Mal dormir, se sentir épuisé ou triste ferait naturellement partie du vieillissement ? Pas selon le docteur Corentin Mordac, spécialiste du sommeil au CHU d’Amiens et auteur d’une thèse sur le sommeil des plus âgés. Selon lui, ces trois symptômes s’alimentent mutuellement dans un cercle qui peut fragiliser l’autonomie. Or, sachant que 43,4% de seniors souffrent d’insomnie, selon l’étude de Santé publique France… Comment distinguer un trouble du sommeil relevant du vieillissement normal de celui qui mérite une consultation ? 

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Quels sont les troubles du sommeil normaux après 65 ans ?

Une chose est sûre : le sommeil évolue avec l’âge et toutes les modifications ne sont pas pathologiques.

Le sommeil après 65 ans

Si la médecine préconise de dormir 7 à 8 heures, après 65 ans, la majorité des seniors constatent une légère baisse de la qualité et de la durée de sommeil. En cause : la production de mélatonine (l’hormone qui régule le cycle veille-sommeil) qui diminue avec l’âge, décale le rythme circadien vers des horaires plus précoces et réduit progressivement la proportion de sommeil profond.

Des perturbations naturelles

Ce changement d’architecture du sommeil entre dans le cadre du vieillissement normal du sommeil et se manifeste par :

  • Un sommeil profond moins long et moins réparateur qu’avant
  • Des micro-réveils nocturnes plus fréquents, parfois difficiles à gérer
  • Une heure de lever qui avance naturellement, parfois dès l’aube
  • Un temps d’endormissement légèrement plus long
  • Plus de sensibilité aux bruits pendant la nuit
  • Le besoin de compenser par une courte sieste en journée 

Bien que parfois dérangeants, ces symptômes n’altèrent pas la qualité de vie en journée.

Les trois troubles de sommeil anormaux chez les seniors

En revanche, une fatigue persistante malgré le repos, des maux de tête au réveil, une tristesse qui s’installe ou une somnolence envahissante sont des signaux que le Dr Mordac invite à ne pas banaliser.

que signifie mal dormir après 65 ans

L’insomnie

L’insomnie reste le trouble le plus répandu. Elle se manifeste par des difficultés à s’endormir, des réveils dans la nuit ou très tôt le matin, sans possibilité de se rendormir. Si « L’insomnie est très subjective », précise le Dr Mordac, ses conséquences n’en sont pas moins réelles :  

  • Altération de la qualité de la journée,
  • Fatigue, 
  • Troubles de l’humeur,
  • À terme, un état dépressif. 

Chez une personne âgée isolée, ce symptôme peut passer longtemps inaperçu.

L’apnée du sommeil

L’apnée du sommeil se manifeste par des pauses respiratoires nocturnes, parfois accompagnées de problèmes cardiaques ou d’un besoin anormal de faire des siestes en journée. 

« Si vous vous réveillez avec des maux de tête, la bouche cartonneuse, tout cela peut être des signes d’apnée du sommeil », détaille le Dr Mordac. Sans personne pour observer le sommeil, ce trouble est fréquemment sous-diagnostiqué. Or, non traitée, l’apnée aggrave les risques cardiovasculaires et altère significativement la qualité du repos.

Les troubles du comportement en sommeil paradoxal

Moins connus, les troubles du comportement en sommeil paradoxal se traduisent par des mouvements pendant le sommeil, qui ressemblent pour certains à une mise en action des rêves. Ce phénomène nocturne inconscient touche davantage les hommes, mais aussi les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, faisant de leur apparition un signal précoce de pathologie neurologique sous-jacente, qui justifie une consultation médicale dès les premiers signes.

Pourquoi les seniors sont-ils tristes, fatigués et dorment mal ?

Les troubles du sommeil des personnes âgées naissent de plusieurs facteurs qui, en se cumulant et se renforçant mutuellement, complexifient le diagnostic.

L’âge, l’isolement, l’institution

L’allongement de l’espérance de vie, la diminution des interactions sociales et le placement en institution gériatrique aggravent la qualité du sommeil. Un senior isolé qui stimule moins son cerveau en journée : 

  • sort moins et interagit moins,
  • dérègle son rythme veille-sommeil, 
  • perturbe la production de mélatonine, déjà réduite avec l’âge, par l’exposition à la lumière bleue des écrans.

En EHPAD[1], l’environnement collectif, les soins nocturnes, le bruit ambiant ou l’absence de lumière naturelle suffisante fragmentent aussi le sommeil.

La polymédication des seniors

« Au-delà de 70 ans, certaines personnes ont plus de 6 traitements médicaux sur ordonnance… c’est pharaonique », alerte le Dr Mordac. Un quart des plus de 65 ans ont une prescription pour un neuroleptique, un psychotrope ou des bêtabloquants : des médicaments qui augmentent le risque de cauchemars et diminuent la qualité du sommeil profond. 

Les somnifères et anxiolytiques eux-mêmes « jouent sur le sommeil profond ainsi que sur la totalité du sommeil », précise le médecin. Son conseil : évoquer systématiquement la qualité des nuits avec les professionnels de santé consultés, pour permettre une réévaluation des traitements. 

Du mauvais sommeil à la perte d’autonomie : un cercle vicieux à connaître

Laissés sans prise en charge, les troubles du sommeil chez les seniors peuvent enclencher une dégradation progressive qui va bien au-delà des agitations nocturnes.

De la fatigue chronique au repli social

À défaut de pouvoir observer le trouble du sommeil lui-même, les familles remarquent les conséquences en journée : le proche sort moins, cuisine moins, téléphone moins, décline les invitations. Ce repli progressif, souvent interprété comme de la vieillesse, du caractère ou de la tristesse passagère, a souvent une origine médicale. 

  • Une fatigue chronique liée à des nuits non réparatrices réduit l’élan vital, fragilise la motivation, diminue la capacité à maintenir les activités du quotidien. 
  • Moins d’activité physique signifie moins de force musculaire, moins d’équilibre et un risque de chutes. 
  • Moins d’interactions sociales signifie moins de stimulation cognitive, un isolement qui s’installe. 

Le cercle est vicieux car le mauvais sommeil alimente la fatigue, la fatigue alimente le repli et le repli aggrave le sommeil.

Du trouble du sommeil au déclin cognitif 

Le sommeil profond aide à consolider la mémoire et à éliminer les déchets métaboliques cérébraux. Ce qui signifie que lorsque cette phase est perturbée, les fonctions cognitives aussi : mémoire, attention, prise de décision, orientation.

Or, chez une personne âgée, ces symptômes peuvent s’apparenter aux premiers signes d’une démence alors qu’ils ne reflètent qu’un trouble du sommeil non diagnostiqué et/ou non traité.

Pour autant, cette dégradation cognitive et fonctionnelle peut, à terme, précipiter une perte d’autonomie que rien ne semblait annoncer aussi tôt.

Ce lien entre sommeil et dépendance[2], trop peu évoqué en consultation et inconnu des familles, représente précisément le type de signal précoce sur lequel il est encore possible d’agir.

Quand consulter et comment améliorer le sommeil des seniors ?

Voici les recommandations du Dr Mordac pour savoir quand consulter et comment améliorer le sommeil au quotidien.

Les signes de consultation

Pas toujours simple de reconnaître un trouble du sommeil chez une personne âgée, surtout si elle vit seule ou communique peu sur son ressenti. Voici les signaux à surveiller :

  • un état dépressif qui s’installe,
  • une fatigue importante en journée et persistante malgré le repos,
  • des maux de tête au réveil,
  • une somnolence excessive,
  • des comportements inhabituels pendant la nuit.
signes d'alerte d'un manque de sommeil

Pour les familles aidantes, observer ces changements et en parler au médecin traitant reste le meilleur réflexe. Une consultation chez un spécialiste du sommeil peut aussi être demandée.

Les conseils pour mieux dormir

Avant d’envisager un traitement médicamenteux, plusieurs leviers peuvent améliorer la qualité du sommeil.

  • Le soir : éviter les écrans, le café, les sodas sucrés, le thé et l’activité physique intense.
  • La journée : s’exposer à la lumière naturelle le matin, maintenir des interactions sociales, se déplacer dans la mesure du possible.

Ces habitudes renforcent le rythme circadien et soutiennent la production de mélatonine, déjà fragilisée avec l’âge.

Enfin, si un traitement médicamenteux est en place, demander à son médecin de réévaluer la prescription : certains médicaments courants perturbent directement le sommeil profond.

Banalisés, la fatigue, la tristesse et un mauvais sommeil chez le senior peuvent former un cercle vicieux dangereux : une mauvaise récupération génère de la fatigue et des troubles de l’humeur, qui dégradent à leur tour la qualité des nuits et du quotidien. Si ces symptômes ont des causes identifiables et souvent traitables, les ignorer, c’est prendre le risque que l’épuisement mental finisse par toucher les capacités cognitives et l’autonomie. 

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Cindy,Cindy, rédactrice chez Cap Retraite et experte en communication. Elle crée des contenus humains et accessibles dédiés au bien-vieillir et aux aidants.

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