Dans de nombreuses maisons de retraite, les personnes âgées perdent peu à peu leur autonomie et se sentent parfois traitées comme des enfants. Cette perte de dignité inquiète autant les résidents que leurs proches. À Confolens, dans l’unité de soins des Sources, une approche différente fait bouger les habitudes : la méthode Montessori adaptée aux seniors en EHPAD. Ici, chacun retrouve la main sur sa vie, choisit, participe, et continue de décider pour lui-même. Cet article vous montre comment cette méthode redonne autonomie et respect aux aînés, même quand la mémoire vacille ou que le corps s’affaiblit.
Montessori, quand l’enfance inspire le grand âge
La démarche naît au début du XXe siècle, à Rome, sous l’impulsion de Maria Montessori, médecin et pédagogue. Initialement pensée pour des enfants jugés « inaptes” par le système scolaire traditionnel, sa philosophie met l’accent sur l’autonomie réelle, le respect du rythme de chacun, et la valorisation des capacités restantes.
Presque un siècle plus tard, un chercheur américain, Cameron J. Camp, transpose ce socle humaniste auprès de personnes âgées, souvent frappées par la maladie d’Alzheimer ou d’autres troubles cognitifs. Il s’appuie sur la psychologie, la gérontologie[3], l’ergothérapie, la neuropsychologie. L’idée de base ne bouge pas : les résidents ne doivent pas être réduits à leurs déficits, mais accompagnés à partir de ce qu’ils peuvent encore faire.

Un autre regard sur les résidents
La méthode Montessori transforme le quotidien des résidents en EHPAD[1] et l’approche des soignants.
Former le personnel à une approche centrée sur le résident
À Confolens, quinze membres du personnel soignant se sont plongés dans cette formation, animée par une experte de l’approche Montessori.
L’objectif ? Sortir du schéma classique de l’EHPAD, où la journée se cale sur des horaires fixes, où les gestes du quotidien sont souvent réalisés à la place des résidents, par souci d’efficacité ou de sécurité.
Les principes clés de la méthode Montessori en EHPAD
La méthode Montessori invite à ralentir, à observer, à proposer plutôt qu’imposer. Elle repose sur douze principes fondamentaux, parmi lesquels : offrir le choix, s’appuyer sur les ressources préservées, fractionner les gestes, valoriser chaque action, même incomplète. On parle moins, on montre plus.
L’environnement se pense comme un allié : des repères visuels, des objets faciles à manipuler, des supports qui favorisent l’orientation et la compréhension.
Du contrôle à l’accompagnement : le rôle transformé du soignant
La phrase-clé affichée pendant la formation résume tout : « C’est pas parfait, c’est fait par eux”. L’important, c’est l’engagement, pas la performance. Cette posture nouvelle transforme le rôle du soignant, devenu facilitateur plutôt qu’exécutant.
Des activités qui ont du sens
Oubliez le bingo obligatoire ou les ateliers imposés. Dans cette maison de retraite, le choix prime. Chaque résident élabore, avec l’équipe, un projet personnel. On évalue ensemble les capacités motrices, sensorielles, sociales, cognitives. On s’appuie sur l’histoire de vie, les envies, les habitudes.
- Certains plient des serviettes pour le service du midi.
- D’autres distribuent le courrier, prennent en charge la tisane du soir, lisent à voix haute.
- Le « manger-main” – des repas conçus pour être saisis sans couverts – permet à ceux qui peinent avec les ustensiles de s’alimenter seuls.
- Des ateliers mémoire, manuels, des sorties sont proposés, mais jamais imposés.
Le sens guide l’action. On ne cherche pas à occuper, mais à permettre à chacun de retrouver une utilité, un rôle, une reconnaissance au sein de la communauté. C’est là que s’opère la différence : l’ennui recule, la solitude aussi. Les attitudes qualifiées autrefois de « comportements problèmes” – agitation vespérale, apathie, colère – sont comprises comme des signaux à décoder, non des symptômes à faire taire.
Des résultats qui interpellent
Les premiers effets de la méthode Montessori en EHPAD se voient vite.
Des bénéfices rapides pour les résidents : autonomie et bien-être retrouvés
Les résidents reprennent l’initiative, retrouvent des gestes oubliés, prolongent leur autonomie. Les troubles du comportement, fréquemment observés dans les unités Alzheimer[2], diminuent. Le recours aux médicaments s’allège.
L’atmosphère globale devient plus sereine – moins de cris, plus de regards, de sourires, de moments partagés.

Redonner sens et sérénité au quotidien des soignants
Pour les soignants, le changement de posture est profond. Il ne s’agit plus d’accomplir une liste de tâches, mais de créer les conditions d’une vie la plus normale possible, où la personne âgée reste actrice de son quotidien. La charge émotionnelle s’équilibre, le sens du métier se ravive.
Accompagner sans diminuer : les clés de la posture Montessori
| Principe | Application concrète |
|---|---|
| Inviter, jamais imposer | Proposer une activité, laisser le choix d’accepter ou non |
| Montrer plus, parler moins | Privilégier la démonstration pour faciliter la compréhension |
| Découper les actions | Fractionner une tâche complexe en étapes simples |
| Respecter le rythme | Adapter la vitesse d’exécution à celle de la personne |
| Mettre en valeur ce qui fonctionne | Focaliser sur les réussites, jamais sur les échecs |
| Valoriser le choix | Laisser décider des vêtements, du menu, des loisirs |
Des bénéfices qui dépassent les murs de l’EHPAD
Cette dynamique ne reste pas enfermée dans l’établissement. Elle inspire d’autres structures, questionne les proches, interpelle les familles. Certains dispositifs, comme l’accompagnement à domicile ou les « EHPADs hors les murs”, reprennent les mêmes codes : individualisation, environnement adapté, reconnaissance du potentiel de chacun.
En filigrane, un changement de regard sur la vieillesse et la fragilité. Considérer la démence comme un handicap à contourner, non une maladie à éradiquer. Prendre au sérieux les besoins fondamentaux – sécurité, utilité, appartenance – plutôt que de se focaliser sur les pertes.
FAQ pratique : Montessori en maison de retraite
Quels profils peuvent bénéficier de cette approche ?
Tous les résidents, quel que soit leur niveau de dépendance[4] ou leur pathologie cognitive. L’essentiel, c’est d’adapter le cadre et l’accompagnement aux capacités de chacun.
Faut-il du matériel spécifique ?
Pas nécessairement. L’environnement doit être pensé pour faciliter l’autonomie : marquages visuels, objets faciles à manipuler, espaces ouverts, supports sensoriels. Ce qui compte, c’est la logique de l’adaptation, pas la quantité de matériel.
Comment former le personnel ?
Une formation spécifique, basée sur la connaissance fine des maladies neurodégénératives et sur la posture Montessori, s’avère indispensable. L’accompagnement du changement se fait en équipe, avec des temps de retour d’expérience et d’ajustement régulier.
Peut-on appliquer Montessori à domicile ?
Oui. De nombreux accompagnements à domicile s’inspirent des mêmes principes, en associant aidants, familles et intervenants spécialisés. Le but reste : préserver l’autonomie, la dignité, la place sociale de la personne.
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[1] EHPAD
Les EHPAD sont des établissements médicalisés qui accueillent des personnes âgées qui ont besoin de soins médicaux réguliers et d’une aide dans leur vie quotidienne.
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[2] Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est une maladie qui affecte le cerveau, entraînant des pertes de mémoire et des difficultés à penser clairement, rendant progressivement les tâches quotidiennes plus difficiles.
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[3] Gérontologie
La gérontologie est l’étude du vieillissement et des défis liés à la vie des personnes âgées.
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[4] Dépendance
La dépendance de la personne âgée désigne le besoin d’aide pour réaliser les tâches de la vie quotidienne en raison de problèmes physiques ou mentaux.
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