personnes âgées en perte d’autonomie a été adoptée par le Sénat le 23 janvier dernier.

La loi permet à l’Agence régionale de santé (ARS) d’autoriser les opticiens-lunetiers à se rendre dans les Ehpad et autres établissements médico-sociaux pour procéder à des examens de réfraction directement sur place.

Ces interventions, non médicales, permettront à l’opticien (si le médecin ne s’y oppose pas) d’adapter, au moment d’en renouveler la délivrance :

  • des prescriptions médicales initiales valides de lunettes,
  • des corrections optiques de prescriptions médicales initiales pour des lentilles de contact.

Cet examen ne sera pas considéré comme médical, mais permettra aux personnes âgées accueillies en Ehpad de bénéficier d’une correction adéquate des troubles de la réfraction (myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie).

Les conditions d’application de cette loi doivent encore être fixées par décret, ainsi que les quatre premières régions qui participeront à l’expérimentation de cette nouvelle mesure.

Pourquoi la santé visuelle des personnes âgées doit-elle être améliorée ?

Cette nouvelle loi permet aux professionnels de santé de répondre aux besoins des personnes âgées en perte d’autonomie, n’ayant pas toujours la possibilité de prendre soin de leur santé visuelle. Accueillis en Ehpad en raison de leur dépendance, les résidents n’ont pas toujours accès facilement aux soins ophtalmologiques.

Tant qu’il était nécessaire de se déplacer pour consulter un ophtalmo ou un opticien, les seniors n’étaient pas toujours corrigés comme il se doit. Ce problème existe aussi chez les personnes âgées à mobilité réduite résidant à domicile.

Les troubles visuels représentent pourtant un important facteur de risque de la perte d’autonomie et des chutes. La prévention de la dépendance et la qualité de vie des aînés passent par une amélioration de la santé visuelle. Bien voir est également important pour briser l’isolement : les défaillances visuelles empêchent les seniors de se déplacer et de participer aux activités de la cité, réduisant leurs liens sociaux.

Les troubles de la réfraction sont-ils bien corrigés chez les seniors ?

Cette nouvelle proposition de loi, présentée en octobre par des parlementaires sous la houlette de la députée de Seine-Maritime Agnès Firmin Le Bodo, vise à améliorer le parcours de soins visuels des aînés.

Elle tombe à pic : en janvier, des chercheurs de l’INSERM ont publié les résultats d’une étude sur la prévalence des troubles de la réfraction non corrigés chez les personnes âgées françaises (Naël, V. et al., revue JAMA ophthalmology).

Les résultats parlent d’eux-mêmes : près de 40 % des personnes âgées de 78 ans et plus présentent des troubles de la réfraction non corrigés.

L’étude des scientifiques de l’université de Bordeaux et de la Sorbonne se fonde sur les données de la cohorte Alienor. Il s’agit d’une étude transversale menée en France auprès de 707 personnes âgées en moyenne de 84,3 ans (dont deux tiers de femmes). Parmi les participants, entre 35 et 44 % souffraient d’une pathologie oculaire (glaucome, cataracte, rétinopathie…)

Autres données édifiantes de cette étude sur la santé visuelle des seniors :

  • la prévalence des troubles de la réfraction non corrigés était plus élevée chez les personnes examinées à domicile (parce qu’elles ne voulaient ou ne pouvaient pas se rendre dans un centre hospitalier) : 50 %, contre 34 % chez les autres.
  • une amélioration importante de l’acuité visuelle d’au moins 44 % a été observée après la correction des troubles de la réfraction. Ces résultats ont été obtenus aussi bien chez les seniors ayant une pathologie oculaire que chez les autres, qu’ils aient été examinés dans leur lieu de vie ou en milieu hospitalier.

Pourquoi les seniors ne se font-ils pas assez corriger la vue ?

L’étude bordelaise explique la mauvaise correction des troubles de la réfraction chez les seniors par les facteurs de risque suivants :

  • se faire examiner à domicile,
  • vivre seul,
  • avoir le sentiment que les frais de consultation chez un ophtalmologiste sont trop élevés,
  • penser que les troubles de la vue sont un effet normal du vieillissement.

Il faut dire que le développement des déserts médicaux ont un rôle à jouer non négligeable dans la mauvaise prise en charge de la santé visuelle des seniors en Ehpad et à domicile. Le délai moyen d’attente pour une consultation chez un ophtalmologiste atteint quelque 80 jours ! C’est dire l’importance de la nouvelle loi adoptée par le Sénat et la nécessité d’une rapide mise en application. Elle intervient peu après la régularisation de deux secteurs importants de la télémédecine : la téléconsultation et la téléexpertise.

En attendant, plusieurs initiatives ont vu le jour en France pour répondre aux besoins des personnes âgées ou non ne pouvant pas se déplacer :

  • Lunettes au Logis, créé en 2015, propose la visite d’un opticien à domicile sur rendez-vous, de Nantes à Cholet et d’Angers à Saumur.
  • Les Opticiens mobiles, un réseau qui se déplace chez les seniors dans toute la France, y compris en Ehpad.
  • Atol Mobile, un camping-car d’opticiens auvergnats qui se rendent au domicile des personnes âgées, dans le Cantal et la Corrèze.
  • L’opticien qui bouge: secteurs de Lille, Troyes, Poitiers, Toulouse et Charente…

Avec la loi sur l’amélioration de la santé visuelle en Ehpad, tous les opticiens pourront participer à cette nouvelle tendance. Le but : faciliter l’accès aux soins ophtalmologique des seniors et maintenir l’autonomie.

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